«Les racines chrétiennes du Pays-Basque»

«Les racines chrétiennes du Pays-Basque»

Retour sur la conférence-débat organisée le dimanche 12 août 2018 à Anglet.

Au cœur de la majestueuse église sainte Eugénie de Biarritz qui surplombe l’océan, trois intervenants se sont donnés rendez-vous dimanche 12 août : Alexandre de La Cerda, historien et écrivain, Mikel Erramouspé, Président de l’Institut Culturel Basque, et Iban Erguy séminariste, afin de faire découvrir aux badauds, irréductibles, curieux, communautés religieuses et laïcs,  ce que sont le tempérament, les convictions et l’histoire de résistance de l’âme basque,l’Euskualdun Arima.

Pour animer le débat, Samuel Pruvot, rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Famille chrétienne », présent à Biarritz avec la communauté d’évangélisation « Aïn Karem », est devenu, le temps de cette conférence, l’homme-orchestre afin de solliciter tour à tour les uns et les autres sur leurs attaches personnelles et leurs connaissances de l’histoire basque.  Alexandre de La Cerda, éminent historien local, journaliste et écrivain, a commencé par évoquer les grands mouvements qui sont aux fondements de l’âme basque.  D’abord, une population qui a su au fil des âges assimiler, absorber les différentes cultures qui ont traversé son paysage, des Romains aux Maures, tout en gardant son identité.  Alexandre de la Cerda en limier insatiable rappelle que les Basques étaient déjà présents sur leurs terres au paléolithique ; dès lors, une certaine spiritualité était présente ; croyance naturaliste proche des éléments naturels qui devint par suite logique le christianisme, fort de son attache à la munificence du créateur.  Tour à tour l’historien dressa le portrait de ces irréductibles prêtres et laïcs catholiques qui, au cœur de la Terreur, ne sombrèrent nullement dans l’apostasie, résolus à sauvegarder leur foi, se cachant dans les montagnes de Navarre, de Biscaye ou du Labourd, exerçant leur ministère clandestinement avec l’ardeur des résistants, quand d’autres artisans, paysans, marchands, et grabataires, vinrent constituer les rangs de la grande déportation de 1894. Mais ce fut aussi l’occasion de rappeler celui qui mit par écrit au XVe siècle pour la première fois le basque issu de la langue vernaculaire, le Curé d’Etchepare, originaire du village de Bussunaritz-Sarasquette en Basse Navarre dans le pays de Cize, ou encore ceux contemporains de notre époque, qui résistèrent vaillamment aux inventaires de 1906 faisant suite à la loi de séparation de l’Église et de l’État, comme le Marquis d’Arcangues ou encore le père Gaston Larre.

 Ce fut au tour de Mikel Erramouspé de deviser sur l’âme basque et son authenticité, nous encourageant à saisir l’importance de l’âme comme essence même de nos vies, qui plus est quand cette âme qui est la sienne revêt un caractère particulier : « La langue est le cœur même de notre culture, parler basque c’est être basque », explicitant ardemment la vocation à l’universalité de son idiome qui n’est pas réservé aux habitants du seul Pays basque, mais à tout un chacun, afin qu’elle puisse rayonner de par le monde, n’hésitant pas à se référer aux pères tutélaires de la Mission que sont Saint Ignace de Loyola et Saint François-Xavier, tous deux fervents acteurs des Missions évangéliques initiées par Le Pape Sixt Quint. Une mention toute particulière aussi afin de rendre hommage aux prêtres basques qui furent les premiers à remettre en état le séminaire d’Abu-Gosh de Jérusalem, proche du Mont des Oliviers : un moine bénédictin de la maison Xiloinea aux Aldudes, suivi de ses compatriotes, le père Théophane Ardans de la maison Menta aux Aldudes et le père Lertxundi de Ciboure, linguiste basque, construisirent un séminaire au Levant afin de prodiguer pour les futurs séminaristes, études, prières et travail.  Mikel Erramouspé a également souligné un aspect important de l’histoire contemporaine du Pays basque, avec en référence le témoignage d’un ancien membre fondateur de l’ETA, qui, catholique pratiquant, dut renoncer à sa foi parce qui s’avérait incompatible avec la lutte armée, ce qui les conduisit à exclure toute référence et tout lien avec le christianisme…

Enfin le séminariste Iban Erguy a justement explicité la langue basque comme une langue que l’on adresse « à ceux que l’on aime, à nos grands-parents, à nos parents, à nos amis et aussi à Dieu », soulignant la dimension sacrée et intime que confère l’usage de la langue qui permet de « retrouver à travers la Liturgie chrétienne, l’âme basque ». Il a ensuite exprimé les bonnes nouvelles de notre temps, le nombre de locuteurs qui ne décline plus et un dynamisme chez la jeune génération qui retourne aux racines des chants, de la danse et des bertsolari[1] . Faisant écho au Pape François lors de son homélie durant la messe de la journée des confraternités et de la piété populaire, Iban Erguy de rappeler que « la piété populaire est un lieu d’évangélisation ».

Même si pour Iban Erguy, le basque se définit également par sa langue, l’héritage de la maison, enracinée sur sa terre, est plus important que le nom d’état civil, au Pays basque, il n’est pas rare de s’appeler par le nom de sa maison, pour faire référence au patrimoine et à son caractère atavique. 

 

                                                                                             Louis-Jean Nicolazo de Barmon

 

 

[1] Chanteur et versificateur en langue basque, de vers rimés et improvisés