Messe Chrismale 2018 : retour en audio, vidéo et photos

Messe Chrismale 2018 : retour en audio, vidéo et photos

La messe chrismale s'est déroulée cette année en la cathédrale sainte Marie de Bayonne le mardi saint 27 mars 2018.

Photos et vidéo en bas de page : merci à Nicole Boulet.

 

- Ecouter l'homélie de Mgr Marc Aillet :


- Ecouter la rénovation des promesses sacerdotales et la bénédiction des huiles :


- Ecouter l'annonce des ordinations en 2018 et la bénédiction finale :

 

 

 

HOMELIE DE LA MESSE CHRISMALE

MARDI 27 MARS 2018

 

Chers frères et sœurs,

Au début de la semaine sainte, nous voici rassemblés dans cette cathédrale Sainte-Marie de Bayonne pour la messe chrismale. Je remercie particulièrement les prêtres venus nombreux pour renouveler les promesses de leur ordination sacerdotale et manifester ainsi leur communion avec leur évêque et avec tous les prêtres de notre presbyterium. Je sais combien vous appréciez, chers frères et sœurs, l’expression liturgique de cette communion, signe de crédibilité et source de fécondité de notre ministère au service du Peuple de Dieu. Je rends grâce à Dieu pour la fraternité qui grandit au sein de notre presbyterium dans la diversité des générations et des provenances, culturelle, spirituelle ou pastorale, qui le caractérise désormais. Jésus n’a-t-il pas dit à ses apôtres, précisément au soir de la Cène, alors qu’il venait d’instituer l’Eucharistie et de les ordonner prêtres de la nouvelle alliance : « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35) ?

Parce que nous ne sommes pas prêtres pour nous-mêmes, mais pour vous, chers frères et sœurs, je vous remercie de votre présence nombreuse, dans la diversité de vos charismes et de vos états de vie, de consacrés et de fidèles du Christ laïcs, malades ou bien-portants, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, sans oublier nos catéchumènes qui recevront les trois sacrements de l’initiation chrétienne dans la prochaine Vigile pascale. Vous êtes le Peuple confié à notre enseignement, que nous sommes appelés à donner avec l’autorité du Christ, à notre charge de sanctification, que nous accomplissons in persona Christi, c’est-à-dire dans la personne même du Christ Tête et Pasteur de l’Eglise, à notre charité pastorale destinée à rendre présent le Christ, seul vrai et bon Pasteur de son troupeau. Ensemble, nous constituons l’Eglise du Seigneur, un Peuple de prophètes, de prêtres et de rois qui pouvons redire par le Christ, avec lui et en lui : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres … annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (Lc 4, 18-19). L’huile des malades et l’huile des catéchumènes que je bénirai dans quelques instants, le Saint-Chrême que je consacrerai dans le même temps, attestent de cette richesse multiforme de l’Eglise et nous voulons en rendre grâce à Dieu.

Je voudrais vous inviter aujourd’hui à prendre conscience toujours davantage que la foi chrétienne est la Religion du Corps : le Corps physique du Christ continué dans l’économie sacramentelle, et en particulier le Corps eucharistique de nos messes et de nos adorations, et le Corps Mystique du Christ qu’est l’Eglise. Pour nous rejoindre et s’adapter à la nature dont il nous a dotée, nous qui sommes « un de corps et d’âme », le Fils de Dieu s’est fait homme, le Verbe s’est fait chair. Pour nous réconcilier avec Dieu et entre nous qui sommes blessés et divisés par le péché, il a offert son Corps en sacrifice sanglant sur la Croix. L’auteur de l’épitre aux Hébreux fait même dire au Christ entrant dans le monde : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté » (He 10, 5-7).

