Mgr Aillet prend la parole au sujet d'une affaire de pédophilie dans notre diocèse

Mgr Aillet prend la parole au sujet d'une affaire de pédophilie dans notre diocèse

Dans une lettre du mercredi 27 avril 2016 adressée aux diocésains, Monseigneur Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, prend la parole au sujet d'une affaire mettant en cause un prêtre du diocèse, l'abbé Jean-François Sarramagnan. Cette lettre est disponible au téléchargement en bas de page.

 

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Mgr Aillet : "Aucun diocèse n'est entièrement à l'abri"

Pour Le Point.fr, l'évêque de Bayonne revient sur l'affaire de pédophilie au sein de son diocèse qu'il a récemment signalée au procureur de la République. PROPOS RECUEILLIS PAR  Publié le  | Le Point.fr

 

Le Point.fr : Pour quels faits l'abbé Sarramagnan est-il sous le coup d'une enquête judiciaire pour agression sexuelle ?

Mgr Aillet : Les faits, qui remontent à 1991, sont graves : il s'agit d'attouchements sur mineur qui se sont produits au cours de l'été 1991, en Pologne. Je ne sais pas si une enquête judiciaire est d'ores et déjà ouverte, mais l'affaire est entre les mains de la justice, puisque deux signalements ont été faits.

Qui est à l'origine de l'ouverture de cette procédure ?

Fin 2015, la mère de la victime, qui vit aujourd'hui à Clermont-Ferrand, a fait un premier signalement. Je suis moi-même à l'origine d'un second signalement, déposé auprès du procureur de la République de Bayonne en ce mois d'avril 2016.

Depuis quand avez-vous connaissance de cette affaire ? Et comment ?

C'est l'abbé Sarramagnan lui-même qui, le premier, m'a rapporté les faits en question. C'était en mai 2009, soit quelques mois après mon arrivée dans le diocèse de Bayonne. Les parents de la victime se sont ensuite manifestés par courrier, en juin de la même année.

Avez-vous rencontré, pour recouper les faits, aussi bien le prêtre que la ou les victimes et leurs proches ?

Je vois très régulièrement l'abbé Sarramagnan. En revanche, la victime n'a jamais souhaité porter plainte et ne s'est jamais manifestée. Ses parents n'ont pas non plus porté plainte et n'ont pas non plus cherché à me rencontrer. Il faut dire que tous sont, depuis 1992, installés assez loin d'ici (en Belgique ou à Clermont-Ferrand). Les courriers qu'ils m'ont adressés nous ont néanmoins permis d'entrer en relation. À cette occasion, je n'ai pas manqué de leur signaler qu'il leur était encore possible de porter plainte ou de déposer un signalement. Ce que la mère de la victime a finalement décidé de faire il y a quelques mois.

Comment se fait-il que ce prêtre soit encore en situation de responsabilité, à mi-temps en paroisse et à mi-temps aumônier de l'enseignement catholique ?

Comme je vous le disais, les choses se seraient sans doute présentées d'une façon très différente si la victime ou sa famille avaient porté plainte. Et l'abbé Sarramagnan n'a pas eu, à partir de 2009, les responsabilités que vous imaginez. Il a certes été l'adjoint pour la pastorale du directeur diocésain, mais cette mission consistait à le seconder auprès des adultes qui travaillent au sein de l'enseignement catholique (chefs d'établissement, enseignants, animateurs pastoraux…), et non auprès des élèves. Il ne s'est pas non plus vu confier la responsabilité d'une paroisse puisqu'il était simplement prêtre coopérateur à mi-temps au sein de l'équipe des prêtres de Saint-Pierre de Nive-Adour.

Apparemment, cet homme est impliqué dans au moins deux affaires distinctes. Quelles ont été les actions préventives prises par le diocèse une fois les faits connus ?

Une seconde affaire, qui concerne une jeune fille de 16 ou 17 ans, a effectivement eu lieu en 2007, mais elle a été classée sans suite. C'est d'ailleurs à la suite de cette seconde affaire que l'abbé Sarramagnan, qui avait déjà tenté de mettre fin à ses jours fin 1991, a fait une seconde tentative de suicide. Et c'est à ce moment-là que Mgr Molères, alors évêque de Bayonne, a décidé d'imposer à Jean-François Sarramagnan une thérapie et un suivi psychologique de deux ans et son éloignement durant dix-huit mois au sein d'une abbaye dans un diocèse voisin. 

Quelles décisions avait prises votre prédécesseur en 1991, après avoir rencontré la famille de la première victime ?

Peut-être faudrait-il que vous lui posiez la question… Étant arrivé dans le diocèse le 30 novembre 2008, il m'est plus facile de vous parler des mesures conservatoires que j'ai moi-même prises en 2009 concernant Jean-François Sarramagnan, qui n'avait, en particulier, aucune responsabilité directe auprès des enfants. C'est ainsi qu'au sein de la paroisse de Saint-Pierre de Nive-Adour, le père Sarramagnan ne s'occupait, par exemple, ni du catéchisme ni des servants de messe. J'ajoute que je me tenais personnellement et constamment informé des conditions dans lesquelles ce prêtre exerçait son ministère et que je le recevais le plus régulièrement possible en tête-à-tête à l'évêché pour faire le point avec lui.

Maintenant, où en est l'enquête, où en est ce prêtre, et où en sont les victimes ? 
Je ne sais où en est l'enquête, mais sans doute ne tarderai-je pas à être convoqué par un juge d'instruction. Quoi qu'il en soit, la justice peut compter sur la collaboration pleine et entière du diocèse et de l'Église dont la principale préoccupation est que justice soit enfin rendue.

