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Béatification des dix-neuf Martyrs d'Algérie à Oran le 8 décembre

Béatification des dix-neuf Martyrs d'Algérie à Oran le 8 décembre

C'est samedi 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, que seront béatifiés, à Oran, en la basilique de Santa-Cruz, les 19 Martyrs de l'Algérie, parmi lesquels Mgr Claverie et les moines de Tibhirine.

L’Algérie résonne dans nos cœurs de Français parfois avec des notes d’amertumes, qui rappellent les heures sanglantes de nos histoires mêlées à la lutte d’un peuple, aux idéologies violentes et à son lot de crimes, mais aussi, nous aide à nous souvenir d’une manière particulière, comment agit, quelle que soit son origine ethnique, la solidarité que nous pouvons réaliser par notre volonté et les grâces du ciel, avec nos frères en humanité.

Cet exergue nous rappellera le précepte du Père Christian de Chergé, Prieur de Notre Dame de l’Atlas à Tibhirine, enlevé avec ses six autres frères le 27 mars 1996, avant d’être décapité le 21 mai 1996 : « Le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et rétablir la ressemblance en jouant avec les différences ». Car ces sept soldats du Christ trappistes, venus offrir leurs prières et leurs compétences, sont aujourd’hui dans les tumultes des bouleversements dont  les sociétés souffrent, des voix à écouter. Leur dévouement a dépassé tous les suffrages superficiels pour s’enquérir d’un seul, le Mystère Pascal, comme l’exprimera l’un des leurs, frère Michel Fleury, et nous invite à faire le choix de s’abandonner totalement à la Providence. Citons les autres protagonistes du Christ en Algérie, avec le frère Christophe Lebreton, poète pétrissant chaque jour dans sa prière, les questions de l’existence, le père Céléstin Ringeard, héros de la guerre d’Algérie, non pour sa virulence au combat, mais pour sa fidélité à la loi du Christ, lui, qui avant de devenir frère à Tibhirine, sauva en pleine guerre d’Independence un officier algérien blessé, pour l’emmener se faire soigner. Mais c’est aussi frère Paul Favre-Miville, emportant dans ses bagages la science de l’homme à tout faire, artisan au service de la communauté et des Algériens, continuons par Paul Douchier, devenu en religion frère Luc, magnifiquement incarné au cinéma par Michaël Lonsdale, ce médecin à tout prix ne mesurait sa foi que dans le service des malades, source du bonheur sans faille, lui de s’exprimer : « Le salut nous vient des autres qui sont pour nous la présence de Dieu appelant à la vie ». Terminons cette fratrie spirituelle par Christian Lemarchand, père Bruno, venu rencontrer ses frères du nord de l’Algérie le 18 mars depuis sa communauté de Fès au Maroc, et qui trouvera la mort dans le massacre que nous connaissons.    

Continuons à nous souvenir de ceux qui essuyèrent en pleine Guerre civile algérienne les affres du fanatisme, je veux bien sûr parler des pères Blancs et des sœurs Blanches, connus sous le nom des missionnaires d’Afrique, communauté religieuse fondée par Monseigneur Lavigerie, alors Préfet apostolique du Sahara-Soudan. C’est suite à une épidémie de choléra qui en 1867 décima les familles et engendra un grand nombre d’orphelins que la mission trouva le sens de son engagement. C’est à travers ce drame qu’en 1868 est créée la société des missionnaires d’Afrique, afin d’instruire les enfants. Il est facile de concevoir dès lors l’inculturation dont ont fait preuve les pères Blanc et leurs sœurs au fil des années, leurs profonds engagements dans la société à laquelle ils étaient liés par un lien qui défit la seule généalogie. Le père Jean Chevillard installé en pleine Kabylie transformera le noviciat en centre de formation professionnelle et développera tout au long de son sacerdoce des liens étroits avec la population. Le père Alain Dieulangard, contemplatif perçu par son évêque d’alors, Monseigneur Henri Tessier, comme la figure du « saint prêtre », toujours prêt à rendre service. Le cadet de ce quatuor de magnifiques, le père Christian Chessel, théologien et islamologue de 35 ans qui accompagnait les étudiants dans leurs études, enfin, saluons l’engagement du père Charles Deckers, militant de la cause kabyle, voyageur émérite, assassiné avec ses trois autres frères le 27 décembre 1994, jour de la fête de Saint Jean l’évangéliste qui clôture la vie de ses futurs bienheureux- laissons-nous penser- sur la retranscription de la parole du Christ : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ».  

