Vif succès du colloque sur « la Bible, mémoire des cultures et des religions »

Les conférenciers et quelques amis réunis à l’issue du colloque autour du cardinal Etchegaray  ©DR
Les conférenciers et quelques amis réunis à l’issue du colloque autour du cardinal Etchegaray ©DR

Le colloque organisé le 2 août à Cambo-les-Bains sur "La Bible mémoire des cultures et des religions" fut accueilli par Madame le maire de Cambo, Bernadette Jougleux, en l’église Saint-Laurent par des mots chaleureux pour ce rendez-vous de l’été qui cette année adressait un hommage soutenu au cardinal Roger Etchegaray à l’occasion des 70 ans de son sacerdoce 1947-2017.

1 – Florence Delay, de l’Académie française

Les conférenciers présents évoquèrent les volets multiples de la bible que Florence Delay qualifiait de « bibliothèque, tant les 75 livres qui la composent sont pluriels et les genres littéraires contenus dans Le Livre multiformes ».

La conférencière rappela l’ouvrage publié sur ce sujet sous le titre « La bible dans les littératures du monde ».

Le voyage littéraire que conduisit ce jour Florence Delay fut « introductif par la petite porte », dira-t-elle, pour inviter le lecteur à habiter la bible selon le propos de Paul Claudel.

Les symboles contenus dans ce livre, le récit de la reine de Sabah, les études comparées des religions proposées aux étudiants en Sorbonne par l’académicienne invitaient à entrer dans cet univers littéraire riche, inspiré et complexe. La sourate de la fourmi dans le Coran, la baleine dans la Genèse, la lecture du livre de Jonas, le sort de Ninive, s’imposent à la compréhension du romantisme français inspiré par la bible… Certains de ces sujets sont même inspirés de la bible proprement dite. Ainsi, la quête du Graal en route vers le ciel est un classique de l’imaginaire littéraire.

Or, la première traduction protestante de la bible par Sébastien Castellion est un chef d’œuvre de connaissance de la pluralité des livres de la bible que la Réforme développera au fil des siècles suivants ; cette fortune de l’intelligence qui confirme que « l’original ne vieillit pas, et toute traduction demeure temporaire selon le langage propre de chaque génération ». Car, la bible n’est jamais figée dans le passé, elle inspire la traduction suivante et le vocabulaire propre de son récit. La traduction en allemand de la bible amorça le début de la littérature allemande. Paradoxalement, en France, les choses sont demeurées distinctes.

L’auteur allemand Thomas Mann est un modèle littéraire du choix biblique et la figure de Joseph qui inspira ses créations en langue allemande furent directement empruntées au Livre.

2 - Jean Claude Petit évoqua la paix inspirée de la bible.

La paix au cœur de nos vies n’est jamais un appendice mais une boussole d’humanité qui nous dirige. Le bien-être de l’existence de l’humanité s’inscrit dans la recherche de la paix, pour l’humain, son environnement et sa personne. La paix est vie ! L’Eglise dans le monde de ce temps fut un appel sans retour pour les croyants à incarner la paix dans la vie comme rapporté par la recherche de la justice et de la paix dans le Concile Vatican II. Or, l’actualité du monde aujourd’hui ne cesse de parler de guerre aux antipodes de cette espérance partagée de la paix comme une béatitude spirituelle en acte. Ce fut le projet initial en 1945 des fondateurs de « La Vie » autour de Georges Hourdin et celui du site religions et cultures auquel travaille Jean-Claude Petit aujourd’hui dans l’esprit de Régis Debray, d’Hubert Védrine, et d’universitaires des deux rives de la Méditerranée en demande pressante d’espaces de dialogue et de rencontre interreligieuse et d’humanistes pour embrasser la paix du monde de demain.

En homme de presse et professionnel aguerri, Jean-Claude Petit prêche pour un engagement sans retour des médias et des familles spirituelles monothéistes pour devenir des artisans de paix et propager la fraternité. L’exemple de tant de vies sauvées sur la Méditerranée par des volontaires admirables est un défi encore à venir. Les 22 000 femmes, enfants, jeunes sur des chemins d’exode, disparus en mer, constituent un défi majeur pour des convictions humanistes, particulièrement pour nous Français, promoteurs des droits humains que nous cherchons à enraciner dans le monde !

3 - Dominique Quinio développa le sens du bien commun contenu dans la pensée sociale de l’Eglise.

Si un compendium de 400 pages recueille la réflexion de tous ceux qui œuvrent à partager cette pensée sociale, la conférencière rappella que la bible comme telle ne parle pas de pensée sociale, « mais en donne les éléments qui au fil du temps ont développé la fraternité, la solidarité, le partage, le respect de l’espace habitable par l’humanité »...

Trois niveaux de lecture et de réflexion sont désormais possibles.

Le niveau fondateur de la doctrine, celui des normes et directives qui la promeuvent, et le niveau délibératif des actions effectives en perspective. L’ancrage biblique est dès lors l’ancrage de l’enseignement social de l’Eglise. L’homme est un être social fondé sur la dignité de la personne humaine, et la recherche incessante du bien commun qui la promeut.

Le nombre des plus lésés et des moins aidés est légion aujourd’hui. L’humanité appelle à répondre aux sans voix, sans droit, sans pouvoir, avec des réponses neuves, par l’accueil l’éducation et l’hospitalité ! Le « prochain » dans la bible est l’aidé et l’aidant à la fois, alors que les pauvres sont nos maîtres, selon l’Evangile.

Par un retour très actuel, le sens du bien commun revient aujourd’hui sur le devant de la scène du monde. Oublié, confondu parfois avec le service public, il devient signe de la dignité personnelle de soi et des autres d’une justice politique qui partage et reçoit en retour par un échange désiré !

3 – L’organiste Raphael Tambyeff interpréta aux deux orgues de l’église des pièces de musique accordées aux thèmes des échanges des conférences illustrant ainsi ces quatre volets bibliques présents lors de cette rencontre, à savoir le texte fondateur lui-même contenu dans le Talmud et la Bible judéo chrétienne postérieure, la réalité ecclésiale des familles chrétiennes sollicitées par le défi de la paix en acte, et l’ambition des fidèles à s’inspirer du sens du bien commun pour accorder la foi et les actes des églises...

Michel Etcheverry et Alexandre Aguerre interprétèrent deux cantiques en langue basque – Agur Jaunak et Agur Maria - à l’adresse du Cardinal et une versification poétique fut destinée à notre jubilaire à l’occasion des 70 ans de sacerdoce.

Une visite faite à la maison des prêtres retirés de Cambo par tous les conférenciers de ce jour et quelques proches amis nous permit de rencontrer le cardinal, désormais empêché de se déplacer en raison de son âge, mais l’esprit vif et attentionné pour tant de prévenances et d’amitié à sa personne. Beaucoup avaient en effet des raisons personnelles de témoigner au cardinal Roger Etchegaray de la considération et se pressèrent en ce jour à l’Eglise Saint-Laurent pour la manifester par leur présence.

Chrétiens provenant de toutes les églises, membres d’autres confessions religieuses, humanistes et auditeurs libres intéressés par la diffusion de la Bible distribuée par centaines aux participants de ce colloque inhabituel sur ce thème au cœur de l’été, ajouta au programme la distribution gratuite du Livre à l’auditoire intéressé de ce jour !

                                                                               

                                                                                                                                                                                                                 François-Xavier Esponde