À votre connaissance, y a-t-il d'autres affaires liées à des actes de pédophilie ou d'agressions sexuelles s'étant déroulés dans votre diocèse ?

D'autres cas de pédophilie, je ne le pense pas, si l'on excepte une ancienne affaire jugée depuis bien longtemps. Pour autant, aucun diocèse n'est entièrement à l'abri. Et si une autre affaire se présentait, je m'emploierais bien évidemment à faire toute la lumière avec le même souci de transparence et de vérité que celui qui m'a toujours inspiré.

Pédophilie, les sanctions de l’évêque de Bayonne

 

Un prêtre du diocèse de Bayonne est accusé d’avoir abusé sexuellement son neveu, alors âgé de 12 ans, en 1990. Son évêque, Mgr Marc Aillet, a écrit dans une lettre à ses diocésains avoir suspendu ce prêtre le 15 avril dernier. Il était au courant depuis son arrivée à la tête du diocèse, en 2009.

 

Après Lyon, Orléans ou Clermont, le diocèse de Bayonne doit, à son tour, affronter une affaire de pédophilie. Le P. Jean-François Sarramagnan, prêtre à la paroisse Saint Pierre de Nive-Adour (Pyrénées-Atlantiques), est accusé d’avoir abusé sexuellement d’un mineur. Il a été suspendu de tout ministère le 13 avril par son évêque, Mgr Marc Aillet, quelques heures après que la mère de la victime a fait un signalement au parquet de Clermont-Ferrand. La victime est le neveu du prêtre, âgé de 12 ans au moment des faits.

Mgr Aillet, avait été informé de ces agissements par le P. Sarramagnan lui-même, dès son arrivée à la tête du diocèse, en 2009.

Deux années de thérapie

C’est par une lettre publiée mercredi 27 avril sur le site Internet du diocèse que les fidèles ont appris l’existence de cette situation. Averti de la parution le lendemain sur le site Mediapart d’un article révélant l’affaire, l’évêque a préféré prendre les devants.

« La question est tellement sensible dans l’opinion publique, d’autant plus quand il s’agit de prêtres, qu’il ne faut pas s’étonner que les medias s’emparent de toutes ces affaires et que nous puissions être interpellés dans nos diocèses pour des affaires parfois anciennces, jugées ou non », écrit Mgr Aillet.

Revendiquant la transparence, l’évêque de Bayonne revient sur les faits : un an après l’agression de son neveu en 1990, et après s’être dénoncé aux parents de la victime, le P. Sarramagnan a fait une tentative de suicide. Puis en 2007, à la suite d’une autre affaire concernant une jeune fille, et pour laquelle la justice a décidé d’un non-lieu, il tente une nouvelle fois de mettre fin à ses jours. Mgr Pierre Molères, prédécesseur de Mgr Aillet, lui demande alors de suivre « une thérapie et un suivi psychologique qui durera deux ans, assorti d’un temps de reprise humaine et spirituelle à l’abbaye du Tournay ».

Adjoint du directeur diocésain de l’enseignement catholique

C’est à l’issue de cette période que le prêtre rencontre Mgr Aillet pour la première fois, et l’informe « avec loyauté » de ses actes passés. « M’inquiétant de la victime et considérant qu’aucune plainte n’avait été déposée par la famille, je pris des mesures conservatoires », explique l’évêque. Il nomme alors le P. Sarramagnan adjoint au directeur diocésain de l’enseignement catholique, chargé de la pastorale. « Il était entendu qu’il n’aurait pas de responsabilité directe auprès d’enfants et de jeunes », assure Mgr Aillet, qui indique également qu’il rencontrait régulièrement le prêtre pour « faire le point ».

Pourtant, une simple visite sur les sites Internets des établissements catholiques de la région permet de constater que le P. Sarramagnan a été bien souvent au contact d’enfants, du fait de sa fonction. En 2012, il célébrait une messe de rentrée dans un lycée de la région ; en septembre 2015, il accompagnait des élèves de 6e pour une journée à Lourdes. Tout récemment, le 6 février 2016, il animait la journée diocésaine des jeunes de quatrième et troisième, à Salies-de-Béarn. « Je n’ai jamais écrit qu’il n’avait pas été en contact avec des jeunes, mais qu’il n’aurait pas envers eux de responsabilité », précise Mgr Aillet à La Croix. « C’est-à-dire qu’il n’a jamais été chargé de l’accompagnement personnel de jeunes. En 2011, quand il a accompagné neuf jeunes du diocèse aux JMJ, je me suis assuré personnellement qu’ils avaient tous plus de 18 ans. »

Mgr Aillet n’a pas voulu agir à la place de la famille

Pourquoi l’évêque de Bayonne n’a-t-il pas signalé le prêtre à la justice plus tôt ? « Le 13 avril, j’ai appris par une source privée que la mère de la victime avait fait un signalement », reprend-il. « Le 13 au soir, je le suspends de toutes ses charges et je l’accompagne moi-même à l’abbaye du Tournay. Et le 15, je fais moi-même un signalement au parquet de Bayonne. »

Mgr Aillet assume d’avoir attendu que la famille de la victime agisse avant de le faire lui-même. « La famille me disait elle-même qu’ils ne voulaient pas porter plainte car leur fils n’était pas prêt à un déballage. Qui étais-je pour le faire à leur place ? »

Tout en saluant les nouvelles mesures prises par l’Église de France il y a quelques semaines pour mieux gérer ce type d’affaires, Mgr Aillet estime qu’on « ne peut pas appliquer des normes générales », car « chaque cas est particulier ». Il met en avant la fragilité psychologique du prêtre.

 

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