La litanie se poursuit avec de fervent religieux toujours à même de distinguer l’homme de son acte, la barbarie de la créature de Dieu, à ce titre, parlons de frère Henry Vergès, mariste, enseignant en mathématique dans la ville de Sour-El-Ghozlane, avant de devenir par la suite le responsable de la bibliothèque étudiante où plus de 1200 jeunes seront inscrits, par ce qu’il savait combien l’éducation réprime les violences. Un destin hors du commun et une parole franche, voilà ce qui traduit l’état d’esprit de sœur Paul-Hélène Saint-Raymond, petite sœur de L’Assomption, devenue infirmière; elle exercera en Tunisie au Maroc et en Algérie; une de ses phrases donnera le titre d’un livre «  nos vies sont déjà données ». Tous deux trouveront la mort le 8 mai 1994.

Sœur Odette Prévost, petite sœur du Sacré-Cœur qui s’installera définitivement en Algérie en 1968, linguiste de l’arabe classique, totalement intégrée à la population, elle enseignera la couture, l’arabe et sera en lien très étroit avec Ribât-El-Salam (lien de paix), assassinée le 10 novembre 1995.

Deux figures espagnoles sont aussi de ce témoignage, les Augustines missionnaires, implantées en Algérie depuis les purges de Franco en 1933. Sœur Esther Paniagua Alonso, infirmière de formation, elle se retrouve dans la ville de Blida proche de l’Atlas afin de prodiguer des soins aux enfants handicapés. Son homologue, sœur Caridad Alvarez Martin, arriver à Bab-el-Oued en 1990  devient l’oreille attentive de tous ceux et celles qui veulent partager un moment avec elles dans leur maison. Elles seront assassinées le 23 octobre 1994 alors qu’elles se rendaient à la messe.

Les sœurs missionnaires de Notre Dame des Apôtres, communauté fondée en 1876 et qui n’eut de cesse depuis lors, de venir en aide au malade et en particulier les lépreux. Saluons le dévouement dont ont fait preuve Sœur Bibiane Leclercq et sœur Angèle Marie-Littlejohn. La première est l’aînée d’une famille de sept enfants, qui rentre au noviciat à l’âge de 29 ans, la seconde, orpheline, sera recueillie par les Sœurs de Notre Dame des Apôtres à Tunis. Une fois en Algérie toutes deux déploieront leur mission d’évangélisation dans la capitale, au sein du quartier populaire de Belcourt à Alger; là, elles prodiguent des cours de coutures, s’occupent de la formation des jeunes filles et dispensent par leurs charismes la dignité de l’Homme, sa vocation à l’amour, les responsabilités et qualités qui caractérisent les femmes, qui n’est pas sans nous rappeler l’ouvrage de Gertrude Von le fort «  la femme éternelle » ou l’œuvre de Sainte-Thérèse Bénédicte de la Croix. Elles trouveront la mort dans le quartier de Belouizdad, au retour de la messe célébrée chez les sœurs de l’Assomption, le 3 septembre 1995.

Monseigneur Claverie, dernier des dix-neuf à avoir été assassiné le 1er août 1996, fut un artisan sans relâche du dialogue entre le politique et le social, homme de conviction et de justice, il n’a jamais hésité à dénoncer les violences perpétrées par le Front Islamique du Salut, ce qui lui valait les foudres des instances gouvernementales. Formé chez les dominicains, diplômé en théologie, c’est le 5 juin 1981 qu’il avait été  nommé évêque d’Oran.

Ces dix-neuf Martyrs témoignent de ce qui est essentiel dans l’existence : le goût de la rencontre, de l’amitié, du sublime qui se trouve avec adversité, de la beauté qui s’observe gratuitement à travers le cœur des personnes que l’on choisit d’aimer. Ces dix-neuf Martyrs nous invitent à ne pas nous laisser tenter par l’activisme aveugle et sombrer dans la haine, mais à faire nôtre, la parole incandescence du Christ et de la foi catholique : « Seigneur pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Ils nous montrent ô combien la compassion mérite attention et ô combien pour aimer, il ne faut pas tolérer dans l’indifférence, mais respecter avec la connaissance de l’amour vrai, sans détour. Enfin, ces dix-neuf martyrs ont célébré dans leurs actes les piliers de la doctrine sociale de l’Église : dignité, subsidiarité, bien commun, solidarité, principes majeurs qui ne sauraient souffrir de frontières, de couleurs et de temps, consacrés par le bon sens et dont devraient plus souvent s’inspirer nos chefs d’État, afin d’asseoir une paix durable.

 

Louis-Jean de Barmon

 

Pour aller plus loin :

-Un algérien par alliance, Jean-Jacques Pérennès. Édition du Cerf

-Tout simplement là, la vie et le message des sept moines de Tibhirine, P. Thomas Georgeon et François Vayne. Edition Nouvelle Cité

-Pèlerin à Thibirine, Michael Lonsdale. Édition Salvator

-Nos vies sont déjà données, Père Thomas Gerogeon, Christophe Henning. Édition Bayard

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