Editorial de la revue Notre Eglise (mars 2016) : Entrons dans le combat de Dieu

Editorial de la revue Notre Eglise (mars 2016) : Entrons dans le combat de Dieu

Editorial de la revue Notre Eglise de mars 2016 - n°68, par Mgr Marc Aillet

Le temps du Carême est déjà bien avancé. Nos catéchumènes adultes vivent leur dernière étape en vue des sacrements de l’initiation chrétienne, qu’ils recevront lors de la prochaine Vigile pascale. Il est significatif que ce temps de grâce, où l'Église nous exhorte à imiter Jésus « conduit par l’Esprit à travers le désert » pour y « être tenté par le diable » (Lc 4,1-2), soit pour eux le temps des « scrutins » : trois dimanches de suite, ils sont invités à se laisser scruter par la Parole de Dieu pour prendre conscience de ce qui les éloigne de Dieu et de leurs frères et dont ils seront précisément libérés par le baptême ; ces catéchèses sont associées à des « prières d’exorcisme » pour les aider à combattre celui – Satan ou l’Ennemi de la nature humaine – auquel ils vont devoir renoncer avant de professer leur foi.

C’est que le Carême est par excellence le temps où nous saisissons que la vie chrétienne est proprement un combat spirituel, si bien décrit par saint Paul : « Revêtez l’armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en oeuvre, rester fermes » (Eph 6,11-13).

Celui qui lit l'Évangile avec attention découvre que si Jésus a inauguré sa mission par un combat singulier avec le Diable, lequel, « après avoir épuisé toute tentation, s’éloigna de lui jusqu’au temps fixé » (Lc 4,13), c’est-à-dire jusqu’à l’heure de la Passion et de la Croix, il a été aux prises avec le Tentateur tout au long de son ministère public. Celui-ci s’est mis en travers de sa route, cherchant constamment à le dévier de la Volonté du Père. Je pense aux possédés qui se jetaient furieux à ses pieds et que Jésus libérait avec autorité, mais aussi à tous ceux qui lui feront obstacle. Simon-Pierre qui n’accepte pas que le Messie puisse être humilié et qui s’entend dire avec véhémence : « Passe derrière moi, Satan ! car tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes » (Mc 8,33). Judas, l’un des siens, qui le livrera : « Après la bouchée, alors Satan entra en lui » (Jn 13,27). Les scribes, les pharisiens, les docteurs de la Loi, c’est-à-dire les hommes du Temple, qui n’auront de cesse de le « mettre à l’épreuve », c’est-à dire, au sens littéral du terme, de le tenter, le défiant en controverses ou débats épuisants, jusqu’à se réunir en Sanhédrin et décider sa perte, à son insu. Mais rien ne pourra jamais le détourner de sa mission, « lui qui est descendu du Ciel pour faire non pas sa volonté, mais la volonté de celui qui l’a envoyé » (Jn 6,38) : quand ses compatriotes de Nazareth refuseront de le reconnaître comme l’Envoyé de Dieu, et que, furieux contre lui, ils le pousseront hors de la ville pour le précipiter de l’escarpement de la falaise où la ville était construite, saint Luc écrira : « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin… » (Lc 4,30). 

La grande tentation, qui demeure toujours la nôtre, c’est d’avoir les pensées des hommes et non les pensées de Dieu. Dans un monde où l’on vit comme si Dieu n’existait pas, nous sommes tout surpris, en nous laissant scruter, et parfois dénoncer par la Parole de Dieu, écoutée avec l’attention du coeur, de découvrir que nos pensées, sur la vie du monde et de l'Église, sont souvent davantage celles des hommes que celles de Dieu ! Pensées qui nourrissent en nous des sentiments de reproche, de jugement, de condamnation, de dénonciation, de colère.

Il n’est pas toujours facile d’avoir les pensées de Dieu, d’avoir la pensée du Christ, lequel demeure à jamais « signe en butte à la contradiction [...] afin que soient révélées les pensées intimes de bien des coeurs » (Lc 2, 34-35). Saurons-nous saisir le moment favorable pour nous convertir et nous laisser réconcilier avec Dieu ? Alors, nous pourrons franchir la « porte de la Miséricorde », où Dieu a apaisé sa colère, « en se retournant contre-lui-même » (Os 11,8) en son Fils offert en sacrifice sur la croix ; alors, nous briserons notre propre colère et nous nous jetterons dans les bras du Père qui nous attend. Que de conflits dans le monde – et nous avons une pensée émue pour les chrétiens d’Orient persécutés – que de malentendus entre nous : demandons la grâce d’être des artisans de paix et de réconciliation, soyons miséricordieux comme le Père !

Mgr Marc Aillet
Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron