Vincent Lambert et nous...

Vincent Lambert et nous...

Le rappel des faits

Victime, en 2008, d'un grave accident, Vincent Lambert, aujourd'hui âgé de 42 ans, est depuis lors hospitalisé au CHU de Reims, lourdement handicapé et dans un état dit "pauci-relationnel" (état de conscience minimal).

La "complexité" de cette "affaire" sur laquelle insistent habituellement la presse et les medias nationaux, tient au fait que sa famille, fortement divisée, se déchire depuis des années quant au fait de savoir s'il vaut mieux le laisser vivre ou mourir.

Elle provient également de la difficulté d'évaluer objectivement le niveau de conscience dans lequel celui-ci se trouve, ainsi que l'explique fort bien le professeur Xavier Ducrocq, chef du service de neurologie du CHR Metz-Thionville, "la principale difficulté réside dans l'évaluation de son niveau de conscience. Ses réactions et mouvements sont-ils purement réflexes, volontaires, conscients ? Comme pour tous ces patients en état chronique de conscience altérée, il est pratiquement impossible de le savoir" (in L'Homme Nouveau du 11 mai 2019).

Vincent Lambert est certes tétraplégique et dans l'incapacité de s'alimenter normalement et nourri par sonde, mais il n'est nullement dans le coma et respire naturellement (aucune assistance respiratoire). Ses organes vitaux fonctionnent normalement. Il ne semble pas souffrir physiquement. Il n'est nullement en réanimation, et encore moins en "fin de vie".

Quand bien même se trouverait-il dans un "état végétatif", "l'humanité ne s'absente jamais de l'être humain que nous devons soigner", ainsi que le rappelle opportunément le Père Bruno Saintôt, sj, responsable du département éthique biomédicale du Centre Sèvres (1).

Rappelons par ailleurs qu'en novembre dernier, le rapport d'expertise médicale commandité par le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne avait conclu que la prise en charge de Vincent Lambert (c'est-à-dire l'alimentation et l'hydratation artificielles dont il bénéficie) "ne relève pas de l'acharnement thérapeutique ou d'une obstination déraisonnable" .

Dans ces conditions, on ne peut que s'étonner de la détermination avec laquelle le CHU de Reims a constamment refusé d'autoriser ou d'envisager le transfert de Vincent Lambert dans une unité spécialisée dans le soin des patients "cérébolésés" telle qu'il en existe plusieurs en France, qui semblent disposées à l'accueillir...

Plus encore, on ne peut qu'être scandalisé de la décision du CHU, annoncée le 9 avril 2018, d'interrompre l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert. Une décision prise au terme d'une "procédure collégiale", sur le fondement de la "Loi Leonetti", mais qui condamne Vincent Lambert à mourrir de faim et de soif...

C'est en vain que les parents de Vincent Lambert et leurs avocats ont tenté de s'opposer, par divers recours judiciaires, à cette décision, le Conseil d'Etat s'étant prononcé, à plusieurs reprises pour l'interruption des soins de Vincent Lambert, en particulier par un arrêt du 24 avril dernier, malheureusement validé, le 30 avril, par la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

Le 3 mai 2019, le Comité des Droits des Personnes Handicapées de l'ONU, saisi par les parents de Vincent Lambert et leurs avocats, a demandé au gouvernement français de suspendre la décision d'interrompre l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert en attendant de se prononcer sur le fond de cette affaire. La France ayant ratifié la "Convention relative aux droits des personnes handicapées" des Nations-Unies (dont l'article 25 énonce que les Etats doivent empêcher "tout refus discriminatoire de fournir des soins ou services médicaux ou des aliments ou des liquides en raison d'un handicap"...), le gouvernement est normalement tenu de suivre cette requête. Or, Agnès Buzyn, Ministre de la Santé, s'est empressée de contester la compétence du CDPH ("comité qui s'occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert"...) avant d'ajouter que la France n'était nullement tenue de respecter légalement cette demande !

