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Au revoir Justin...

Au revoir Justin...

Retour sur la vie et les engagements de M. l'abbé Justin Laban, décédé le 9 octobre dernier

Justin Laban est né en 1924 à Sedzère, était fils de paysan et il arriva à St Jo à 13 ans, en 1937, en classe de 6°. Il y avait alors 18 prêtres, pas de professeur laïque et le Collège Saint Joseph Nay recevait depuis 1907 les élèves du Séminaire de Bayonne afin de se préparer à aller au grand séminaire, ce qui fut son cas.

Puis la guerre a éclaté et Saint Joseph fut occupé par les allemands. Certains professeurs furent mobilisés, faits prisonniers et sont revenus en 1942. Le collège a continué malgré les drapeaux allemands qui flottaient au sommet de la tour. Plusieurs élèves quittaient l’établissement, mais ceux qui étaient destinés à devenir prêtres ont continué les cours dans un espace réduit, ce qui les obligeaient à demander l’hospitalité dans les fermes alentours pour y passer la nuit. Ils avaient malgré cela passé leur bac qui, à cette époque comprenait le français bien sûr, le latin, le grec et une langue étrangère. Justin avait choisi l’option Espagnol.

Ensuite, afin de devenir prêtre, il est parti au grand Séminaire de Bayonne. En 1946-47 sa classe n’a pas été appelée pour le service militaire ce qui lui a permis d’effectuer un stage à St Jo en tant que professeur (pour un CDD d’un an qui allait devenir un CDI). Au bout d’une année le supérieur le convoqua pour lui signifier qu’il souhaitait qu’il se spécialise dans l’enseignement de l’agriculture. Ordonné prêtre en 1950, il prit la direction de Toulouse et intégrait l’école supérieure d’agriculture de Purpan. Comme il était bachelier, il n’y restait que deux ans pour se présenter à l’examen final.  Pour sa thèse il avait choisi l’évolution de deux vallées, celle de l’Ousse et du Gave de Pau.

C’est en 1954 qu’il a vraiment commencé les cours spéciaux d’agriculture à St Jo. Cours théoriques et cours pratiques chez les agriculteurs avec création d’une ferme pilote attenante gérée par la famille Bonnassiolle. Un établissement agricole est né, nommé les Mouliérats, le collège des apprentis paysans dont il est devenu le Directeur en 1960. Il y a aussi enseigné l’horticulture et cent quatre-vingt élèves y participaient.  

En 1972 avec ses confrères religieux, sans aucune autorisation, ils lancèrent la construction du bâtiment qui abrite aujourd’hui les classes collège, le fameux bâtiment « Gabizos ».

En 1970 la mixité du collège s’est faite progressivement avec des jeunes filles qui venaient surtout pour apprendre l’horticulture. En tant que diplômé, il était le seul formateur et responsable de tous les établissements d’Aquitaine et de Poitou Charentes. Il a beaucoup appris à de nombreuses générations,  pas seulement à être agriculteur mais aussi à être titulaire du BSP, le Bon Sens Paysan, diplôme imaginaire mais tellement efficace illustrant parfaitement ce que tous ont retenu de lui.

Un lycée voisin à Baudreix, tenu par les servantes de Marie connait des difficultés. Pourquoi pas une association ? Accompagné par les deux présidents de l’époque, P.Laghilhon et J.Laplace, décision est prise, et c’est ainsi que nait le Lycée technologique professionnel de Nay-Baudreix, toujours partenaire du Collège Lycée de  St Jo à l’heure actuelle. L’essor actuel et l’entente de ces deux structures témoignent de la réussite de cette initiative.

Ce fut ainsi jusqu’à l’âge de 60 ans, sa retraite « officielle » de son métier de Directeur/enseignant mais sa vie active allait se poursuivre. Monseigneur l’évêque lui confia alors la charge pastorale de plusieurs petites communes, jusqu’au moment fatidique de ses 75 ans.

Il ne voulait pas rester inactif dans sa vie « civile » Dans les années 60, du côté de Pont de Camps, ils avaient eu, avec l’Abbé Vince, la chance d’acquérir pour une somme modique des cabanons ayant servi à loger des ouvriers lors de la construction du barrage d’Artouste en plein cœur de sa belle vallée d’Ossau qui lui était si chère. De ce site, ils allaient en faire un lieu de prières et de réflexions pour les jeunes, ainsi que de découverte de la nature. Et il ne cessait de voguer entre escalades (et même messe) au sommet de l’Ossau et virées côté espagnol avec ses amis de Sallent…..

Lorsqu’il n’a plus été autorisé à exercer des responsabilités paroissiales, le Directeur du Collège Lycée d’aujourd’hui, M. Yves Ginesta, lui a proposé de  poursuivre sa vie à « St Jo » dans ce lieu où il avait déjà vécu une grande partie de son existence. Un appartement lui fût ainsi aménagé, joli clin d’oeil de l’histoire, au 1er étage du bâtiment Gabizos. Il continuait ainsi à s’occuper de l’environnement, notamment du cloître, des fleurs, d’y célébrer la messe, de participer à toutes les réunions, pédagogiques ou d’aumônerie, tout en siégeant aux Conseils d’Administration du Collège Lycée et du Lycée Agricole mais aussi par une présence attentive et rassurante au quotidien, toujours en quête de temps de rencontre avec jeunes et adultes.

Il ressentit aussi alors le besoin de se replonger dans ses racines de petit paysan béarnais.  Sa langue maternelle « sa langue mayrane » était le béarnais et, enfant, il ne savait s’exprimer qu’ainsi. C’est ensuite qu’il apprit le Français.  L’idée lui vint de partager ses connaissances en créant « l’Institut Béarnais Gascon » et de ce fait de fréquenter beaucoup d’universitaires car nombreux sont ceux qui se passionnent pour la langue gasconne : les linguistes, des professeurs à la Sorbonne, et bien d’autres. Et le revoilà à enseigner le béarnais mais aussi à animer des émissions de radio sur ce thème avec ses amies de la Voix du Béarn, célébrer des messes en béarnais……...

Le Félibrige lui accorda « la Cigale d’Argent » qui récompense les maîtres en …, mais ce qu’il trouvait encore plus beau, c’était le quotidien à St Jo, quand il voyait par exemple les élèves dessiner une affiche pour « le p’tit dej en carême », pour inviter tous ceux qui le peuvent à faire un geste pour ceux qui en ont moins.

Ces dernières années, vécues à St Jo sans fonction officielle, seront vécues par lui comme des instants d’intense bonheur, il le disait sans cesse. Justin Laban s’est éteint à l’âge de 94 ans, le mardi 9 octobre 2018, non sans avoir encore batailler une dernière fois.

Ses obsèques ont été célébrées au sein même de « son » établissement avec une superbe cérémonie, en présence de Mgr l’Evêque et de notre Directeur Diocésain,  qui a lieu dans la salle de sport, comme Justin l’avait demandé, devant quasi mille personnes.

 Il laissera l’image d’un homme d’église heureux, généreux, proche des gens, toujours à l’écoute, jamais avare de bons conseils. Toujours sans avoir besoin de lunettes, il était la mémoire (toujours très vive) d’un établissement tout entier, son guide, son « papi », son soutien, sa force !

Adishatz Yusti (au revoir Justin)

                      Yves Ginesta

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