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Les racines juives de l'Eucharistie

Les racines juives de l'Eucharistie

Instituée par Jésus au cours du dernier repas (cf. 1 Co 11,23-26), l’Eucharistie est le « mémorial de sa mort et de sa résurrection » (CEC 1337), événement fondateur de la foi chrétienne qui a eu lieu pendant la fête juive de Pâque, et que le Nouveau Testament relit à la lumière du culte de l’Alliance mosaïque.

 

 « Le Christ vous a aimés et s'est livré pour nous, s'offrant à Dieu en sacrifice d'agréable odeur. » (Ep 5,2)

Ainsi il faut chercher l’enracinement juif de l’Eucharistie dans ces trois directions : la fête juive de Pâque (Pessah), le culte des sacrifices et le rituel du repas juif.

La fête de Pessah

Le lien de la mort de Jésus avec la fête de Pessah n'est pas seulement une coïncidence de calendrier : Jésus est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), qui par son sang sauve son peuple de la mort comme au temps de Moïse (cf. Ex 12,12-13). « Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, dit Paul, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ, a été immolée. » (1 Co 5,7) « Le passage de Jésus à son Père par sa mort et sa résurrection, la Pâque nouvelle, est anticipée dans la Cène et célébrée dans l'Eucharistie qui accomplit la pâque juive et anticipe la pâque finale de l'Eglise dans la gloire du Royaume. » (CEC 1340)

Le culte des sacrifices

Quand Jésus dit « le Fils de l'homme est venu [...] pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mt 20,28 // Mc 10,45), il invite à interpréter son offrande à l’aune du Serviteur d’Isaïe (Is 42 ; 49 ; 50 et 52-53), qui a offert « sa vie en sacrifice expiatoire » (Is 53,10). Au-delà de l’Agneau pascal, c'est ici l’ensemble du culte au Temple qui est convoqué. « Ce sacrifice du Christ est unique, il achève et dépasse tous les sacrifices » (CEC 614 ; cf. He 10, 10)

Le culte des sacrifices impliquait le don d’une offrande (animale ou végétale…) qui était remise aux prêtres et après immolation, la partie placée sur l’autel était brûlée, la fumée des sacrifices montant vers le ciel symbolisant leur transfert au Dieu d’Israël. Ordinairement (sauf les holocaustes), une autre partie était consommée par le peuple (ou ses représentants, les prêtres), dans un repas cultuel symbolisant le lien d’Alliance entre Dieu et son peuple. Dt 12,5-18 exhorte à se réjouir devant Dieu lors d’un tel banquet.

Ce rituel était accompagné par des cantiques : 1 Ch 16 raconte comment les Lévites étaient affectés au chant et à la musique, notamment pour les sacrifices offerts au nom du peuple, comme l’offrande tamid (deux fois par jour). Quant au reste du peuple, il se joignait par la prière, sur place (cf. en Lc 1,10 lorsque le prêtre Zacharie offrait l’encens dans le Saint), et même de loin (cf. Corneille à Césarée en Ac 10,30).

« Ces trois éléments [...] - transfert de l’offrande, repas de fête et prière communautaire - sont capitaux pour comprendre le sacrifice expiatoire de Jésus et la participation de l’ecclesia à ce sacrifice par l’Eucharistie. » (Mark S. KINZER, Scrutant son propre mystère, Parole et Silence, 2016, p.169).

En application de l’ordre de Jésus, les premières Eucharisties eurent lieu au cours d’un repas (cf. 1 Co 11) qui étaient perçus comme des repas sacrificiels, comme l’indique clairement 1 Co 10 où Paul compare l’Eucharistie avec les banquets sacrificiels juifs et païens. C'est Jésus seul qui s’offre à Dieu, mais le peuple uni par la foi à Jésus accompagne de sa prière cette offrande agréée par le Père. L’Eucharistie est l’unique sacrifice de Jésus sacramentellement réactualisé, et en sa personne, c'est tout le peuple de Dieu, le Corps du Christ qui est « transféré » vers Dieu. Cette communion avec Dieu est marquée par le partage du banquet sacrificiel et festif, que nous appelons précisément « communion », on comprend pourquoi !

Le rituel du repas juif

A l’époque de Jésus, la pratique des repas sacrés s’était étendue au-delà des seuls repas sacrificiels avec une connotation eschatologique (anticipation du banquet messianique, cf. Is 25,6). Chez les Esséniens, chaque repas devenait un culte rendu à Dieu.

La prière juive d’action de grâce après le repas (Birkat ha-mazon) qui constitue la source de notre prière eucharistique (Benoît XVI, Jésus de Nazareth II, Ed. du Rocher, p.164) comporte une demande que se réalise le dessein rédempteur de Dieu. Ce salut est anticipé dans le repas festif par lequel le croyant communie à Dieu : « celui qui mange de ce pain vivra pour toujours » (Jn 6,58).

En Jn 6, Jésus invitait à consommer la chair et le sang d’un homme, scandale ! C'est que « la vie de la chair » qui « est dans le sang » (Lv 17,11) est sacrée, et en Dieu seul est « la source de la vie » (Ps 36,10). Mais si Jésus est Dieu fait chair, le scandale devient émerveillement : dans l’Eucharistie, Dieu communique sa vie au croyant.

Avec le temps, les assemblées devenaient trop nombreuses en même temps que l’Eglise se distançait de la Synagogue ; ainsi s’est développé un culte détaché du contexte de repas et de sa racine juive. Le modèle du culte domestique (qui est resté au centre de la vie juive jusqu’à aujourd'hui) a ainsi disparu de l’usage ecclésial.

Conclusion

L’Eucharistie plonge ses racines dans le culte sacrificiel, tout comme la prière juive d’aujourd'hui. La prière chrétienne et le culte synagogal se sont développés à partir d’une origine semblable et ne manquent pas de points de comparaison. La manière dont le peuple d'Israël et l’Eglise vivent aujourd'hui leur lien à Dieu est le signe de leur dépendance mutuelle profonde (cf. Nostra Aetate 4), qu’il reste encore à approfondir.

 

Article paru dans Notre Eglise n°78