Dés lors, il ne restait plus au Dr Sanchez qu'à informer, le 10 mai dernier, la famille de Vincent Lambert, que la décision d'interrompre les "traitements" dont celui-ci bénéficiait jusqu'à présent, serait mise à exécution dans la semaine du 20 mai... d'autant que le "Défenseur des Droits" Jacques Toubon, saisi par les avocats des parents de Vincent Lambert, vient d'annoncer, le 17 mai, qu'il ne lui appartenait nullement de trancher...

 

Un enjeu capital

Les nombreuses réactions que cette décision a suscitées, et la lecture des extraits que nous avons sélectionnés ici, permettent d'en mesurer les enjeux, la portée et la gravité. 

-De Emmanuel Hirsch, professeur d'éthique médicale à L'Université Paris-Sud - Paris-Saclay: "Les personnes en situation de handicap neurologique, dont nombre d’études précisent cependant les spécificités et les vulnérabilités liées à leur état de dépendance et aux difficultés d’instruire leur expertise médicale, sont assimilées à des personnes malades ou à des personnes en fin de vie dont on peut ne «pas prolonger inutilement» l’existence. [...] Pour ce qui concerne M. Vincent Lambert, l'euthanasie ne sera pas "déguisée". [...] elle cautionne le dernier acte précédant la légalisation en France d'une euthanasie ainsi consentie" (Lefigaro.fr 3 mai 2019).

-Du Père Bruno Saintôt, responsable du département éthique biomédicale du Centre Sèvres: "« Monsieur Vincent Lambert » est ainsi devenu l'emblème de la possibilité ou non de "faire mourir", c'est-à-dire d'euthanasier une personne qui n'est pas en fin de vie, dont les directives anticipées sont inexistantes et dont la volonté est l'objet de conflits" mais "« Monsieur Vincent Lambert » n'est pas en fin de vie, ne semble pas souffrir, n'exprime pas de refus permanent de soin et n'a pas exprimé sa volonté: au nom de quel principe faudrait-il arrêter ce traitement particulier qu'est l'alimentation et l'hydratation artificielles, ce traitement particulier qui apparaît à beaucoup comme un soin de base dû à tout être humain ? [...] L'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation artificielles sans recueil de sa volonté, hors contexte de fin de vie et sans motif médical grave, signifie indirectement à tous ceux qui partagent sa condition qu'ils sont indésirables. [...] Le transférer dans une unité spécialisée pour les patients cérébrolésés serait une décision de sagesse...". (1)

-De Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune: "Condamner à mort Vincent Lambert, c'est signifier aux personnes handicapées que leur vie n'a aucune valeur aux yeux de la société. Nous ne pouvons accepter une société qui élimine au lieu de soigner" (tweet du 10 mai 2019).

-De Marie De Hennezel (pionnière des soins palliatifs): "Agnès Buzin a-t-elle conscience du message envoyé aux 1500 personnes en état pauci-relationnel de l'hôpital de Berck ? En affirmant que la France n'est pas tenue de suivre l'avis de l'ONU sur l'Affaire Vincent Lambert, elle signe l'arrêt de mort des personnes en profond handicap" (tweet du 11 mai 2019).

-De Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims (et futur président de la Conférence des Evêques de France) et de Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims: "Les spécialistes semblaient s’accorder cependant sur le fait que M. Vincent Lambert, si dépendant soit-il depuis son accident, n’est pas en fin de vie. Tout en saluant l’engagement des équipes du CHU de Reims, on peut s’étonner que M. Lambert n’ait pas été transféré dans une unité spécialisée dans l’accompagnement des patients en état végétatif ou pauci-relationnel. [...] C’est l’honneur d’une société humaine que de ne pas laisser un de ses membres mourir de faim ou de soif et même de tout faire pour maintenir jusqu’au bout la prise en charge adaptée. Se permettre d’y renoncer parce qu’une telle prise en charge a un coût et parce qu’on jugerait inutile de laisser vivre la personne humaine concernée serait ruiner l’effort de notre civilisation. La grandeur de l’humanité consiste à considérer comme inaliénable et inviolable la dignité de ses membres, surtout des plus fragiles."  (Déclaration du 12 mai 2019).

