"Communion sacerdotale" : l'édito de la revue Notre Eglise (juillet) par Mgr Aillet

"Communion sacerdotale" : l'édito de la revue Notre Eglise (juillet) par Mgr Aillet

Nous venons de fêter nos prêtres jubilaires et d’accueillir deux nouveaux prêtres dans notre presbyterium. Ces deux événements sont évidemment liés : alors qu’ils viennent tout juste de recevoir l’ordination sacerdotale, Paul et Sanche regardent vers leurs aînés et accueillent dans l’action de grâce leur fidélité et leur générosité féconde ; et même si, à leur génération, ils ne s’identifieront pas totalement à eux, ils apprendront d’eux leur connaissance du terrain pastoral et leur proximité au peuple dont ils sont généralement issus.

L’ordination de nouveaux prêtres, c’est l’occasion aussi d’approfondir le sens de la communion sacerdotale ; de l’union-communion avec le Christ et la Trinité découle, pour le prêtre, une communion-relation avec toute l’Église : « Avec l’ordination sacramentelle, en effet, il établit des liens particuliers avec le Pape, avec le corps épiscopal, avec son évêque, avec les autres prêtres, avec les fidèles laïcs » (Directoire pour le ministère et la vie des prêtres). Avec le Pape et l’évêque, il s’agit de ce qu’on appelle la « communion hiérarchique », c’est-à-dire « la communion dans la hiérarchie telle qu’elle est intérieurement structurée » : elle découle de l’unicité du Christ, Tête, Pasteur et Époux de l’Église. À Jésus, en effet, est attribuée la parole du psaume : « Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre du roi Melchisédech ». Jésus n’est donc pas prêtre « à la manière d’Aaron », dont le Sacerdoce demeurait grâce à une succession, mais « à la manière de Melchisédech », qui offrit à Abraham le pain et le vin, et dont on ne connaît ni l’origine ni la fin. 

Autrement dit, les prêtres de la nouvelle alliance sont prêtres par configuration ontologique au Christ, ils ne sont pas prêtres par eux-mêmes, mais in persona Christi – dans la personne du Christ. C’est pourquoi, l’exercice du Sacerdoce ministériel ne saurait se concevoir en dehors d’une communion étroite avec le Pape, l’évêque et les autres prêtres. C’est ce que signifie la promesse du prêtre à l’évêque au jour de son ordination, en mettant ses mains jointes dans les mains de son évêque : « Promettez-vous de vivre en communion avec moi et mes successeurs dans le respect et l’obéissance ? – Je le promets ». Et le geste de l’imposition des mains par les prêtres présents est le signe de l’accueil dans la communion fraternelle du presbyterium.

Le pape François, dans un dialogue avec les prêtres de Caserte, définissait ainsi la spiritualité du prêtre diocésain : « Cela signifie avoir un rapport avec l’évêque et un rapport avec les autres prêtres. Le rapport avec l’évêque est important, il est nécessaire. Un prêtre diocésain ne peut pas être détaché de l’évêque. “Mais l’évêque ne m’aime pas, l’évêque par-ci, l’évêque par-là...” ; l’évêque sera peut-être un homme ayant un mauvais caractère ; mais c’est ton évêque. Et tu dois trouver, même dans cette attitude qui n’est pas positive, une voie pour garder une relation avec lui. […] Je suis un prêtre diocésain parce que j’ai un rapport avec l’évêque, un rapport nécessaire. [...] En deuxième lieu, l’esprit diocésain comporte une relation avec les autres prêtres, avec tout le presbyterium. Il n’y a pas de spiritualité du prêtre diocésain sans ces deux relations : avec l’évêque et avec le presbyterium. Et elles sont nécessaires » (26 juillet 2014).

Et il y a aussi la communion avec les fidèles laïcs. En poursuivant ma visite pastorale dans les paroisses du diocèse – j’en ai visité 64 sur 69 – j’ai tout loisir de vérifier, dans l’action de grâce, les liens de communion qui se tissent entre les prêtres et les laïcs au service de la mission. Parmi d’autres, je voudrais mentionner la qualité et l’efficacité de l’équipe d’animation paroissiale (EAP) de la paroisse Saint-Sauveur d’Iraty – Saint-Jean-le-Vieux, que je viens de visiter : de manière discrète et responsable et en lien étroit avec le curé qui n’est plus résident à Saint-Jean-le-Vieux, ils rendent visible dans la paroisse l’Église-Institution et concourent grandement, en faisant le lien avec les nombreux fidèles engagés, au fonctionnement des services. La mise en place progressive de « pôles missionnaires » regroupant plusieurs paroisses, où l’équipe sacerdotale résidera dans une paroisse centrale, assumant un lien nou-veau avec le territoire, en y déployant des projets spécifiques d’évangélisation, nécessitera la mise en place, dans les paroisses où les prêtres ne résideront plus, d’EAP à même d’incarner la présence institutionnelle de l’Église, comme cela verra le jour dès la rentrée autour de Saint-Palais. Cela va bien dans le sens du travail accompli par la dernière mandature du Conseil presbytéral sur la coresponsabilité des prêtres et des laïcs.

Que cet été nous prépare, à travers le repos de l’âme et du corps, aux moissons qui s’annoncent !

+ Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron