Oscar Romero à l’épreuve du feu qui l’a fait saint

Oscar Romero à l’épreuve du feu qui l’a fait saint

Canonisation de Monseigneur Oscar Roméro dimanche 14 octobre 2018

La Géographie nous fait parfois défaut, dès lors nous recourrons à une mappemonde à une carte ou un GPS, mais dans le cas suivant, la géographie du cœur guidera nos pensées vers celui qui fut l’intime du Christ au plus fort moment de son holocauste, servant d’exemple pour ne pas que se tiédisse ou s’affadisse notre foi catholique, mais pour toujours être avec le Christ afin de vivre saint.

Le Salvador est le plus petit pays d’Amérique latine, enclavé par les frontières du Guatemala, du Honduras et au sud par celles du Nicaragua. Un pays où la corruption des élites perdure et où les gangs prolifèrent à une vitesse pandémique, cause d’une trop grande injustice sociale et d’une armée tyrannique ; le nom de Maras vous rappellera quelque chose, ces hommes tatoués de la tête aux pieds, tuant sans scrupules et organisant le trafic de drogues jusqu’aux confins des États-Unis d’Amérique. Le pays, souvent à feu et à sang dans certains de ses quartiers pour cause de vendetta, a été le théâtre de prédication de Monseigneur Roméro, qui sera prochainement canonisé aux côtés du Pape Paul VI.

 Né le 15 août 1917 dans le village de Ciudad Barrios, au nord-est du pays, au sein d’une famille catholique, deuxième d’une fratrie de onze enfants, le jeune Oscar apprend très vite le travail manuel afin d’aider financièrement sa famille et devient apprenti menuisier à l’âge de 12 ans, avant de rejoindre les jésuites ou il brille par son assiduité, puis poursuit à l’Université Grégorienne de Rome des études de théologie. Il sera ordonné prêtre le 4 avril 1942, un dimanche de Rameaux.

Il sera tour à tour curé de la paroisse d’Anamoros et secrétaire du diocèse de San Miguel. Yves Carrier [1] dira à son sujet : «  il émerge déjà comme la conscience de l’institution. Fidèle à son esprit de détachement, il ne recherche pas son propre bien, mais celui de l’Église et du peuple des croyants ».  Les responsabilités vont grandissantes pour cet homme de Dieu ; secrétaire général de la Conférence des évêques salvadoriens, puis évêque auxiliaire de la capitale. Prêtre investi d’une foi traditionnelle, il voit à cette époque d’un mauvais œil les bouleversements ecclésiaux du concile Vatican II et les augures de la conférence de Medellín, préférant selon ses dires « la sécurité de la tradition aux acrobaties de certains penseurs et théologiens davantage inspirés par la chose sociale que par l’orthodoxie et l’obéissance aux dogmes millénaires de l’Église ». Il se verra bientôt nommé évêque de Santiago de Maria de 1974 à 1977. Celui qui avait jusqu’ici vécu dans un certain confort matériel, va très vite être confronté à la misère des cueilleurs de café, cette population qui a soif de l’Évangile, mais le gouvernement a bien l’intention de faire taire certains pasteurs et n’hésite pas à assassiner ceux qui dérangent sous couvert « des escadrons de la mort ». Le doute va alors s’installer chez Oscar Romero comme nous le dit Chantal Joly dans son livre « Oscar Romero Martyr de la cause des pauvres » « Le doute commence à s’installer dans sa conscience. Doute sur la réelle bonne foi des autorités civiles et militaires, doute sur le statu quo social de son pays, doute peut-être encore plus taraudant sur son appréciation jusque-là très critique des orientations de Medellín ». Plus tard Oscar Romero va s’atteler à élaborer un programme de réforme agraire qui rencontrera l’animosité de ses détracteurs que sont les grands propriétaires terriens : « cet échec de la répression des forces de l’ordre, mais surtout les échanges avec les paysans pauvres qu’il héberge pendant la période de récolte de café, finissent par saper les fondements de sa conception du monde et de l’Église. Il racontera plus tard : je suis né dans une famille très pauvre. J’ai souffert de la faim, j’ai connu ce qu’est le travail dès l’enfance. Quand je suis allé au séminaire et par la suite, lorsque je suis venu à Rome terminer mes études, j’ai passé plusieurs années dans les livres et j’ai oublié mes origines. On m’a envoyé comme évêque à Santiago de Maria et là, j’ai repris contact avec la misère. Avec ces enfants qui mourraient seulement à cause de l’eau qu’ils avaient bue, avec ces paysans maltraités lors des récoltes. Oui j’ai changé, mais je suis également de retour à mes origines ».  Lopez Vigil Pieza,« Para un retrato », p 148-149.

En 1977 Oscar Romero devient archevêque de San Salvador au cœur de la tourmente alors que l’Amérique latine, paysanne, syndicale et prolétaire s’insurge face aux montées grandissantes de régimes dictatoriaux. Le pays va alors sombrer dans une coercition des plus intransigeante envers l’Eglise, qui sans prendre toujours partit des idéologies politiques, se met sans cesse du côté des plus faible ; à cette époque la répression des forces de l’ordre est omniprésente et le fait de porter une bible devient un alibi aux crimes et exécutions sommaires. Beaucoup de héros chrétiens goûteront au martyre ; comme le disait Georges Bernanos, « l’heure des saints vient toujours ».  Oscar Romero sera alors cette figure de proue du sacrifice et devient selon Charles Antoine [1], « la plus haute figure épiscopale du témoignage chrétien en Amérique latine ». Il ne cessera de dénoncer les abus du pouvoir et les persécutions de la junte militaire.

 Le 24 mars 1980, il est abattu d’une balle en plein cœur alors qu’il célébrait la messe à la chapelle de la Divine Providence de San Salvador.

Le 14 octobre 2018, le Pape François canonisera Oscar Romero à San Salvador, un nouveau Saint pour le XXIe siècle, un retentissement à ce qu’il exprimait : « Poursuivez la construction du Royaume de Dieu et rappelez-vous que pour qu’une société nouvelle puisse exister, vous devez être des hommes nouveaux ».

 

Louis-Jean de Barmon

 

[1] Yves Carrier est docteur en théologie de l’Université Laval (Québec). Il se consacre à l’étude de la Théologie de la Libération, aux communautés ecclésiales de base, à la mémoire missionnaire et à l’histoire de l’Église latino-américaine.

[2] journal d’Oscar Romero préf. de Charles Antoine/Paris : Karthala, 1992