Notre-Dame de l’Assomption d’Ainhoa

A Ainhoa, au cœur du Pays basque, se trouve l’église Notre-Dame de l’Assomption. Histoire de cette église-château créée par les prémontrés au XIIIè siècle.

 

Depuis la Case-Dieu en Bigorre, les prémontrés s’établirent à Arthous, puis à Lehuntze, Zuraide… Ainhoa et Urdazubi, balisant ainsi une voie jacobite mais surtout commerciale et stratégique. Nous sommes dans les années 1160-1180 ; la vicomté de Labourd vient d’être créée par le roi de Navarre et l’évêché y est établi dans le même mouvement. Ces prêtres-moines contribueront à structurer le pays, à fixer des peuplements  à les constituer en paroisse. A Ainhoa ils développeront  un site industriel majeur, par ses mines et ses productions (notamment des armes qui serviront à défendre Bayonne). Ils seront accueillis par le seigneur des lieux, Juan Perez de Baztan, commandant du château d’Amaiur, porte-étendard du roi de Navarre. En 1218, Urdazubi est abbaye.

 

Appuyés par la monarchie navarraise (c’est l’unique  abbaye  royale prémontrée du royaume) et par l’évêché de Bayonne (jusqu’en 1566 ce sera la seule grande abbaye du diocèse), l’archive atteste qu’ils vont nous évangéliser en développant une liturgie en langue basque.

 

Par chance, nos souverains anglais (depuis 1151, puis français à partir des années 1451) s’attacheront à détacher la bastide de leur possession, nous évitant ainsi de subir le féodalisme d’une seigneurie ecclésiastique.

 

L’église-château d’époque romane et ses reprises :à l’origine l’église fut un château inclus dans un réseau défensif (avec Mundarrain, Azkar, Amaiur …) sur le front anglo-navarrais. Surmontée par les terrasses du quartier Gaztelugain, son étage était en bois, comme dans les casa-torre. De cet édifice il subsiste la longue nef  (propre aux constructions des prémontrés) avec ses meurtrières, ainsi que d’importants vestiges de charpenterie typiquement médiévale, dans la toiture.

Autour de 1527 on supprima cet étage. Le chef-d’œuvre de cette campagne est le somptueux plafond à caissons, en pitchpin. Le cul de four qui le prolonge est en toile, décoré au chiffre de la Vierge (fleurs de lys), patronne de l’église qui, en 1511, s’appelait  Nostre Done d’Ainhoa. La sacristie semble être de cette époque.

 

M. de Zubieta, un maître navarro-labourdin : De 1611 à 1636 les prémontrés reconstruisaient leur abbaye ; le chantier était dirigé par Martin de Zubieta. Les prémontrés l’envoyèrent à  Ainhoa pour réaliser le portail d’entrée qu’il fit dans le style Herreriano, comme au monastère, ainsi que le grand clocher. De discrètes fleurs signent ses interventions. A ces époques, Axular, qui achevait d’agrandir l’église de Sare, l’appela également. Il y réalisera d’importants travaux.

Les prémontrés commandèrent également le magnifique retable (rappelons qu’il n’en existait pas à l’époque romane) et firent installer les galeries datées de 1649. De nos jours elles sont comme « rapiécées », la Révolution ayant dévasté le sanctuaire.

 

Les malheurs de la Révolution :la rafle du 3 mars 1794 vida le village, jetant sur les routes des centaines d’ainhoar. Tout fut pillé. Le nom du village fut rayé, il devint Mendiarte. L’église fut fermée, transformée en grange à foin. Le village vit passer Mgr Pavée de Villevielle. Notre évêque fuyait à Urdazubi puis au monastère de la Oliva (Navarre) où il est enterré. Tout le clergé fut décimé. Le vicaire du village, Gratian Jauretche fut pris sur dénonciation (dans une maison du bas-Cambo que l’on montre encore). Conduit au Tribunal criminel De Pau, il fut guillotiné le 12-11-1793. 

 

A notre époque :de mauvaises interventions abîment ce beau sanctuaire : ouvertures intempestives, suppression des escaliers extérieurs et intérieurs, mal remontés sous le porche. Le pavage de l’église refait qui supprima presque tous les anciens jarleku …

Suite aux réformes issues de Vatican II, les retables latéraux furent repris, on supprima la chaire ainsi que les deux rangées de table sainte en fer forgé, qui devaient être l’œuvre des (fameux) forgerons du village. Dans les années 1968, des bancs remplacèrent les chaises dans la nef, brisant définitivement le lien tombe-chaise. Autre changement notoire, il fut demandé aux hommes du deuil qui se tenaient à la première galerie de face, de descendre avec les femmes. Urdazubi suivit, contraint par son curé.

Soit ! Mais maintenant que nous avons « quitté » ces vieux repères anciens, que faire ? « Comme tout le monde », ou souhaitons-nous vivre en marquant notre temps ? En avons-nous envie ?

 

Dernières interventions :L’église fut remarquablement restaurée sous l’abbé R. Idiart et le mandat de Ph. Aspirot.Ce fut un modèle de restitution, discret, respectueux.

 

 

 

                                                  

par M.Duvert

Article paru in « Notre Eglise » n° 44 (janvier 2014)