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Le Dimanche de la Parole de Dieu

Le Dimanche de la Parole de Dieu

Pourquoi le Pape François a-t-il institué, par le Motu proprio Aperuit illis,  un "Dimanche de la Parole de Dieu" qui sera célébré cette année le 26 janvier, 3ème dimanche du temps ordinaire ? C'est la question que nous avons posée à M l'abbé Philippe Beitia.

Le 30 septembre dernier, au début de l’année où l’on va commémorer le 1600e anniversaire de la mort de saint Jérôme (+ 420) qui, non seulement a mis la Bible à la portée du vulgus, de la foule en la traduisant en latin – on pourrait traduire les termes Biblia vulgata par Bible pour tous – mais qui l’a commentée inlassablement, le Pape François a institué un Dimanche de la Parole de Dieu qui sera célébré le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire. 

Toute la Bible parle du Christ et l’annonce comme celui qui doit traverser les souffrances pour entrer dans la gloire. Ignorer l’Ecriture, en effet, c’est ignorer le Christ. Écriture et Sacrements sont inséparables : illuminés par la Parole, les sacrements se manifestent plus clairement comme le but d’un chemin où le Christ lui-même ouvre l’esprit et le cœur afin de manifester son œuvre de salut. Le Christ Jésus, à travers l’Écriture Sainte, frappe à notre porte ; si nous écoutons et ouvrons la porte de notre esprit et celle de notre cœur, alors Il entrera dans notre vie et demeurera avec nous.

La Parole de Dieu relate l’histoire du salut dans laquelle Dieu parle et agit pour aller à la rencontre de tous les hommes, pour les sauver du mal et de la mort.

Aussi, celui qui se nourrit chaque jour de la Parole de Dieu se fait, comme Jésus, contemporain des personnes qu’il rencontre ; il n’est pas tenté de tomber dans des nostalgies stériles du passé ni dans des utopies désincarnées vers l’avenir.

L’Écriture Sainte provoque douceur et amertume à l’égard de celui qui l’écoute. La douceur de la Parole de Dieu nous pousse à la partager avec ceux que nous rencontrons au quotidien pour leur exprimer la certitude de l’espérance qu’elle contient. L’amertume, au contraire, est souvent offerte lorsqu’on saisit à quel point il nous est difficile de vivre la parole de manière cohérente. Ou lorsqu’elle se voit même refusée d’être touchée du doigt parce qu’elle n’est pas considérée comme valable pour donner sens à la vie. Il est donc nécessaire de ne jamais s’accoutumer à la Parole de Dieu, mais de se nourrir de celle-ci pour découvrir et vivre en profondeur notre relation avec Dieu et avec nos frères.

Une autre provocation provenant de l’Écriture Sainte concerne la charité. Constamment la Parole de Dieu rappelle l’amour miséricordieux du Père qui demande à ses enfants de lui ressembler, de vivre dans la charité. La vie de Jésus est l’expression parfaite de cet amour divin qui ne retient rien pour lui, mais qui s’offre à tous sans réserve.

Le Saint-Esprit transforme la Sainte Écriture en une Parole vivante de Dieu, vécue et transmise dans la foi de son peuple saint. Nous sommes conviés à avoir confiance en son action : elle continue à inspirer l’Eglise lorsqu’elle enseigne la Parole de Dieu, lorsque le Magistère l’interprète authentiquement et quand chaque croyant en fait sa règle de vie.

Aussi comprend-on que le Saint Père invite les communautés chrétiennes à refaire l’expérience faite par Israël, au retour d’exil. Le peuple s’est alors réuni pour écouter la Parole de Dieu et son commentaire par le prêtre Esdras. Les communautés chrétiennes, elles aussi, doivent trouver le moyen de vivre le dimanche de la Parole de Dieu comme un jour solennel. Il est conseillé, lors de l’eucharistie, d’introduire le texte sacré, de manière à rendre évidente à l’assemblée la valeur normative que possède la Parole de Dieu. Il sera utile de souligner sa proclamation et d’adapter l’homélie pour mettre en évidence le service rendu à la Parole du Seigneur. Le pape conseille également, en ce dimanche, d’instituer au lectorat ou à un ministère similaire, pour rappeler l’importance de la proclamation de la Parole de Dieu dans la liturgie. Il est fondamental, en effet, de faire tous les efforts nécessaires pour former certains fidèles à être de véritables annonciateurs de la Parole avec une préparation adéquate. Tout comme il l’a fait sur la Place Saint-Pierre et comme on l’a vu réalisé aussi sur le parvis de la Cathédrale de Bayonne lors d’une journée diocésaine, François invite les prêtres de paroisse à remettre de la Bible, ou de l’un de ses livres, à toute l’assemblée, afin de faire ressortir l’importance d’en continuer la lecture dans la vie quotidienne, de l’approfondir et de prier avec la Sainte Écriture.

Cet accueil a d’ailleurs une importance œcuménique. Outre le fait qu’il s’agit d’une richesse partagée par toutes les confessions chrétiennes, la Parole de Dieu indique à ceux qui se mettent à son écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique. La Bible, en effet, appartient, avant tout, au peuple convoqué pour l’écouter et à se reconnaître dans cette Parole. La Parole de Dieu unit les croyants. Elle en fait un seul peuple.

Les pasteurs ont donc la grande responsabilité d’expliquer et de permettre à tous de comprendre l’Écriture Sainte. Puisqu’elle est le livre du peuple, ceux qui ont la vocation d’être ministres de la Parole doivent ressentir avec force l’exigence de la rendre accessible à leur communauté.

L’homélie, en particulier, revêt une fonction tout à fait particulière. Destinée à faire entrer en profondeur dans la Parole de Dieu, dans un langage simple et adapté, celui qui écoute, elle est pour beaucoup de fidèles, l’unique occasion qu’ils possèdent pour saisir la beauté de la Parole de Dieu et la voir se référer à leur vie quotidienne. Aussi, faut-il prendre le temps de la préparer. Ce, dans une perspective contemplative. Méditation et prière à partir du texte de l’Ecriture rendent capable de parler avec son cœur pour atteindre celui des personnes qui écoutent, pour exprimer ce qui est essentiel et qui, reçu, produira du fruit.

Aux catéchistes, le Souverain Pontife fait un devoir de se renouveler à travers la familiarité et l’étude des Saintes Écritures. Elles pourront ainsi favoriser un vrai dialogue entre ceux qui les écoutent et la Parole de Dieu et les aider à grandir dans la foi.

Sur le chemin d’accueil de la Parole de Dieu nous accompagne la Mère du Seigneur. Elle est bienheureuse parce qu’elle a cru en l’accomplissement de ce que le Seigneur lui avait dit. Saint Augustin notera aussi : « Quelqu’un au milieu de la foule, particulièrement pris par l’enthousiasme, s’écria : Bienheureux le sein qui t’a porté. Et lui de répondre : Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. C’est comme dire : ma mère, que tu appelles bienheureuse, est bienheureuse précisément parce qu’elle garde la Parole de Dieu, non pas parce que le Verbe est devenu chair en elle et a vécu parmi nous, mais parce qu'elle garde la parole même de Dieu par qui elle a été créée, et qu’en elle Il s’est fait chair » (Comm. l’év. de Jn., 10, 3).

 Abbé Philippe Beitia

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