La Sainteté au service du Bien commun

La Sainteté au service du Bien commun

Editorial de Mgr Marc Aillet paru dans la revue diocésaine "Notre Eglise" de mai 2018

« Gaudete et Exsultate – Soyez dans la joie et l’allégresse », c’est le titre de l’exhortation apostolique que le Pape François vient d’offrir à l’Eglise « Sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel ». Ce texte arrive comme une surprise que nous accueillons comme une inspiration providentielle de l’Esprit Saint. En tirant le titre de cette exhortation de la béatitude des persécutés pour la justice, il montre d’emblée à quel niveau se situe la sainteté à laquelle nous sommes appelés, spécialement aujourd’hui ; et en même temps tout son propos est de montrer que la sainteté n’est pas réservée à une élite de héros mais qu’elle nous concerne tous, fustigeant au passage, comme un ennemi subtil de la sainteté, le pélagianisme ambiant. C’est que « le ressort de la perfection n’est pas notre capacité à l’héroïsme, à la portée du petit nombre, mais la grâce que Dieu nous communique. Si cette perfection peut être commandée à tous, c’est précisément parce qu’elle leur est offerte comme un don » (Ma lettre pastorale sur le Père Cestac), et à chacun selon son appel, en particulier ceux que le Pape François appelle « la classe moyenne de la sainteté ». Après avoir mis l’accent sur l’urgence de former des disciples-missionnaires (Evangelii Gaudium), puis sur le mariage et la famille (Amoris Laetitia), il nous rappelle que la vocation à la sainteté est le fondement de la vie chrétienne ; c’est même le ressort le plus caractéristique de la réforme préconisée par le Concile Vatican II : seuls les saints sont les authentiques réformateurs de l’Eglise, comme ils sont la lumière du monde et le sel de la terre, sans lesquels l’humanité ne saurait faire de vrais progrès.

Le Pape François nous rappelle que si la sainteté puise sa source dans l’intimité avec le Seigneur, le grand critère sur lequel nous serons jugés nous est donné par Jésus dans l’Evangile du Jugement dernier (cf. Mt 25) : ce sont les œuvres concrètes de miséricorde envers nos frères les plus fragiles et vulnérables qui manifestent la vérité de notre amour de Dieu et révèlent notre sainteté. Dans le service des frères, nous devons encore nous garder des idéologies qui mutilent le cœur de l’Evangile : « La défense de l’innocent qui n’est pas encore né doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine […] Mais est également sacrée la vie des pauvres déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris… » (n. 101). C’est ainsi que nous ne pouvons pas séparer les questions de bioéthique de la situation les migrants qui fuient la guerre, la persécution, la famine.

Par ailleurs, le nombre important de questions mises à l’ordre du jour de la prochaine révision des lois de bioéthique ne doit pas occulter les plus cruciales : le statut de l’embryon, la PMA pour toutes et l’euthanasie qui revient sur le devant de la scène avec l’affaire Vincent Lambert. Sans doute, il est regrettable de voir une famille se déchirer en public, et nous n’avons pas à prendre parti dans ce conflit ni porter aucun jugement sur quiconque. Mais ce qui est en jeu, c’est la décision qui pourrait être prise d’arrêter des soins (alimentation et hydratation) et non des traitements disproportionnés, pour une personne lourdement handicapée, en état non pas végétatif mais pauci-relationnel, qui n’est ni malade, ni en fin de vie ! On comprend pourquoi le Pape François lui-même, à deux reprises, a pris publiquement la défense de Vincent Lambert : « A nouveau, j’attire l’attention sur Vincent Lambert et Alfie Evans, et je voudrai rappeler et confirmer fermement que l’unique Maître de la Vie, du commencement jusqu’à la fin naturelle, c’est Dieu ! C’est notre devoir de tout faire pour conserver la vie. Pensons en silence et prions pour que la vie de toutes les personnes soit protégée et spécialement de ces deux frères » (audience du 18 avril 2018). Même si le Président Macron, dans un discours habile et flatteur pour les catholiques, demande à l’Eglise de ne pas être « injonctive » mais « questionnante », et appelle tous les citoyens à « respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République », l’Eglise n’en a pas moins le devoir impérieux de rappeler à temps et à contre temps les « injonctions » de la conscience droite, de s’opposer aux lois de la République lorsqu’elles sont contraires à la raison et de mettre sa sagesse au service de l’interpellation prophétique des responsables de la société et de la formation des consciences.