Arnaud Beltrame : un disciple de Jésus-Christ

Arnaud Beltrame : un disciple de Jésus-Christ

"Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis"...

L’enseignement de Jésus sur l’amour véritable est clair et fort : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 12-13). Lui-même a donné l’exemple du don de sa vie pour le salut de tous les hommes. Il avait affirmé : « Je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10, 15) ; « Personne n’a pu m’enlever ma vie, je la donne de moi-même » (Jn 10, 17-18) ; « Ceci est mon corps, donné pour vous » (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24) ; « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés » (Mt, 26, 28 ; cf. Lc 22, 20). La religion chrétienne est la religion du service et du don de soi.

À la suite de Jésus, et pour suivre son enseignement, des Chrétiens se sont livrés gratuitement comme otages pour libérer des prisonniers. Citons parmi eux, les religieux de l’Ordre des Mercédaires, encore appelé Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci, fondé en 1218 à Barcelone par saint Pierre Nolasque pour racheter les chrétiens captifs des pirates maures et réduits en esclavage. Les mercédaires prononçaient les trois vœux traditionnels de pauvreté, chasteté et obéissance. Ils y ajoutaient un quatrième vœu, qui manifeste leur mission particulière : être prêts à se livrer en otage si c’était le seul moyen de libérer les captifs. Ils se livrèrent à ce « marché » – c’est le sens du latin « mercedem » – jusqu’à ce que disparaisse la piraterie. Au cours de ce « rachat » stricto sensu, certains religieux furent torturés, parfois tués. Parmi les plus connus figurent saint Sérapion d’Alger, saint Pierre Armengol et saint Raymond Nonnat. Plus proche de nous, un autre exemple de cet amour enseigné par le Christ se trouve en saint Maximilien Kolbe qui s’est livré pour sauver d’une mort cruelle un polonais prisonnier avec lui en camp de concentration nazi.

L’acte d’Arnaud Beltrame s’inscrit dans cette dynamique chrétienne. Le Père Jean-Baptiste, qui a préparé Arnaud à son mariage religieux, a affirmé qu’il avait suivi une formation chrétienne sérieuse, et qu’il adhérait à toute la doctrine catholique. Il était donc devenu un disciple du Christ, même si certains des ses choix n’avaient peut-être pas encore été mis en totale cohérence avec sa foi. Mais comment est-il concrètement possible de faire le choix qu’il a fait dans les circonstances où il s’est trouvé ? Arnaud savait certainement, en effet, que les officiers supérieurs ne doivent pas exposer leur vie. D’autre part, au témoignage de sa mère, il avait l’ambition de devenir général ; de plus, il était sur le point de se marier religieusement. Toutes ces considérations devaient le porter à préserver sa vie. Mais, en cohérence avec la foi chrétienne et à sa lumière, on peut penser que l’initiative de son acte, comme de celui de saint Maximilien Kolbe, des Mercédaires ou d’autres, vient de l’Esprit de Jésus-Christ, le Saint-Esprit, probablement à travers les dons de conseil et de force. Arnaud avait reçu le sacrement de Confirmation qui rend adulte dans la foi et capable d’actes héroïques. Pour saisir cette réalité, il faut avoir la foi, c’est pourquoi beaucoup, tout en admirant l’acte d’Arnaud, ne comprennent pas vraiment et ne peuvent comprendre sa décision. L’Esprit-Saint, tout en respectant la liberté d’Arnaud, lui a inspiré, au moment voulu, probablement sans qu’il y ait eu de préméditation, cet acte d’amour fou de remplacer l’otage. Arnaud a répondu avec docilité, et aussi grâce à ses qualités humaines qui le prédisposaient à ce don. Dans la Lettre aux Romains, saint Paul écrit : « Tous ceux qui se laissent conduire (en latin : « qui sont agis par ») par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 14). Voilà le plus profond du secret d’Arnaud Beltrame.

 

                                                                                                                                                                                                                                    Un moine, le 12 avril 2018