La famille, lieu de la « liturgie domestique »

En quoi la vie de famille est-elle une liturgie ? Lors d’une conférence à Polignac (diocèse du Puy-en-Velay) le 7 septembre dernier, Monseigneur Marc Aillet a expliqué comment l’on peut faire de sa vie familiale un culte spirituel rendu à Dieu. Extraits. Paru in « Notre Eglise » n° 42 (novembre 2013)

« Le baptisé est celui qui donne toute sa personne en offrande cultuelle à Dieu. Toute la vie du baptisé est un culte spirituel. Toute la vie du baptisé est une liturgie. C’est ce que dit la Constitution dogmatique de Vatican II sur le mystère de l’Eglise, Lumen Gentium au chapitre 2, lorsqu’elle insiste sur cette dignité sacerdotale du baptisé, qui donne sa vie en offrande cultuelle à Dieu.

C’est également par le sacrement du mariage, qui sanctifie l’union de l’homme et de la femme, qui la répare et qui l’élève, jusqu’à être le signe efficace de l’amour du Christ et de l’Eglise, que l’homme offre sa vie en culte à Dieu. Toute la vie conjugale et familiale est appelée à être un culte spirituel, agréable à Dieu.

C’est dans la liturgie de l’Eucharistie que s’accomplit pleinement cette liturgie de la vie conjugale et familiale. C’est là qu’elle prend sa source et atteint son sommet. Il n’y a pas de vie conjugale familiale chrétienne qui ne passe par l’Eucharistie.

Pour le couple et la famille, indissociables, il y a trois autels inséparables où s’accomplit ce culte spirituel, où l’homme accomplit sa vocation à ressembler pleinement à Dieu.

Le premier, c’est le lit conjugal. Le lit du couple chrétien est comme un autel où il offre son amour conjugal à Dieu dans une chaste intimité, ouverte à la vie, dans un acte d’offrande cultuelle à Dieu, avec la nécessaire maîtrise des passions (cf. livre de Tobie). Et au pied de cet autel : la prière des époux, pour que cette chaste intimité soit vraiment le culte spirituel rendu à Dieu, cet amour conjugal d’où jaillit la vie, où toute la famille trouve son origine, cellule de base de la société humaine.

Deuxième autel : la table familiale. Le repas qui rassemble la famille dans l’unité, dans la communion, dans la convivialité au sens éthymologique du terme, et qui est liée à la liturgie domestique. Au pied de cet autel : la prière familiale. Une famille chrétienne ne commence pas son repas sans un temps de prière ! « Quoi que vous fassiez, dit saint Paul, que vous mangiez, que vous buviez, que ce soit toujours pour rendre grâce à Dieu ! » La prière du bénédicité, qui précède le repas, est un moyen de s’offrir à Dieu à la table familiale, où l’on partage certes le pain quotidien et matériel, mais aussi le pain de la Parole de Dieu, qui fonde une liturgie domestique.

Enfin le troisième autel, qui donne aux deux autres leur signification profonde : l’autel de la messe dominicale, où est offert le sacrifice de l’Eucharistie, source et sommet de la vie de l’Eglise, comme nous dit le Concile dans la Constitution Sacrosantum Concilium. La réforme liturgique tourne autour de cela : restaurer la liturgie comme source d’une vie authentiquement chrétienne –c’est déjà ce que disait saint Pie X-, et donc source et sommet de la vie de famille, qui est l’Eglise domestique, la première petite Eglise, parce que l’Eglise est fondée sur le mariage chrétien, d’où naît la famille.

A Milan en juin 2012, lors d’une rencontre mondiale des familles,  le pape Benoit XVI a répondu à une petite fille vietnamienne  qui lui présentait sa famille, et qui lui a posé une question sur son enfance.  Benoît XVI a répondu avec une simplicité extraordinaire, il  a raconté sa vie d’enfance. (…)

Il a raconté que le point essentiel pour sa famille était le dimanche avec la messe dominicale, source, sommet, structure de toute la vie de la  famille, en lien avec le repas familial. Autrefois on s’habillait bien pour le dimanche ! C’est un jour de fête, les noces du Fils ! (…)

Et puis quelle résonnance cette Parole de Dieu proclamée dans la messe dominicale devrait-elle avoir dans la vie de la famille ? Benoît XVI raconte que dans sa famille, le père expliquait la Parole de Dieu à ses enfants. De même les parents, en revenant de la messe, avant de passer à la table du repas, devraient  passer à la table de la Parole, réexpliquée aux enfants : Qu’as-tu saisi dans cette parole, commet cela va-t-il prendre chair dans ta vie cette semaine ? Les parents peuvent faire résonner aussi la parole de Dieu dans leur vie, à partir d’une petite liturgie domestique. Le Deutéronome nous enseigne, au chapitre 6, verset 4, cette liturgie de la parole domestique en lien avec la parole entendue dans l’Eglise. « Ecoute Israël, tu aimeras ton Dieu de tout ton coeur. Tu les répèteras à tes fils, assis, couché aussi bien que debout. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur les portes. » Tu les transmettras à tes enfants dans ta maison, dans cette petite liturgie domestique, où tu partageras le pain de la Parole avec eux. Tu les inviteras à faire résonner cette Parole.

Enfin, on apprend aussi, dans la liturgie eucharistique, une plus grande cohérence de vie. On entre dans le sacrifice du Christ par la communion eucharistique, qui est le sommet  de la participation consciente, active (c’est-à-dire qui entre dans l’acte du Christ) et fructueuse promue par le concile Vatican II comme principe opératoire de la réforme liturgique.

C’est là que je m’unis à l’offrande d’amour du Christ, pour moi-même faire de ma vie une offrande d’amour, un culte spirituel. (…)

Ainsi apprend-on à « donner à sa vie une « forme eucharistique ».