 

-Des Associations Familiales Catholiques: "Cette ”affaire Vincent Lambert” ne peut pas ne pas nous interroger à l’heure où nous révisons nos lois de bioéthique. Voulons-nous une société régie par la ” culture du déchet, qui consiste à trier les êtres humains en fonction de leur utilité à la société de consommation “, selon l’expression du Pape François, ou une société qui prend soin des plus fragiles de ses membres ? Pouvons-nous continuer de soutenir, avec la loi Claeys-Leonetti, que ” la nutrition et l’hydratation artificielles ” sont des soins qu’il serait possible de suspendre ? [...] Les Associations Familiales Catholiques s'alarment de ce droit à mettre fin, légalement, à la vie d'un homme diminué. [...] les décisions qui seront prises dans les prochains jours sont d’une extrême gravité : Il en va de la vie d’une personne humaine. Il en va d’une certaine idée de l’homme, de sa dignité intrinsèque et inconditionnelle. Il en va d’une certaine idée de la société qui doit, toujours, se porter au chevet des plus vulnérables. Il en va d’une certaine idée de la médecine qui doit protéger et prendre soin. Il en va d’une certaine idée de l’engagement qui impose à la France de respecter les conventions internationales qu’elle a ratifiées." (Communiqué du 15 mai 2019).

-Du Pasteur Jean Pira, de l'ACPERVie: "Les Chrétiens Protestants et Évangéliques pour le Respect de la Vie tiennent à attirer l’attention sur le déni de justice et de sagesse qui est à l’œuvre ces jours-ci, à l’encontre Monsieur Vincent Lambert, cet homme qui n’est pas en fin de vie mais qui dépend entièrement de l’environnement soignant, comme des milliers d’autres patients français. La décision annoncée du docteur Sanchez, de procéder à l’arrêt de l’alimentation et hydratation de ce patient, intervient au mépris de la décision d’examen prise au niveau des Nations Unies par le CIDPH. Elle témoigne d’une volonté idéologique d’imposer l’euthanasie des personnes grandement handicapées, que de tierces personnes estiment indignes de vivre." (Communiqué du 15 mai 2019).

-De Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban: "Vincent Lambert est vivant. Il a besoin de nutrition et d'hydratation avec beaucoup d'amour. Lui refuser ces trois besoins est un meurtre." (tweet du 15 mai 2019).

-De Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes: "Handicapé, Vincent Lambert pourrait mourir de faim et de soif sous prétexte d'arrêter un acharnement thérapeutique: se nourrir et s'hydrater ne sont-ils pas un soin normal dont nous avons tous besoin ? Notre frère Vincent est aujourd'hui le visage de tous ceux qui, comme lui, en France et dans le monde, sont en situation dite "végétative" ou pauci-relationnelle. Il y aurait en France 1500 personnes dans son cas, ne permettons pas qu'il soit le premier d'entre eux à se voir ainsi interdire de vivre. Toute vie est sacrée aux yeux de Dieu et nous en sommes les serviteurs". (Message du 16 mai 2018).
 

-De Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon: "Vincent Lambert : il y a une manipulation de cette dramatique affaire pour faire avancer un droit à l'euthanasie." (tweet du 16 mai 2019).

-De Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron: "Si Vincent Lambert n'est ni malade ni en fin de vie, malgré son handicap, pourquoi le condamner à mourir de faim et de soif et pourquoi ne pas le confier à un établissement spécialisé pour grands handicapés?" (tweet du 17 mai 2019).

-D'une centaine de juristes français: "Chaque Français doit, en conscience, défendre la vie de Vincent Lambert car, en Vincent, c’est notre humanité qui est souffrante et qui nous ressemble. C’est parce que la vie est diminuée qu’il faut d’autant plus la respecter. Que chacun d’entre nous adresse cette demande aux autorités publiques et aux médecins : respectez la vie de Vincent Lambert et confiez-le à ceux qui veulent lui conserver sa dignité d’homme." (Adresse à la conscience des Français du 17 mai 2019)...