Diaconie-Solidarité : « L’accueil du Frère venu d’ailleurs »

Diaconie-Solidarité : « L’accueil du Frère venu d’ailleurs »

Le 6 février 2016, le Service diocésain de la diaconie organisait une journée de récollection à Pau, sur le thème de l’accueil du migrant. C’est la belle « prière pour les naufragés de la mer, les exténués de la route de l’exil » qui a donné le sens de cette 14e récollection.


Ils sont vingt et cent, ils sont des milliers, embarqués, innocents, engloutis par les eaux de l’angoisse, anonymes, frères humains de l’attente et du courage, les vaincus des abîmes de folle indifférence.
Réveille-nous Seigneur, Seigneur tiens-nous en éveil.
Leur rêve, leur audace, leur désir, leur peur ne sont pas des «mirages »,
ils sont des nôtres ces humains, assoiffés de terre d’espérance…


Qui sont-ils ? Que vivent-ils vraiment ? Nicole Amrouche (CCFD et CIMADE) nous a aidés à mieux comprendre la dure réalité vécue par ceux que l’on nomme étrangers, réfugiés, demandeurs d’asile ou migrants « Quand on a migré, on reste migrant toute sa vie »… Les demandeurs d’asile – ceux qui ont demandé une protection – craignent avec raison d’être persécutés pour leur race, leur religion, pour des motifs politiques… Il y a parmi eux de plus en plus de femmes, d’enfants et même des mineurs seuls, ils sont de toutes religions et de tous continents. « L’exil est une déchirure, mais il est aussi porteur d’espérance, en particulier pour leurs enfants ». La majorité des réfugiés/déplacés est dans des camps en Afrique ou au Moyen Orient, il y en a peu en Europe ; exemple au Liban, il y en a 1 million pour 4 millions d’habitants !

Le système administratif français reste lourd pour les demandeurs d’asile : peu d’accompagnement, dossier de vie écrit en français + oral, obligation de se déplacer à Bordeaux ou à Paris pour certaines démarches, alors que l’obligation d’hébergement n’est pas toujours respectée… La question du logement est un gros problème, heureusement quelques organismes ou associations sont là pour les aider mais, si leur demande de statut de réfugié est refusée et si leur recours n’aboutit pas (70% d’entre eux) au bout de 30 jours, ils perdent leur droit, leur allocation et leur logement même s’ils ont des enfants, même si c’est l’hiver. De plus, face au nombre réduit de places dans les hébergements solidaires, il ne reste souvent, dans les grandes villes, que la rue… sans oublier qu’en dehors des demandeurs d’asile qui ont un statut, il y a tous les autres !... « Attention, ceux qu’on dit clandestins ne sont pas forcément dangereux, ce sont souvent des personnes à qui on a refusé une protection, ce refus génère la misère, ils sont souvent exploités ». Alors, où aller ??? On peut contester leur renvoi dans leur pays (danger de mort) mais il est difficile de trouver un pays qui veuille les accueillir…

Et pourtant, l’accueil de l’étranger est au cœur du message biblique, par l’Abbé André Etcheverry. L’année du Jubilé vient rappeler la solidarité du peuple de Dieu à qui la terre a été donnée comme un bien commun ; elle cherche à faire en sorte que les plus petits, les plus écrasés du peuple ne soient pas exclus. Le Jubilé est le signe prophétique du salut de Dieu offert à tous, signe de l’amour de Dieu pour les hommes. Réalistes, les auteurs bibliques savaient qu’ils ne pouvaient pas offrir tout à tout le monde, mais ils rappelaient sans cesse cette volonté divine d’offrir la dignité et l’espoir nécessaires.

On devient migrant ou réfugié parce que les conditions de vie sont insupportables. Il est donc normal de se sentir d’abord déstabilisés devant ces situations criantes qui nous renvoient en partie à nos peurs, et notre bien-être en est questionné ; surgit alors en nous la pensée de pouvoir faire bien peu, mais il s’agit de se laisser déranger pour réagir et repartir… N’est-ce pas ainsi que le Christ, à l’image de son Père, taille et élague les rameaux de la vigne ! (Jn 15). C’est là que se joue notre conversion aux appels du Seigneur, nous sommes convoqués au courage, à la patience et à la force de combattre. Il y a des seuils à franchir : se laisser toucher par ces situations, mais pour y répondre en réseau, en se soutenant ; faire que la réflexion prenne le relais de nos émotions afin de ne pas se laisser paralyser par tant de drames. Une liberté intérieure peut alors surgir et devenir source d’audace face à ce qui est répugnant, comme François d’Assise dans le baiser du lépreux. Nous avons à réapprendre à regarder l’autre : face à ce qui se passe à Calais, les évêques de France nous disent « Les migrants ne sont pas des problèmes, ce sont des hommes. Ils ne doivent pas d’abord être considérés comme un risque… il faut sortir d’une vue exclusivement sécuritaire », ils ne sont pas responsables des maux sociaux, ils en sont les victimes.

Dans la rencontre avec les frères venus d’ailleurs, quelle est notre manière de suivre le Christ, lui qui « est venu pour servir et non pour être servi » (Mc 10) ? Tout d’abord, servir avec amour et par amour. Pour aller vers les hommes, le Christ s’est déplacé, il s’est glissé dans la foule des pécheurs pour rejoindre leurs aspirations, il est libre, c’est l’Esprit, ce lien d’amour au Père, qui le guide : on est appelé à prendre de la distance sur nos manières de penser, de vivre pour mieux comprendre les autres, à être à l’écoute de Dieu et du monde, à nous laisser guider pour discerner, mûrir, approfondir les solutions mises en place, mais servir ne consiste pas à s’aliéner des gens, ni à se laisser aliéner par eux. Il nous faut aussi se rendre compte que servir est un travail qui passe par un savoir-être, un savoir-faire (Bon Samaritain). Ainsi le service de l’Evangile par chacun de nous tend à défaire les entraves, renouer des liens de vie, retrouver des fécondités sociales, cela donne d’accueillir dans sa vie chacun, que ce soit l’accueillant ou l’accueilli.

Suivre le Christ, c’est aussi s’ouvrir à cette vie dont il témoigne. La contemplation du Christ réajuste souvent notre regard, elle peut donner une ardeur nouvelle, une audace à nos initiatives car le Seigneur habite le cœur de la relation et la travaille (Jn 5, 17). En identifiant le plus petit au Christ, la foi nous remet à notre juste place, celle du frère ; on ne se décrète pas frère, on le devient en se laissant renouveler. Avec le Christ qui relève, nous avons à consentir à un travail d’engendrement pour que des hommes et des femmes vivent debout. Le Christ enfin nous unit totalement à lui-même avec l’Eucharistie, signe de sa vie totalement donnée, sa vie mêlée à la nôtre pour que la Miséricorde l’emporte sur les blessures, les morts. Dans le service de l’autre le Seigneur nous donne rendez-vous pour se révéler encore à nous. Son Esprit travaille discrètement à fortifier la confiance, à résorber les peurs, à susciter et à créer des liens de paix, à laver les cœurs du ressentiment, à aider ce qui fait croitre la bonté et réduire les agressivités. Fixons le regard sur le Christ parce que tout dans sa vie respire de cette vie qui est en Dieu.

Ont suivi de beaux témoignages d’accueillants et d’accueillis ainsi que d’associations qui font tout pour accompagner les personnes et les sortir de la rue.


 

Prière du début :

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Abbé André Etcheverry :

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Représentante du CCFD Terre-Solidaire :

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