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La Fuite en Egypte : un chef d'oeuvre à Bayonne Saint-Esprit

La Fuite en Egypte : un chef d'oeuvre à Bayonne Saint-Esprit

Les Rois Mages qui auront défilé à Saint-Jean-de-Luz (ce dimanche 8 janvier, précédant les vêpres de 16 h présidées par Mgr Aillet) et au Pays Basque Sud (jeudi 6 janvier à 18 h à Saint-Sébastien) nous ramènent à un autre chapitre, sans doute moins commémoré, de l’Histoire sainte : il s’agit de l’épisode de « La Fuite en Egypte » qui s’est matérialisé dans un véritable chef-d’œuvre, pratiquement ignoré, du patrimoine bayonnais.

Dans le quartier Saint-Esprit, face à la gare où les allées et venues pressées des voyageurs ne laissent guère le temps de s’arrêter sur les particularités architecturales du lieu, la collégiale Saint-Esprit recèle un véritable « trésor » : le groupe sculpté dit « l'âne de saint Bernard » en chêne peint et doré. Représentant la « fuite en Egypte », les monuments historiques qui l’ont classé en 1906 le datent du début du XVIe siècle. D’une envergure conséquente (1 m 70 de hauteur sur 1 m 30 de largeur), la sculpture représentant la Vierge assise en amazone, qui serre sur sa poitrine l'Enfant Jésus, vêtu d'une chemisette et portant autour du cou un collier de perles (de l'ambre, sans doute) et un cœur en pendentif ; il tient un oiseau dans sa main gauche. La Vierge a la tête légèrement penchée, les yeux baissés. Son large manteau  laisse voir ses pieds chaussés de souliers à bout rond, des souliers de voyageur. Le groupe a été taillé dans un seul tronc de chêne, à l'exception de la tête et du cou de l'animal.
Dans ses « Annales archéologiques » de1848, Didron (qui se passionnait pour les « Mystères » et autres représentations théâtrales du Moyen-Age) datait ce groupe de 1360 - ou même de 1300 - indiquant qu’il avait été relégué dans une sombre sacristie de Saint-Esprit après avoir joui d’extraordinaires manifestations de piété lorsqu’il était exposé au couvent de Saint-Bernard (après l’avoir été aux Jacobins) : « à Noël, aux Saints-Innocents, à la Circoncision ou à l’Epiphanie, on habillait Marie et l’Enfant de riches atours (voile blanc, robe rouge et manteau bleu pour la Vierge, chemise blanche pour l'Enfant, ndlr.) ; on les coiffait de couronnes royales, on leur jetait des fleurs dans les bras, on harnachait de neuf leur monture »…
Rappelons que cette sculpture se rapporte au récit de l’évangéliste saint Matthieu (Mt 2, 13-23) concernant le « Massacre des Innocents » : le roi  Hérode Ier, qui régnait en Palestine, ayant appris des Mages venus d'Orient la naissance à Bethléem du roi des Juifs, envoya tuer tous les enfants de moins de deux ans qui se trouvaient dans , la ville.  Josephprévenu par un songe, s'enfuit avec l'enfant Jésus  et sa mère en Egypte où ils resteront jusqu'à la mort d'Hérode.

L’autel du Seigneur en Egypte

« Ce jour-là, il y aura un autel dédié à l'Eternel au milieu du pays d'Egypte, et près de la frontière une stèle dédiée à l'Eternel. Ce sera un signe et un témoin de l'Eternel des armées au pays d'Egypte... Et l'Eternel se fera connaître des Egyptiens, et les Egyptiens connaîtront l'Eternel, en ce jour-là. Ils offriront sacrifices et oblations » (Isaïe 19 :19-21). Et la prophétie s’est réalisée à Deir el Moharraq, le grand monastère copte au centre de l’Egypte, avec ses églises – dont la plus vieille date du Ier siècle ! – groupées autour d’un « donjon ».
Réunissant près de 150 moines, ce monastère de la Haute-Égypte a été bâti à l'endroit où la Sainte Famille a séjourné pendant six mois, et où le Divin Enfant a couché sur la pierre qui sert à présent d'autel. Et la tradition copte y voit le lieu où l'ange apparut à Joseph pour lui annoncer la mort d'Hérode ». Et dans le quartier de Mataria au Caire, des touristes venus du monde entier contemplent un arbre réputé dater de la visite historique de la Sainte Vierge avec son enfant et Joseph. En réalité, l’arbre (qui avait été endommagé à dessein par des islamistes en octobre 2013) avait germé à partir des racines de celui qui abritait la Sainte Famille lors de la fuite en Egypte. Il se serait agi d'un sycomore dont le tronc - selon la légende - aurait ouvert son écorce miraculeusement pour les protéger des brigands à leur poursuite. Une source d'eau miraculeuse se mit à jaillir pour donner de l'eau à boire à l'Enfant, et dans son bassin pousse un balsamier à ce jour. Depuis le IVème siècle, de très nombreux pèlerins sont venus voir cet arbre dans l'espoir d'une vision de la Vierge Marie et pour recueillir l'écorce de l'arbre qui posséderait des vertus médicinales. Ce baume, une huile sainte qui a été consacrée depuis les temps apostoliques, est également utilisé dans la préparation de parfums et à Noël.

Lazkao et son « astotxo »

En Guipuzcoa, sur la route de Saint-Sébastien à Vitoria/Gazteiz, à une vingtaine de kilomètres au sud de Tolosa, Lazkao (Lazcano en castillan) a conservé son magnifique palais Renaissance construit vers 1638 par l’épouse de l’amiral Oquendo (le commandant de l’« Invincible Armada » dont la statue sépare l’hôtel Maria Cristina du théâtre Victoria Eugenia à Saint-Sébastien). Le premier dimanche après los Reyes - les Rois Mages -, Lazkao célèbre une fête des ânes  ou « Astotxo » (astoa veut dire l’âne en basque), à l’origine une reconstitution de la fuite en Egypte pratiquée depuis le XVIIe siècle par les religieuses du couvent cistercien, qui s’est agrémentée depuis une trentaine d’années de diverses festivités populaires s’étendant au cœur de ville depuis le couvent jusqu’aux abords du palais et au-delà.
Ainsi, ce dimanche 8 janvier débutera à 11 h par la messe à l’église du couvent où les religieuses exposent un ensemble de figures (à taille réelle) représentant Saint-Joseph et la Vierge sur un âne avec l'Enfant dans ses bras. A midi, foire aux ânes et concours provincial au son des txistu et des trikitixa, en partenariat avec l’association « Giasel, Gipuzkoako Astozaleen Elkartea », qui œuvre au maintien de la race d’âne autochtone  dont la plupart vivent au caserío (ferme) Urkolazahar de Olaberria ; vers 13 h, dans les rues de la ville, quelques 200 jeunes acteurs reconstituent la fuite en Egypte en une véritable pastorale.


Alexandre de La Cerda