Omerta sur la pédophilie

Omerta sur la pédophilie

On parle beaucoup du scandale de la pédophilie depuis un certain temps...

Jusqu’à l’affaire Dutroux jugée en 2009, la société n’avait pas conscience de la gravité du mal et je ne suis pas du tout sûr que la situation ait fondamentalement changé depuis. Le fait que des prêtres soient parmi les coupables a certainement contribué à la prise de conscience et il est indéniable que la faute est plus grave quand le coupable est prêtre. D’où le scandale qui frappe l’Église.

Des scandales, l’Église en a connus beaucoup depuis sa naissance. Le premier pape, St Pierre avait renié Jésus devant une fillette. Imaginez le scandale si le pape François faisait la même chose ! L’info ferait la une de toutes les radios, télés et quotidiens du lendemain.

Non content de sa première faute, Pierre récidive quelques années après, désobéissant aux décisions du Concile de Jérusalem. St Paul, rouge de colère, l’engueule devant tout le monde. Voyez-vous un cardinal faire cela avec le pape actuel ? En public ?

Par la suite, l’histoire de l’Église est parsemée de scandales. Je me rappelle cette gravure de mon enfance représentant le pape Jules II à cheval avec casque et armure, brandissant son épée à la tête de ses troupes. « Bienheureux les pacifiques » est-il écrit quelque part. Alexandre VI était entouré d’une flopée de bâtards et n’hésitait pas à faire assassiner ceux qui manifestaient un peu trop leur désaccord. Plus près de nous, Mgr Olce, le dernier évêque basque de Bayonne réunit un synode. Une de ses décisions : interdire aux prêtres de prendre pour enfant de choeur un de leurs fils ; ce n’était pas des cas rares. Mais par-dessus tous les scandales, l’Eglise est toujours là, plus vivante que jamais… hors Occident.

Et voici ce nouveau scandale que nous sentons plus grave que les précédents, peut-être parce qu’il nous touche de très près, mais Il est surtout grave parce qu’il frappe les enfants.

Je ne sais depuis quand l’Église a pris l’habitude de cacher ses fautes pour donner l’illusion d’une Eglise Sainte. Nous chantons dans le Credo : « Eglise Sainte ».  « Eglise Sainte » ne veut pas dire que tout le monde est saint du haut jusqu’au bas de l’échelle. Cela veut dire que l’Eglise montre le chemin de la sainteté. On le prend ou on ne le prend pas.

Le scandale n’est pas qu’un mal soit connu. C’est ce mal qui est scandaleux en lui-même. Mais à côté du culte du Saint Sacrement et de la Vierge, le culte du secret s’est donc installé chez nous. En cachant les zones d’ombre, on se faisait illusion. 

Saint Paul n’a pas réglé ses comptes en secret avec Pierre, mais en public. Vous connaissez la tapette de la cocotte-minute. Elle se met à siffler lorsque la pression est trop forte. L’Église a bloqué sa tapette et les sifflets ne l’ont pas gênée. Ce qui devait arriver arriva : c’est la cocotte qui a pété, envoyant de tous côtés, vapeur et morceaux de ferraille. Et voilà le scandale avec une force inconnue jusqu’ici. On ne peut comprimer l’eau. La vérité non plus, un jour elle éclate au grand jour.

La pédophilie ne date pas d’aujourd’hui et c’est un mal beaucoup plus grave que d’autres car elle frappe les enfants. Pourquoi le scandale n’a-t-il pas éclaté avant ? Les scandales de Pensylvanie, du Chili ou d’Allemagne datent d’il y a 70 ans et c’est aujourd’hui que ça a éclaté de tous les côtés. Ces dernières années, Pape et évêques ont dit leur opposition à l’avortement, au mariage homo, à la GPA, à la MPA. Ce n’a pas été du tout du goût de ceux qui ne pensent pas ainsi. Ils ont un lobby, puissant dans les médias. Il a trouvé là le point faible pour décrédibiliser l’Eglise. Et nous avons la monnaie de la pièce. Il serait bien difficile de les démentir. Ils sont dans le vrai et la faute est ressentie à juste titre comme bien plus grave de la part de prêtres. On ne peut leur reprocher d‘avoir vu la faille et de l’avoir exploitée. C’est de bonne guerre de leur part.

 

Affaire Dutroux

D’où vient la prise de conscience actuelle de la gravité de la pédophilie ? De l’affaire Dutroux il y a une douzaine d’année : pédophilie et crimes y étaient liés. Jusque là, le silence était partout habituel. Je cite Georges Bernède, alors directeur adjoint des lycées et collèges, qui confiait à L'Express:  «Lorsqu'un enseignant est soupçonné d'être à risque, la meilleure solution consiste, sans doute, à lui donner un travail administratif… Dans toutes les institutions, on répugne à ne pas régler ces problèmes en interne.» ( Karen Saranga, Enseignants pédophiles, la fin d'un tabou. L'Express 26.02.1998). Ceci ne justifie nullement les fautes des prêtres, tenus comme tous par le 6° commandement de Dieu et en plus par notre engagement dans la chasteté.

