Entrée dans l'Année de la foi

Le 11 octobre dernier, l’Eglise est entrée dans l’Année de la foi, promulguée par le pape Benoît XVI à l’occasion de l’anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II il y a 50 ans. Deux messes ont été célébrées dans notre diocèse pour entrer dans cette année de la Foi et confier le diocèse à la Vierge Marie, Mère de l’Eglise. Extraits de l’homélie de Mgr Marc Aillet lors de la messe à Saint-Martin de Pau le 12 octobre.

« Mes chers frères et sœurs, nous sommes rassemblés dans l’action de grâce, pour célébrer ce cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II.

Pour beaucoup d’entre vous, le Concile fut un événement. Pour d’autres, ceux qui sont nés tout de suite avant le Concile ou après, ce fut surtout un héritage transmis et à s’approprier dans notre vie chrétienne.  Et pour tous, comme le disait le bienheureux Jean-Paul II, en entrant dans le nouveau millénaire, il est cette « boussole fiable » qui oriente le chemin de l’Eglise dans le siècle qui commence.

 

Les intentions du Concile

 Et nous ouvrons en même temps avec notre Saint Père le pape -c’était hier jeudi 11 octobre, sur la place St-Pierre, jour anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, une Année de la foi. Vous comprenez, chers frères et sœurs, pourquoi le Saint Père a voulu une Année de la foi pour célébrer ce cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II. Parce que ce fut précisément l’intention du Concile, telle qu’elle fut exprimée par le bienheureux Jean XXIII, dans son fameux discours  d’ouverture,  que de proposer  la foi d’une manière plus efficace.

Il ne s’agissait pas, comme les autres conciles, de définir de nouveaux dogmes, de condamner des erreurs. Mail il s’agissait de rendre accessible aux hommes et aux femmes de notre temps, d’autant plus qu’ils s’étaient éloignés de l’institution ecclésiale, de son message et de son langage, le Trésor inaltérable de la foi, qui avait été conservé fidèlement, défini précisément, transmis par les vingt Conciles œcuméniques qui avaient précédé. Et si l’Eglise s’était engagée à instaurer avec le monde un dialogue ouvert et cordial, parce qu’elle ne se considérait plus comme une citadelle assiégée face à l’hostilité du laïcisme - qui avait été le grand combat de la fin du XIX siècle et du début du XXème,  tant les relations étaient apaisées entre l’Eglise et le monde, c’était traversée par une tension positive, un élan intérieur qui anima l’assemblée conciliaire pendant quatre ans pour annoncer, partager ce Trésor de la foi avec les hommes et les femmes de notre temps.

Vous savez d’ailleurs que, lorsque vingt ans après la clôture du Concile en décembre 1985, le bienheureux Jean-Paul II convoqua une assemblée extraordinaire du Synode pour faire le bilan de la mise en œuvre du Concile, il lui fut demandé par les évêques de publier un catéchisme universel, qui soit un exposé organique des contenus de la foi, et ainsi un résumé de ce grand catéchisme vivant que, selon les mots de Paul VI, fut précisément le Concile Vatican II.

 

Une Année de la foi pour conduire les hommes hors du désert

Force est de constater qu’à cinquante ans de distance, malgré ce noble objectif, qui demeure ô combien vivant et actuel dans l’Eglise, nous connaissons aujourd’hui dans le monde, en particulier dans nos nations de vieille chrétienté, un net recul de la foi, « une crise profonde  qui affecte jusqu’à nos communautés chrétiennes », comme le dit souvent sa Sainteté Benoît XVI pour caractériser ces temps que nous traversons. Une sorte de désertification spirituelle qui s’en est suivie dans le monde, laissant ouverte cette soif de Dieu, cette question ultime du sens de l’existence, que le monde sait manifester même si parfois cela est de manière paradoxale, cette fatigue de croire, ce découragement et cet épuisement qui semblent parfois gagner nos rangs.

