La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi 24 mars 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi 24 mars 2020

Jésus, le médecin des âmes et des corps

En ce 4ème mardi du Carême, nous nous tournons vers le Christ, médecin des corps et des âmes. On sait combien les personnels soignants sont mobilisés en ces temps de crise sanitaire, parfois au risque de leur santé et même de leur vie, auprès de malades qui affluent dans les hôpitaux. Dans l’Evangile, comme on le voit encore aujourd’hui, Jésus a eu une prédilection pour les malades qui venaient à lui pour être guéris. L’Eglise, à sa suite, a toujours eu soin des malades : c’est elle qui a fondé les premiers hôpitaux, souvent appelés « Hôtel-Dieu ». Mais avec Jésus, elle ne se contente pas de prendre soin des corps, elle prend soin des âmes ! Le curé, dont le nom vient de « cura animarum », c’est précisément celui qui prend soin des âmes. L’homme, cependant, est « un de corps et d’âme », c’est pourquoi il faut prendre soin, et des corps et des âmes.

Jésus, qui a exercé une réelle compassion pour les malades, affligés dans leur corps, nous enseigne aussi à voir dans la maladie le signe d’un mal plus grave encore, celui du péché qui blesse nos âmes et les paralyse, à l’instar de ce paralytique qui attendait que quelque bonne âme le plonge dans l’eau de la piscine de Bethzatha, dès qu’elle bouillonnerait. Mais c’était toujours trop tard pour lui. Saint Augustin, glosant sur l’âge de ce paralytique, 38 ans, et s’appuyant sur la symbolique du chiffre 40 – les 40 ans de la traversée du désert ou les 40 jours de notre Carême : le temps d’une génération, le temps d’une vie, car il n’en faut pas moins pour se convertir –, dit qu’il manquait à ce paralytique les deux préceptes de l’amour pour que son âme soit en pleine santé.

La fine pointe de cet évangile, c’est qu’il n’est point besoin pour lui d’être plongé dans la piscine de Bethzatha. Comme pour l’aveugle-né de dimanche dernier, invité à se laver dans la piscine de Siloé, seul Jésus peut le guérir. Il est celui d’où a jailli l’eau vive qui assainit tout sur son passage. « Veux-tu être guéri ? », demande-t-il à ce paralytique, comme pour susciter en lui un vrai désir. Et de lui commander : « Lève-toi, prends ton brancard et marche. Et aussitôt, l’homme fut guéri » (Jn 5, 6-9). Et pour que nous comprenions bien que cette guérison du corps signifie une guérison plus profonde encore de l’âme par la rémission des péchés, il lui dira, lorsqu’il le retrouvera dans le Temple : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire » (Jn 5, 14). Autrement dit, il y a un lien, entre les peines que nous supportons, ici-bas la maladie et la mort, et le péché. Dieu se sert de ces peines pour nous avertir et nous appeler à la conversion, pour nous éviter quelque chose de pire, à savoir la damnation éternelle. L’appel à la conversion est la première expression de sa Miséricorde.

Il est facile de montrer comment la première lecture, tirée du livre d’Ezéchiel, nous fait entrer encore plus profondément dans le mystère de Jésus qui se déploie dans cette guérison miraculeuse du paralytique. La vision prophétique d’Ezéchiel qui voit l’eau jaillir du côté droit du Temple vers l’Orient, annonce la source qui jaillira du côté transpercé du Christ en croix, lui qui est le véritable Orient, c’est-à-dire le soleil levant, d’où nous vient le Salut. Jean sera précisément le témoin, au pied de la croix, de la blessure du côté de Jésus, d’où il sortit du sang et de l’eau (Jn 19, 34). Le cœur de Jésus blessé par nos péchés n’en dégage aucune amertume, comme on pourrait le comprendre à vues humaines, mais il n’exhale au contraire que miséricorde et pardon, signifiés efficacement par l’eau du baptême et le sang de l’Eucharistie ! Un mince filet d’eau qui deviendra, selon la vision d’Ezéchiel, un torrent infranchissable, assainissant tout sur son passage et faisant fructifier toutes sortes d’arbres fruitiers. C’est l’Eglise, sacrement universel du salut, dont l’œuvre grandit au fur et à mesure qu’elle poursuit son pèlerinage sur la terre, entre les persécutions du monde et les consolations de Dieu.

Dans un commentaire du livre du Lévitique, où il est écrit : « Il prendra le sang du taureau et en aspergera avec le doigt le côté oriental du propitiatoire » (Lv 16, 14), Origène affirme : « L’aspersion du sang vers l’orient ne doit pas vous paraître un détail inutile. C’est de l’orient que vient la propitiation. C’est de là que vient l’homme dont le nom est Orient, qui est devenu le médiateur entre Dieu et les hommes. Par là vous êtes donc invités à toujours regarder vers l’orient, où se lève pour vous le Soleil de justice, où la lumière apparaît toujours pour vous ; ainsi vous ne marcherez jamais dans les ténèbres et ce dernier jour ne vous saisira pas dans les ténèbres » (Homélie sur le Lévitique). Voilà pourquoi, durant l’Eucharistie nous sommes tournés vers le Seigneur, dans le Mystère de sa mort et de sa Résurrection : il est notre Orient, avec lui le Soleil se lève toujours dans nos vies !

Et nous, voulons-nous vraiment être guéris de la paralysie de notre cœur, si peu enclin à aimer Dieu et notre prochain ? Alors levons les yeux vers celui que nous avons transpercé (cf. Jn 19, 37) et demandons-lui de guérir nos corps et nos âmes !