"Les vrais réformateurs"

"Les vrais réformateurs"

Editorial de Mgr Marc Aillet paru dans la revue diocésaine "Notre Eglise" de décembre 2019.

Lors de la dernière assemblée plénière des évêques à Lourdes, nous avons « marché ensemble » (signification du mot synodalité), évêques, prêtres et laïcs, pendant un jour et demi, pour réfléchir au défi missionnaire constitué par la « transition écologique ». Force est de constater que nombre de nos contemporains sont sensibilisés par cette question, et parmi eux de nombreux jeunes qui s’engagent, avec beaucoup de générosité et de radicalité, tels des lanceurs d’alerte, dans des modes de vie plus sobres et plus respectueux de l’environnement. Il ne s’agissait certes pas pour nous de constituer un parti écologiste-bis ni une ONG environnementale, encore moins de diviniser la nature ou de réduire l’homme à un vivant comme les autres. Le Pape Benoît XVI, qu’on a appelé en son temps « le Pape vert », affirmait que la « crise écologique », quelle que soit la crédibilité des scénarios catastrophistes que l’on prédit, est une « opportunité historique » pour permettre à l’homme de se resituer à l’intérieur de la Création. C’est que l’homme, par les progrès de la science et de la technique, a fini par prendre la place de Dieu en prétendant se faire le Maître absolu de la Création, au risque de la détruire, en transgressant les lois de la nature, sagement édictées par le Créateur. Cependant, il ne faudrait pas que la recherche de solutions à cette « crise écologique » sans précédent, procède du même oubli de Dieu avec la prétention inverse de rétablir l’ordre par nos propres forces. En ce sens, l’Eglise a une parole de Salut à apporter : la destruction de l’ordre de la Création vient du cœur de l’homme traversé par une blessure originelle que l’on appelle le péché ; si le cœur de l’homme n’est pas guéri de son orgueil et de son égoïsme, il est fort à gager que ses tentatives, aussi louables soient-elles, pour « sauver la planète » seront vouées à l’échec. L’Eglise, tout en prenant au sérieux les enjeux humains de cette crise, est appelée à annoncer que Jésus est le seul Sauveur : Lui seul peut guérir le cœur de l’homme, en le tournant vers le Créateur et en le rendant capable, à travers des changements de modes de vie, de production et de consommation, de promouvoir la Maison commune. L’encyclique Laudato si' du pape François, dont l’écho a largement dépassé les frontières de l’Eglise, nous propose une écologie intégrale où tout est lié : la sauvegarde de la Création rejoint en effet des enjeux anthropologiques, bioéthiques, sociaux ; elle est une invitation à louer le Créateur et à nous abandonner avec confiance à ses desseins.

Par ailleurs, aujourd’hui, on parle beaucoup de Réforme de l’Eglise. Et il ne fait aucun doute que l’Eglise est toujours appelée à se renouveler pour offrir au monde le Visage du Christ. Mais ne nous y trompons pas : le slogan « Réparons l’Eglise » pourrait faire illusion. Quand le crucifix de la chapelle Saint-Damien d’Assise s’anime et dit au Poverello : « Va, François, et répare mon église en ruine », c’est Jésus qui prend l’initiative et non François ! D’ailleurs, il comprend vite qu’il ne s’agit pas d’une réparation extérieure, comme pourraient le rester des réformes de structures, de gouvernance, au nom de revendications purement humaines d’égalité ou de pouvoir. Comme l’écrivait de manière si lumineuse le Pape Benoît XVI : « L’état de délabrement de cet édifice est le symbole de la situation dramatique et préoccupante de l'Eglise elle-même à cette époque, avec une foi superficielle qui ne forme ni ne transforme la vie, avec un clergé peu zélé, avec un refroidissement de l’amour ; une destruction intérieure de l'Eglise qui comporte également une décomposition de l'unité, avec la naissance de mouvements hérétiques. Toutefois, au centre de cette église en ruines se trouve le crucifié, et il parle : il appelle au renouveau, appelle François à un travail manuel pour réparer de façon concrète la petite église de Saint-Damien, symbole de l'appel plus profond à renouveler l'Eglise même du Christ, avec la radicalité de sa foi et l'enthousiasme de son amour pour le Christ ». Qui ne serait pas frappé par l’actualité de ces paroles ? Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas le Pape qui renouvelle l’Eglise, mais ce sont les saints qui en sont les vrais réformateurs : ceux qui, à la suite de la Vierge Marie, accueillent la Parole de Dieu et la mettent en pratique avec l’aide de l’Esprit Saint. Ce sont ceux qui entendent la recommandation de saint Paul : « Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » ( Rm 12, 2). En eux et en eux surtout, l’Eglise vit, grandit et se renouvelle. Soyons donc de ceux-là !