Misons sur la jeunesse !

Misons sur la jeunesse !

Editorial de Mgr Marc Aillet - Revue diocésaine "Notre Eglise" de mars 2019

Tandis que la crise des gilets jaunes semble s'enliser, que toutes sortes de forces obscures - les professionnels de la Révolution et de la lutte des classes, ou bien les islamistes - semblent voler au peuple français l'expression et la teneur de ses vraies préoccupations sociales et existentielles, on s'agite beaucoup autour d'un grand débat national qui vire à la reconquête de l'opinion publique par le pouvoir exécutif.

D'ailleurs, faut-il vraiment attendre de ce "débat" une véritable écoute des Français quand, il y a un an, lors des "États généraux de la bioéthique", une écrasante majorité des citoyens qui s'étaient exprimés a rejeté les évolutions annoncées de la PMA pour toutes ? Le CCNE, qui rendait compte de ces débats-citoyens en pointant honnêtement les enjeux éthiques relevés, n'en concluait-il pas, contre toute attente et sous la pression de lobbies ultra-minoritaires, qu'il convient quand même de légiférer dans le sens du "progrès" ?

Il faut reconnaître que le projet de loi annoncé est sans cesse reporté... Peut-être précisément parce que l'Exécutif est embarrassé par ce manque de consensus, ou bien parce qu'il veut d'abord sortir de la crise sociale qu'il a contribué à déclencher ? En tout cas, on reste pantois quand, en pleine crise des gilets jaunes, le parti de la majorité s'amuse à faire voter un amendement sur le remplacement de "père et mère" par "parent 1 et parent 2" dans les formulaires scolaires. Grâce à Dieu, les réactions se sont multipliées, y compris de la part des évêques de France, et la raison semble l'avoir emporté sur le ridicule. Dans une société sans père - puisque Dieu le Père n'est plus reconnu comme le garant de la fraternité entre les hommes et que l'on voudrait organiser la fabrication d'enfants privés légalement de père -, on pourrait écouter avec profit le livre des Proverbes qui fait dire à la Sagesse se dressant à la croisée des chemins et sur les lieux de passage : "C'est vous, les humains, que j'appelle, ma voix s'adresse aux fils d'Adam : vous, les naïfs, devenez habiles, vous, les insensés, devenez raisonnables" (Pr 8, 4-5).

Misons sur la jeunesse qui est encore sensible à la voix du bon sens, pour peu que nous n'ayons pas peur de la faire entendre sur la place publique. J'en veux pour preuve la réussite des JMJ de Panama : les jeunes,  qui n'ont pas de comptes à régler avec l'Institution, même quand elle est secouée par les scandales, savent, comme ils l'ont montré, que l'Eglise, fondée par le Christ sur la foi de Pierre, a les promesses de la vie éternelle, telles que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle (cf Mt 16, 18). Malgré les tempêtes d'hier et d'aujourd'hui, l'Eglise tient bon, elle demeure le sacrement universel du Salut du monde. Les jeunes ne s'y trompent pas, comme en témoigne l'accueil enthousiaste qu'ils ont réservé à Panama au Pape Francois, comme précédemment aux Papes Jean Paul II et Benoit XVI. Le Saint-Père a d'ailleurs commencé son discours d'ouverture de ces JMJ en disant: "Je me souviens qu’à Cracovie certains m’avaient demandé si j’irais à Panama et je leur avais répondu : "je ne sais pas, mais Pierre ira sûrement". Aujourd’hui, je suis heureux de vous dire : Pierre est avec vous pour célébrer et renouveler la foi et l’espérance. Pierre et l'Eglise marchent avec vous...". 

La veillée du samedi soir, préparée et animée par cette Eglise jeune et pleine de vitalité du Panama, nous a fait entrevoir quelque chose du Mystère de l'Eglise. À voir le Pape longuement en prière devant le Saint-Sacrement exposé à l'adoration de ces centaines de milliers de jeunes, puis dans un colloque long et silencieux devant la statue de Notre Dame de Fatima, j'ai pensé spontanément au songe de Don Bosco dit des "trois blancheurs": quand la barque de l'Eglise est arrimée par le Successeur de Pierre à Jésus-Hostie et à la Vierge Immaculée, alors elle est en sécurité.

Engageons-nous donc avec ferveur dans le temps du Carême: il est précisément un temps de purification, dont nous sentons particulièrement l'urgence aujourd'hui, et une retraite en Eglise, précisément pour revenir au cœur de la foi.