Seigneur, augmente en nous la foi

Seigneur, augmente en nous la foi

Éditorial de Mgr Marc Aillet paru dans la revue diocésaine "Notre Église" de novembre 2019

« Cependant, quand il viendra, le Fils de l’homme trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). Cette interrogation de Jésus dans l’Évangile est angoissante, tant elle pourrait évoquer la déchristianisation galopante de nos sociétés de vieille chrétienté soumises à la sécularisation, où l’on vit comme si Dieu n’existait pas : ce sont en effet des pans entiers de l’Église qui s’effondrent sous nos yeux. Et si l’on interrogeait les fidèles «messalisants», soit 7 à 8% des Français qui se disent catholiques, on serait étonné de leurs réponses à certaines vérités fondamentales de la foi, telle la Résurrection du Christ. Mais la question n’est pas seulement statistique et elle n’appelle pas une réponse purement sociologique. C’est à chacun de nous qu’elle est adressée par Jésus. Autrement dit : ai-je vraiment la foi, pour que le Seigneur, quand Il viendra, la trouve en moi ? Une foi qui n’est pas seulement une connaissance, même si celle-ci est fondamentale, car je ne saurais entrer en relation vraie, vitale et durable avec Dieu, sans la Révélation qu’Il me fait de lui-même et de son Mystère intime. Mais qui est une relation d’amitié avec Lui, capable de susciter une confiance totale en un Dieu qui n’est pas étranger à ce que je vis, comme le Dieu des païens, mais qui intervient dans mon histoire, jusqu’à transformer ma vie, lui donner un nouvel horizon et une orientation décisive.

Alors les difficultés rencontrées dans l’Église, comme le manque de prêtres ou la désertion des fidèles, doivent d’abord être abordées du point de vue de la foi en un Dieu qui n’abandonne jamais ses enfants. Aussi permettez-moi cette question : le manque de prêtres pour servir nos communautés, ici comme en Amazonie, n’est-il pas le signe de notre manque de foi ? Une foi à transporter les montagnes, une foi qui s’exprime et se fortifie dans une prière insistante, comme celle de la veuve importune de l’Évangile qui arrache au Seigneur cette interrogation : « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? » (Lc 18, 7). Nos communautés chrétiennes ont besoin d’un réveil de la foi, de fidèles qui donnent des signes tangibles d’une foi qui transforme leur vie, et de prêtres qui, précisément à travers leur célibat vécu authentiquement, donnent un signe prophétique de la radicalité de la foi. Comme l’écrit le Cardinal Robert Sarah : « Comment douter, comment croire que le Seigneur n’est pas là avec nous au milieu de la tempête ? Par pitié, n’agissons pas comme s’il nous avait abandonnés à notre propre jugement » (in Le soir approche et le jour baisse).

Le parcours Cléophas qui vient de reprendre avec près d’une cinquantaine de nouveaux candidats, et dont la visée est de former des disciples-missionnaires, se situe précisément dans ce registre : permettre à des fidèles de nos communautés chrétiennes d’approfondir leur foi pour qu’elle devienne contagieuse et attractive. Et cela passe par une expérience renouvelée de la rencontre personnelle avec le Christ et du Mystère de l’Église comme Communion missionnaire. On y privilégie ce qu’il convient désormais d’appeler les « cinq essentiels » de la vie de l’Église : la prière, la formation, la fraternité, le service et l’évangélisation. Le 23 novembre prochain, j’ai invité tous les conseils pastoraux paroissiaux, avec leurs prêtres, à faire l’expérience concrète de ces cinq essentiels. Ils trouvent leur réalisation dans les premières communautés chrétiennes dont saint Luc nous donne la description dans les Actes des Apôtres et que saint Jean Paul II développe dans son exhortation apostolique Christifideles Laïci. Alors adressons à Dieu cette prière : « Seigneur, augmente en nous la foi ! » (Lc 17, 5).