La vie chrétienne ne peut pas se déployer en dehors du corps dont la raison et la foi nous apprennent à déchiffrer le langage spirituel, à savoir l’aptitude fondamentale de la personne à exister pour les autres : ni en dehors de notre corps physique qui est l’instrument de notre âme, ni en dehors du Corps eucharistique qui est le sommet et la source de notre vie et de notre mission appelées à se déployer dans la logique du don de soi, ni non plus en dehors du Corps de l’Eglise qui ne saurait se réduire au seul lien moral ou spirituel entre nous, au risque de n’être plus qu’un phantasme. C’est le grand réalisme de l’Incarnation : Jésus qui a fait passer sa grâce de guérison et de pardon, le plus souvent à travers le contact physique avec son humanité sainte, a voulu lier notre salut, jusqu’à la fin du monde, aux sacrements, c’est-à-dire aux signes sensibles qu’il a lui-même institués et qu’il a confiés à son Eglise qui est son Corps.

Pour nous prêtres, c’est d’autant plus significatif que notre corps, partie intégrante de notre personne, est devenu, par la grâce de l’ordination, l’instrument privilégié de notre ministère sacramentel et de notre service pastoral : par l’imposition des mains de l’évêque, par l’onction de nos mains avec le Saint-Chrême, nous avons reçu un pouvoir réel sur le Corps du Christ, nous avons été ordonnés à son Corps eucharistique et à son Corps Mystique. Nos mains ont reçu le pouvoir de bénir, de baptiser, de pardonner les péchés, de oindre les malades ; plus encore, nous prêtons notre corps, nos mains, nos lèvres au Christ Jésus pour célébrer l’Eucharistie en sa Personne et offrir le Sacrifice de son corps et de son sang, présence réelle de son Corps glorieux, par mode de substance, présence réelle de la Croix, par mode d’efficience.

Parce que nous touchons le Corps eucharistique du Christ, que nous offrons par nos mains et que nous prenons sur l’autel pour le distribuer aux fidèles, nous avons un pouvoir redoutable sur son Corps mystique qu’est l’Eglise : selon la belle expression du Pape François,  « nous touchons la chair du Christ », dans les enfants que nous faisons renaître par le baptême, dans les pauvres que nous secourons, dans les malades que nous consolons, dans les vieillards que nous accompagnons, dans les défunts que nous ensevelissons. Ce contact physique si nécessaire aux Salut des âmes devrait nous remplir d’une grande crainte comme Moïse devant le buisson ardent. Un respect sacré devrait s’emparer de nous, chaque fois que nous nous approchons de « la terre sainte » de nos frères, à commencer par les plus petits et les plus vulnérables, ceux que nous sommes appelés à protéger et à défendre de tous ceux qui tentent de les soumettre à leurs manipulations, leurs perversions, voire leur compassion fallacieuse et qui les plongent dans la mort physique, morale ou spirituelle. Les enfants à naître, en particulier ceux dont un handicap a été diagnostiqué, les enfants dans leur innocence, les personnes handicapées, les hommes et les femmes qui s’enfoncent dans des situations de précarité ou qui demandent juste réparation pour de graves injustices, les déplacés qui fuient la guerre, la persécution ou la famine, les personnes en fin de vie exposés à la « culture du déchet », sont l’objet constant de notre sollicitude pastorale, sans abuser jamais de notre autorité, dans le respect absolu de leur dignité d’hommes et de femmes créés à l’image de Dieu et rachetés par un amour infini de prédilection. 

Nous comprenons aussi pourquoi l’Eglise latine tient tant au Célibat des prêtres. C’est dans l’Eucharistie que nous en saisissons le mieux toute la pertinence et la profondeur. En prononçant les paroles sublimes de la Consécration de la Messe – « Ceci est mon corps livré pour vous ; Ceci est le calice de mon sang versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés » –, nous rejoignons mystérieusement par notre chasteté consacrée la chasteté parfaite du Christ qui s’est réservé tout entier pour cette unique oblation de son Corps sur la croix. Comment pourrions-nous être indemnes d’une telle intimité avec son Corps eucharistique, offert en sacrifice par nos mains,  qui nous appelle à devenir, plus que tout autre, une seule Victime d’amour avec lui, en expiation pour les péchés du monde entier ?

