La méditation du jour de Mgr Aillet - Samedi 21 mars 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Samedi 21 mars 2020

 

Supplier Dieu de nous porter secours

Je suis impressionné de voir combien la Parole de Dieu nous rejoint dans l’actualité de notre vie présente, en ce Carême pas comme les autres. En ce troisième samedi, le prophète Osée nous exhorte encore à nous convertir : « Venez, retournons vers le Seigneur ! ». Et il ajoute : « Il a blessé, mais il nous guérira ; il a frappé, mais il nous soignera » (Os 6, 1). Sans doute Dieu ne peut pas vouloir le Mal, car lui qui est le « seul Bon » n’a pas idée du mal ; mais il le permet, respectueux des causes secondes qu’il a établies dans une certaine autonomie et qui régissent les interactions entre les créatures inanimés, et donc aveugles, et les créatures douées de liberté comme les anges et les hommes. En effet, comment Dieu, qui est « le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre » (1er article du Credo), pourrait-il être complètement étranger aux événements douloureux qui affligent l’humanité, comme cette pandémie qui se propage dans le monde entier ? Nous trouvons chez saint Augustin une ébauche de réponse à ce qui constitue le mystère du Mal : « Dieu permet le mal, parce qu’il est assez bon et puissant pour tirer le bien du mal lui-même ».

Alors, oui, comme dit le prophète Osée : « Il a blessé… il a frappé ». Il a frappé son Fils Jésus, qui exprimera la conscience claire qu’il a, dans sa Passion et sa mort sur la croix, non pas d’être le jouet aveugle d’un complot inique, mais d’accomplir librement la volonté de son Père : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup » (Mc 8, 31). Autrement dit, Dieu utilise, si je puis dire, les peines qui nous frappent et nous blessent pour que nous en tirions des leçons de conversion et de purification : « Venez, retournons à Dieu ! », car le Seigneur veut la fidélité et non le sacrifice (cf. Os 6,6).

L’évangile du pharisien et du publicain nous éclairent sur l’attitude spirituelle que le Seigneur attend de nous, à l’heure de l’épreuve. Le Pharisien, c’est celui qui se campe dans l’auto-suffisance, qui s’auto-justifie : il trouve sa justice dans ce qu’il fait de bien pour Dieu, jusqu’à exiger de Lui qu’il se complaise dans ses œuvres et le récompense de ses mérites. C’est le fameux « néo-pélagianisme » que le Pape François a dénoncé dans son exhortation apostolique Gaudete et exsultate, sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel : le néo-pélagien, c’est celui qui n’a pas besoin du secours de Dieu, qui se suffit à lui-même, qui s’appuie sur ses seules forces ou vertus humaines. La réalité des événements de notre vie est là pour nous démontrer l’erreur d’une telle attitude. Le publicain, au contraire, est celui qui reconnaît sa misère de pécheur et qui crie devant Dieu le besoin qu’il a de son aide et de son pardon. C’est l’attitude que le Seigneur attend de nous, dans les circonstances présentes.

Dans l’Office des lectures de ce matin, il y a le psaume 106 (numérotation latine utilisée dans la liturgie, 107 dans la Bible de Jérusalem) qui est d’une brûlante actualité ; il est une action de grâce à Dieu qui tire son peuple des crises qu’il traverse au cours de son histoire : « Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse : il envoie sa parole, il les guérit, il arrache leur vie à la fosse. Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes » (Ps 106, 19-21).

 

Puisse cette épreuve nous aider à retourner vers le Seigneur, à demander pardon pour nos péchés, à le supplier de nous porter secours. Alors nous « vivrons déjà du mystère de Pâques » (prière d’ouverture de cette messe), que le prophète Osée a salué de loin, quand il dit : « Après deux jours, il nous rendra la vie ; il nous relèvera le troisième jour : alors nous vivrons devant sa face » (Os 6, 2). En ce samedi, jour de la Vierge Marie, 5ème jour de notre neuvaine à l’Immaculée Conception, demandons-lui la grâce d’entrer dans cette attitude spirituelle de confiance et d’abandon.