Vous comprenez pourquoi cette Année de la foi nous est donnée comme un cadeau, pour approfondir notre foi en Jésus mort et ressuscité, qui est le cœur du message, de la prédication apostolique qui a traversé les siècles et que l’Eglise nous a transmise de manière si fidèle depuis 2000 ans !

 

Le Christ à l’origine de notre foi

La foi au Christ qui n’est pas seulement le centre, l’objet de notre foi mais Celui  qui est à l’origine de notre foi et qui l’amène à sa perfection.

Comme le disait le Saint Père, hier dans son homélie, au cours de cette messe d’ouverture d’Année de la foi et de commémoration du cinquantième anniversaire de l’ouverture de Concile Vatican II, on pourrait concevoir l’Année de la foi comme « un pèlerinage dans les déserts  du monde contemporain  en ayant soin de n’emporter avec nous que l’essentiel, comme Jésus disait à ses apôtres en les envoyant en mission : ‘ Ne prenez ni sac, ni tunique de rechange, ni bâton, ni argent’ » . Mais cet essentiel  que nous emportons avec nous, pour le partager avec le monde, c’est « l’Evangile et la foi de l’Eglise », disait-il, « dont le Concile Vatican II fût l’expression lumineuse pour notre temps comme l’est aussi le Catéchisme de l’Eglise catholique qui a été publié il y a tout juste 20 ans», le 11 octobre 1992.

Vous comprenez pourquoi ce signe avec lequel nous avons commencé cette célébration : l’évangéliaire², qui était comme intronisé sur ce lutrin qui sera comme un trône, ce fut le signe qui ouvrit l’assemblée conciliaire, le 11 octobre 1962. Poser l’Evangile sur un trône, c’est une intronisation au sens littéral du terme comme pour nous dire que c’est Jésus, la Parole vivante, éternelle, qui préside la vie de l’Eglise, qui édifie l’Eglise, comme un édifice spirituel  dont nous sommes appelés, par la grâce de notre baptême, à être les pierres vivantes.

C’est le Christ mort et ressuscité, le cœur de l’Evangile qui est symbolisé par la croix,  c’est Lui qui est à l’origine de notre foi et qui l’amène à la perfection, par sa présence vivante dans son Evangile proclamé, médité, approprié dans notre vie personnelle et par ses sacrements, à commencer par l’Eucharistie, qui est la source et le sommet de la vie de l’Eglise.

 

Revenir aux textes du Concile

Nous emportons avec nous aussi la foi de l’Eglise telle qu’elle est consignée dans ces textes du Concile Vatican II. Nous n’avons pas seulement une année mais quatre ans pour relire ces textes, comme disait encore le pape Benoît XVI, et il le dit avec insistance depuis le début de son pontificat : « revenez à la lettre du Concile », c'est-à-dire les textes dans lesquels nous trouverons l’authentique  esprit du Concile, accueilli dans la tradition de l’Eglise pour en percevoir la nouveauté dans la continuité. Mais c’est l’Esprit Saint qui fait toute chose nouvelle dans notre vie personnelle et dans la vie de l’Eglise. Voyez pourquoi j’ai souhaité que nous ouvrions cette Année de la foi hier, à Bayonne à la cathédrale, et aujourd’hui ici pour le Béarn, à l’Eglise Saint-Martin de Pau, en célébrant la Vierge Marie, Mère de Jésus et Mère de l’Eglise.