Sans doute les prêtres, a fortiori les futurs prêtres, doivent-ils acquérir une vraie maturité humaine et spirituelle pour aborder sereinement leur Célibat consacré et ne pas trahir leur engagement, malgré les tentations et les dysfonctionnements du monde dans lequel nous sommes appelés à exercer notre ministère pastoral. Nous savons bien que cela demeure pour nous l’objet d’une vigilance attentive : de même qu’on ne naît pas chaste, on ne devient et on ne demeure chaste qu’au prix d’une ascèse ou d’un combat qui est celui de l’acquisition et de la conservation de toute vertu. Et nous savons par expérience que l’exercice cohérent de notre pouvoir sur le Corps eucharistique du Christ et la fécondité spirituelle de notre ministère au service de son Corps mystique qu’est l’Eglise sont à ce prix. Il en va de notre intimité avec le Seigneur par la prière des heures, la rencontre priante avec la Parole, le dialogue sincère avec Lui dans la pratique de l’oraison quotidienne, la fréquentation régulière du sacrement de réconciliation.

Dans un monde où l’explosion du numérique jusqu’à l’addiction tend à dématérialiser les relations humaines,  où le corps et la sexualité ne sont plus l’expression vivante de la totalité de notre être, et où se déploient  tant de pathologies de la relation avec leur lot de déviances  et de violences, l’homme a plus que jamais besoin de guérison en retrouvant une juste relation à son corps et au corps de ses semblables. En assumant note corporéité, le Verbe incarné a rétabli l’harmonie de l’âme et du corps, profondément blessée par le péché. Par le sacrifice de la Croix, à travers son Corps livré et son sang versé, il a redonné au Corps ses lettres de noblesse, en faisant entrer la personne « corpore et anima unus – une de corps et d’âme » (GS n. 14), de manière décisive dans la logique du don de soi pour Dieu et pour les autres, la seule réponse qui satisfasse pleinement à la question du sens de l’existence humaine. Dans la communion au Corps eucharistique de Jésus qui fait l’Eglise, nous trouvons la guérison et nous sommes entraînés dans la dynamique de son offrande d’amour.

Nous avons tous été bouleversés par le geste héroïque du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, dans l’attentat meurtrier de Trèbes, vendredi dernier. Quelques heures après sa mort, la veille de l’entrée en Semaine sainte, on apprenait de sa femme et du prêtre avec lequel ils se préparaient au mariage, que cet officier supérieur était un catholique fervent et convaincu. Comment ne pas faire le lien entre le geste hors du commun de ce soldat aguerri et expérimenté et la foi profonde qui l’animait ? Pour arracher l’otage aux mains du terroriste islamiste, il s’est livré lui-même aux mains de son bourreau en victime de substitution. Parfaitement unifié en lui-même, il a sacrifié sa propre vie corporelle pour sauver la vie d’un innocent. Quelle belle illustration du commandement que Jésus nous a laissé, précisément dans le contexte eucharistique de la dernière Cène : « Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 12-13). Quel message lumineux adressé au monde, alors que les chrétiens s’apprêtent à célébrer le Mystère pascal de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Puisse son sacrifice être fécond et lui obtenir la vie éternelle.

Chers frères et sœurs, en ce 27 mars, où, en communion avec les Servantes de Marie, nous célébrons le 150ème anniversaire de la mort du bienheureux Louis-Edouard Cestac, prêtre de Bayonne, vicaire puis chanoine de notre cathédrale, nous voulons confier tous nos prêtres à son intercession et renouveler dans notre cœur notre consécration à Marie. Le jour de son ordination, précisément après l’onction des mains, il fit un pacte avec Marie que nous prêtres, nous voulons faire nôtre aujourd’hui : « Très sainte Vierge, je vous offre avec mes mains, mon cœur, toute ma personne ». Amen

+ Marc Aillet, Evêque de Bayonne, Lescar et Oloron.