La chapelle du Collège Saint-Bernard

Par sa discrétion, blottie au premier étage du collège, à Bayonne, cette très jolie chapelle n’attire pas les regards. Elle mérite pourtant un détour, et ceux qui le font sont séduits par la joyeuse harmonie qui s’en dégage.

Depuis le cloître de la cathédrale, en passant par Saint-André, Saint-Esprit, la place Jacques Portes, San-Bernardo à Saint-Sébastien (après l’expulsion, en 1905 !), ce n’est qu’en 1928 que l’actuel collège des Frères des Ecoles chrétiennes prit forme, avec sa chapelle.

Destinée à des enfants, elle se devait d’être gaie, et belle, afin d’élever leurs âmes. L’architecte M. Cazalès choisit un classicisme inspiré de la Renaissance. Les proportions sont harmonieuses ; des pilastres élancés supportent une élégante architrave, s’arrondissent devant l’autel, en anse de panier, afin, semble-t-il,  de mettre en valeur la peinture du « Christ mort », confiée ensuite à André Trébuchet.

Pour, peut-être, aider les jeunes à fixer leur attention et, en quelque sorte, leur apporter un évangile illustré, M. Cazalès réalise, au-dessus de leur tête, un superbe plafond à caissons, dont le décor sera peint par André Trébuchet et son épouse, Antoinette Duvivier. Il relatera, avec précision, l’Ancien et le Nouveau Testament. En levant la tête, les jeunes pensionnaires de Saint-Bernard s’instruiront tout en s’amusant !

 

Les vitraux

Entre les pilastres, dix hauts vitraux, confiés à Monsieur Mauméjean, maître-verrier apprécié s’il en est, apportent une belle lumière.

Ils représentent, sur un fond de « grisaille » bleutée, et au cœur de niches de style Renaissance, des saints, en pied : saint Pierre, sainte Jeanne d’Arc, saint Jean-Baptiste de la Salle, saint Ignace de Loyola, saint François d’Assise, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, saint Vincent de Paul, le bienheureux Frère Salomon, saint Jacques, saint Jean. Des rouges profonds, des bleus intenses, des verts plus froids, suivant le cycle solaire, font miroiter la lumière.

 

 

Le chemin de Croix

En mosaïque, il est de Jean Lesquibe, tout jeune artiste à l’époque. Les stations ne sont pas en saillie, mais s’intègrent parfaitement aux murs.

Isolées par un encadrement à dominante dorée, par le chatoiement de leurs mille petites pierres colorées, elles sont en harmonie avec les vitraux et les peintures du reste de l’édifice.

 

Le plafond

A caissons, de style Renaissance, il reçoit, au centre, cinq belles toiles, exécutées en 1878, pour la chapelle de l’ancien Saint-Bernard, par des frères professeurs de différents collèges.

André Trébuchet, aidé par son épouse Antoinette, conçoit autour de ces tableaux, et, en accord avec eux, sur tout le plafond, environ deux cent cinquante petits et moyens sujets, illustrant avec un souci du détail et une recherche de documentation importante : l’Ancien Testament (à gauche) et le Nouveau Testament (à droite).

Des anges, entre le plafond et les vitraux, font la liaison entre la terre et le ciel…

 

 

Le chœur : « Le Christ mort. »

Peint sur une grand toile marouflée, voici l’aboutissement de toute l’histoire inscrite au plafond.

André Trébuchet avait, depuis plusieurs années, l’idée de matérialiser par son pinceau le sacrifice du Dieu fait homme. C’est après réflexion, et de nombreuses recherches documentaires (aidé par le Père Janvier, orateur de Notre-Dame), qu’il choisit un dépouillement volontaire.

Seul, apparaît Jésus, sur la croix.

Le ciel et la terre se confondent presque dans la tourmente de nuages sombres.

Le corps supplicié, tendu vers le ciel, semble apaisé.

De légers rayons de lumière l’enveloppent, une certaine sérénité a envahi son visage.

La volonté du Père s’est accomplie.

 

L’ancien autel

Réalisé par le sculpteur-staffeur André Batby, en pierre blanche, décoré de consoles massives et de guirlandes de laurier, il formait, au bas du tableau d’André Trébuchet, une belle ligne claire. Il a été remplacé par un autel plus simple.

André Batby était un camarade du peintre, depuis l’école de dessin de Bayonne (Atelier Pascau)

Sans avoir pu en avoir la certitude, on peut penser que ce sculpteur et staffeur de talent a probablement été partie prenante dans la réalisation des décors architecturaux de la chapelle : caissons du plafond, pilastres, corbeaux, etc.

Sur les côtés du chœur d’André Batby également, deux petits autels en pierre blanche. Sous l’un d’eux, était placée une précieuse relique, le corps d’un enfant romain martyr : Vincentius, offert en 1864, par le pape Pie IX au frère Irlide, premier directeur du pensionnat Saint-Bernard.

 

 Non seulement cette chapelle de Saint-Bernard a su mobiliser plusieurs artistes qui, chacun à sa manière, ont mis toutes leurs forces et leur talent pour qu’elle soit un sanctuaire digne du Fils de Dieu. Mais, pour que cette réalisation soit possible, des donateurs, connus ou anonymes, n’ont pas hésité à s’engager sachant que… la foi soulève les montagnes.

 

 

Documentation : bulletin du pensionnat Saint-Bernard et de l’Amicale des anciens élèves

« Itinéraire d’un collège bayonnais, Saint-Bernard », par André Lissarague (Frère André)

 

                                       

Par Colette Trébuchet

  Article paru in « Notre Eglise » n° 41 (octobre 2013)