Même aujourd’hui je suis persuadé que la société n’a pas conscience de la gravité de la pédophilie, bien que nous connaissions les séquelles dont souffrent les enfants. Après la démission de Nicolas Hulot, de qui la presse a-t-elle parlé le plus, chaque jour, comme candidat à la succession ? Ne serait-ce pas de cet homme politique célèbre depuis mai 68 et qui a écrit : « Il m'était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : ‘Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi vous m’avez choisi, moi, et pas les autres gosses ?’ Mais, s’ils insistaient, je les caressais quand même. » Au cours de ces jours-là, je n’ai entendu aucune allusion, je dis bien aucune, à la pédophilie de ce monsieur et pas le moindre doute sur son aptitude au poste de ministre. En aurait-il été de même si l’auteur de ces lignes avait été un prêtre pressenti pour quelque poste épiscopal ?

Il y a quelques semaines, Polanski était pressenti comme président du jury des Oscars. Polanski condamné aux USA pour le viol d’une fillette de 13 ans, vit en toute tranquillité en France. Lorsque la police Suisse a osé l’arrêter, c’est une brochette de signatures célèbres qui demandait sa libération : Bernard Henry-Levy, Isabelle Adjani, Bertrand Tavernier et autres. Pensez-vous que ces deux cas auraient été traités de la sorte si tout ce monde avait conscience de la gravité de la pédophilie ?

Dernièrement Témoignage Chrétien a proposé qu’une commission parlementaire enquête sur la pédophilie dans l’Église. Pourquoi pas tout le reste, qui fait la grande masse ? En 2011, Corine Bouchoux, sénatrice verte, avait proposé une enquête parlementaire sur la question dans TOUTES les Institutions (Eglise et autres donc). Elle n’a intéressé personne. Elle est revenue à la charge il y a deux ans. Pas plus de succès. Alors qu’en une année on compte 382 condamnations pour viols de mineurs et 2.856 pour atteinte sexuelle sur mineurs.  Pas en Australie ou au Chili, mais en France. Pas sur 70 ans mais en une seule année. Et personne n’en parle ! C’est une vraie omerta. Si l’on est sérieux, on ne peut sérieusement se limiter à quelques cas de prêtres qui sont, je le répète, bien plus graves que les autres.

Pour l’Espagne, dans son numéro d’août 1917, la revue des jésuites « Sal Terrae » donne les chiffres suivants : 899 pédophiles sur mille sont des hommes, 700 sont de la famille et un seul écclésiastique. Et on occulte les 999/1000 !!!

 

Etendue du mal

Oui, il y a un problème grave de pédophilie: en France, près de 10 condamnations par jour ! Je dis bien par jour ! Le mal est beaucoup plus profond, beaucoup plus grave qu’on ne le dit et on peut sérieusement se poser des questions sur ceux qui délibérément ferment les yeux.  Oui, malheureusement des prêtres y sont mêlés. Ils sont plus coupables que les autres, avec les évêques qui les ont couverts. Mais les autres ne font pas moins de mal.

Il est temps que l’on prenne le problème à bras le corps dans son ensemble, indépendamment des anticléricaux style 1905 qui n’acceptent pas que l’Église ait, démocratiquement, une façon de voir autre que la leur sur le mariage, l’avortement, la GPA ou la PMA. La pédophilie se réduit pour eux à un prétexte pour régler leurs comptes avec les évêques. Nulle part on ne parle des milliers de cas de pédophilie condamnés par les tribunaux en Irlande, en Pensylvanie, au Chili, en Allemagne, en Australie ou ailleurs. Non sur 70 ans, mais chaque année. Nulle part je n‘ai vu faire les comptes de la pédophilie dans le monde du sport, de l’éducation, du show bizz, du journalisme, des loisirs ou de toute autre branche de la société. Le fait que cela ne soit fait que pour l’Église prouve que ce qui est en ligne de mire ce n’est pas la pédophilie et ses méfaits sur les enfants, mais l’Eglise. La pédophilie en elle-même et les gosses qui en sont victimes, on s’en fout. Rappelez-vous la levée de boucliers contre les journalistes auteurs de l’émission Les Inflitrés, « coupables » d’avoir donné les noms de 22 pédophiles à la police en avril 2010.

Et comment ne pas rappeler qu’il y a eu tout un mouvement pro-pédophilie dans une certaine gauche française à laquelle Libération ouvrait ses tribunes libres. Témoin celle de Jacques Dugué les 21 et 22/1/1979 où il écrivait : « C'est un acte d'amour. Ce fut le comportement avec moi des quelques garçons que j'ai sodomisés. Il aime ressentir dans son corps le membre viril de celui qu'il aime. »                         

En 2009, l’ONU estimait que 750.000 pédophiles pouvaient surfer sur les sites pédopornographiques au même moment dans le monde entier. Quels sont les politiques ou journalistes qui s’émeuvent des enfants sexuellement exploités pour alimenter tous les sites ?

                                               

                                              Xipri Arbelbide (Radio Lapurdi Irratia, octobre 2018)