 

Marie,  proclamée Mère de l’Eglise

Comme vous le savez, quelques jours avant l’ouverture solennelle du Concile, le bienheureux Jean-Paul II s’était rendu en pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, pour confier à la Vierge Marie l’assemblée conciliaire, ce que le pape Benoît XVI a réitéré le 4 octobre, pour confier à Notre-Dame de Lorette l’Année de la foi. Et c’est le 11 octobre 1962 que fut ouverte cette assemblée, date à laquelle on célébrait alors dans l’ancien calendrier liturgique la solennité de Marie, mère de Dieu, transférée dans le nouveau calendrier au 1er janvier. Il fut question de Marie au cours du Concile, même si ce fut l’objet de bien des débats et même, disons-le, de controverses, mais c’est à travers ces débats et ces controverses  que l’Esprit Saint fit le Concile, car c’est l’Esprit Saint à travers les hommes, quelles que soient leurs divisions, qui fait le Concile, en les conduisant peu à peu et progressivement dans la foi, la prière à l’unanimité. Et si l’on n’eut pas un texte séparé sur la Vierge Marie comme l’auraient voulu certains, dans sa sagesse le pape Paul VI voulut inscrire dans la Constitution dogmatique sur l’Eglise « Lumen Gentium », comme à son sommet le chapitre VIII, conclusif de toute cette Constitution sur le mystère de l’Eglise, un chapitre sur la Vierge Marie, sa place et son rôle dans l’histoire de notre salut aujourd’hui comme hier, membre le plus éminent parmi tous les membres de l’Eglise, mère de Jésus, mère de Dieu, mère de chacune et de chacun d’entre nous. Mais ce que les Pères conciliaires n’avaient pas su écrire dans la Constitution, le pape Paul VI de sa propre autorité, surprenant tout le monde, le 21 novembre 1964, en conclusion de cette troisième cession du Concile alors qu’il venait de promulguer solennellement la Constitution sur l’Eglise, déclara Marie Mère de l’Eglise, c'est-à-dire du peuple de Dieu tout entier, à la fois des fidèles et des pasteurs, comme pour nous dire que si Marie a enfanté la tête de l’Eglise qu’est Jésus, elle a aussi enfanté son corps qu’est l’Eglise. Le primat de Marie, proclamé ainsi par le Concile Vatican II, faisait écho au primat de Pierre, qui avait été l’objet du Concile Vatican I. Et si l’Eglise n’était dominée que par le primat de Pierre et des apôtres, elle risquerait, ce qui est une tentation récurrente dans la vie de l’Eglise, d’être  réduite à une organisation, une structure. Mais l’Eglise est un mystère, elle est un organisme vivant, elle est une personne vivante dont la tête est Jésus et dont nous sommes membres pour constituer son corps. Le primat de Marie dans la vie et la mission de l’Eglise qui apporte cette touche contemplative, affective, toute féminine, nécessaire à la vie de l’Eglise, complémentaire de cette touche apostolique qui est comprise sous le primat de Pierre et de la succession des apôtres sur lesquels Jésus a fondé son Eglise.

 

Confions le diocèse à Marie

Voulez-vous qu’aujourd’hui nous nous tournions vers elle qui nous rassemble dans l’unité, comme à la première heure, lorsque les apôtres se réfugièrent dans la chambre haute, pas seuls, mais avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et  avec ses frères.

Tout le peuple de Dieu est blotti dans la prière autour de la Vierge Marie ; c’est elle qui nous dispose à accueillir ce don de l’Esprit Saint, qui permettra ce plein déploiement missionnaire de l’Eglise, qui existe pour évangéliser.

Tournons-nous vers Marie, confions-lui nos découragements, nos épuisements, nos interrogations, nos doutes sur la vie de l’Eglise d’aujourd’hui  et de demain.

Tournons-nous par elle et avec elle, vers Jésus, vivant, qui est au milieu de nous l’objet et le sujet à la fois de notre foi, et demandons-lui d’augmenter notre foi. Demandons-lui de nous donner cette grâce de l’Esprit Saint en abondance pour accueillir l’Evangile et l’incarner dans notre vie, pour relire les textes du Concile Vatican II, pour nous approprier le Catéchisme de l’Eglise catholique et nous donner cette tension positive, cet élan intérieur qui animait les Pères du Concile, pour nous donner un nouvel élan missionnaire pour aujourd’hui ! »

 

¹livre liturgique qui contient les passages des Evangiles lus le dimanche suivant le calendrier liturgique