La méditation du jour de Mgr Aillet - Lundi 23 mars 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Lundi 23 mars 2020

La foi peut tout

Après que la liturgie du 4ème dimanche de Carême, dit de Laetare, a ouvert une petite fenêtre sur la joie de Pâques, nous reprenons notre traversée du désert, les yeux plus que jamais fixés sur cet heureux dénouement. La liturgie de la Parole de ce 4ème lundi nous oriente en ce sens : « Je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé […] Car je vais recréer Jérusalem, pour qu’elle soit exultation, et que son peuple devienne joie […] On n’y entendra plus de pleurs, ni de cris » (Is 65, 17-19), nous annonce le prophète Isaïe. Nous sommes dans la troisième partie de son livre prophétique, qui s’apparente au deuxième, bien nommé « livre de la consolation d’Israël ». Le Psaume 29 a les mêmes accents d’espérance : « Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé. Quand j’ai crié vers toi, Seigneur, Seigneur tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse […] Tu as changé mon deuil en une danse. Que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce » (Ps 29, 2-4. 12-13). C’est un psaume qui annonce manifestement la Résurrection de Jésus. Et enfin, avec le second miracle qu’il accomplit à Cana de Galilée, Jésus inaugure les temps messianiques, dans une perspective eschatologique.

Nous poursuivons donc notre Carême avec saint Jean pour compagnon. Depuis ce lundi, jusqu’à la Pentecôte, à quelques exceptions près, comme la fête de l’Annonciation et certains jours de l’Octave pascale, on ne lit plus que l’Évangile selon saint Jean, le disciple bien-aimé, celui qui a posé sa tête sur la poitrine de son Maître et qui a saisi de l’intérieur le mystère de Jésus. Ici, il nous raconte la guérison miraculeuse du fils d’un fonctionnaire royal qui le supplie en ces termes : « Seigneur, descends avant que ne meure mon petit enfant ». Jésus lui dit : « Va, ton fils est vivant ». Et l’évangéliste ajoute : « L’homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il partit » (Jn 4, 49-50). Voyez comment le narrateur n’use d’aucun artifice. Les faits sont là, bruts, et l’essentiel demeure invisible : la parole de Jésus est efficace, mais ne se donne pas en spectacle, et c’est à distance qu’elle opère ; et Jésus, avec une acuité surnaturelle, discerne la foi qui habite le cœur de cet homme : il a cru à sa Parole !

La Parole de Dieu nous annonce aujourd’hui que le Seigneur a un projet de recréation pour nous, alors même que nous sommes abattus par l’épreuve que nous traversons collectivement, plongés dans l’incertitude de son dénouement. Croyons-nous vraiment à cette parole ? Faisons-nous lui confiance ? Sans doute la consolation qu’il promet à ceux qui croient passera par la Passion de Jésus et sa mort sur la Croix. Et en effet, c’est dans le livre de la Consolation d’Isaïe que se trouvent insérés les chants du Serviteur souffrant de Yahvé, figure prophétique du Christ crucifié. Mais précisément, la foi qui nous fait croire à sa parole, nous établit dans une relation personnelle d’amitié avec lui. Il s’agit d’être avec lui. Dans l’office des lectures de ce jour, le psalmiste met sur nos lèvres ces paroles : « Moi, je suis toujours avec toi, avec toi qui as saisi ma main droite. Tu me conduis selon tes desseins ; puis tu me prendras dans ta gloire » (Ps 72, 23-24). Comment ne pas voir dans ces versets l’annonce même de la Résurrection de Jésus qui est toujours avec le Père et qui s’abandonne à sa Volonté et à son dessein de salut qui passe par la Croix ? Profitons de ces journées de confinement pour faire l’expérience de la présence de Jésus, en particulier à travers un moment d’oraison silencieuse, où l’on entre dans la chambre intérieure de son cœur, où l’on ferme sur soi la porte à toutes ses inquiétudes et ses préoccupations, où l’on prie le Père qui est présent dans le secret et qui nous le revaudra (cf. Mt 6, 6).

Cet Evangile nous apprend encore que, si de manière ordinaire, Jésus agit par contact physique, il agit parfois à distance, comme ici. Ce peut être consolant aussi pour nous qui sommes privés, en ces temps, des moyens ordinaires de la grâce que sont les sacrements : en ces temps extraordinaires, Jésus nous rejoint par sa grâce, à distance. Mais « Seigneur, augmente en nous la foi ! » (Lc 17, 5).