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La méditation du jour de Mgr Aillet - Mercredi 25 mars 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Mercredi 25 mars 2020

Me voici pour faire ta volonté

Nous célébrons aujourd’hui la solennité de l’Annonciation du Seigneur. C’est la fête de l’Incarnation, c’est-à-dire de la conception du Verbe fait chair dans le sein virginal de Marie, par l’action de l’Esprit Saint : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). C’est donc éminemment une fête du Seigneur et en même temps, inséparablement, une fête mariale : car si Dieu est passé par Marie pour venir jusqu’à nous, comme le dit saint Louis-Marie Grignon de Montfort, il faut que, nous aussi, nous passions par Marie pour aller jusqu’à Dieu !

Il faut bien saisir ce Mystère de l’Incarnation dans toute sa hauteur et sa profondeur. Il ne s’agit pas aujourd’hui, comme à Noël, de nous attendrir sur le petit Jésus de la crèche, mais d’entrer de plain-pied dans le drame de la Rédemption. Toute notre attention est attirée, en effet, par ces paroles du psalmiste que l’auteur de l’épitre aux Hébreux met dans la bouche du Verbe, en entrant dans le monde : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté » (Ps 39, 7-9 ; He 10, 5-7). Jésus est venu dans le monde pour accomplir la Volonté de son Père ; et la Volonté de son Père c’est de nous sauver, à travers un sacrifice d’expiation pour le péché, qui rend caduques tous les sacrifices de l’ancienne loi : « Et c’est grâce à cette volonté, que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes » (He 10, 10).

Dans sa contemplation du Mystère de l’Incarnation, au début de la deuxième semaine des Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola écrit : « Me rappeler l’histoire de ce que j’ai à contempler ; c’est, ici, comment les trois personnes divines regardaient toute l’étendue ou la circonférence du monde entier, pleine d’hommes, et comment, en voyant qu’ils descendaient tous en enfer, elles décident en leur éternité que la deuxième personne se ferait homme pour sauver le genre humain. Et ainsi, quand la plénitude des temps fut venue, elles envoient l’ange saint Gabriel à Notre-Dame ». Voyez comme l’enjeu est grave. Et il est toujours actuel.

Saint-Michel Garicoïts, ce grand saint basque qui fonda la société des Pères de Bétharram dans notre diocèse, disait que le « Me voici » du Christ, en entrant dans le monde, est le premier acte du Sacré-Cœur : c’est tout l’amour de son Cœur qui s’exprime dans sa disponibilité totale à offrir sa vie en sacrifice pour accomplir la volonté salvifique de Dieu son Père. Ce qui lui inspira cette si belle devise : « Me voici, sans retard, sans réserve, sans retour, par amour pour la volonté de mon Dieu ».

Ce qui est remarquable encore, c’est que le « Me voici -Ecce » du Christ n’est rendu possible, dans le temps, que moyennant le « Me voici -Ecce » de la Vierge Marie : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » (Lc 1, 38). Mais c’est le « Me voici » du Christ qui suscite mystérieusement le « Me voici » de Marie : ils sont simultanés, ils sont inséparables. Le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie sont étroitement unis : c’est la nouvelle Eve, que Dieu a créée de toute éternité pour qu’elle soit l’aide qui soit assortie au Nouvel Adam (cf. Gn 2, 18) ! Le Fiat de Marie ne cessera de grandir, tout au long de ce que saint Jean Paul II appelle son « pèlerinage de foi » sur la terre, et il s’accomplira pleinement au pied de la Croix, lorsque l’annonce de l’Ange – « Il sera grand, il sera appelé le Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera pour toujours sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 32-33) – semblera totalement contredite par les faits ! Alors le « Ecce venio ut faciam voluntatem tuam » de Jésus, et l’« Ecce ancilla Domini, Fiat mihi secundum verbum tuum » de Marie seront parfaitement unis pour faire la volonté du Père, et donc pour s’unir dans l’unique offrande sacrificielle du Christ pour le Salut du monde ! Marie est vraiment, à un titre éminent, unique et singulier, Co-Rédemptrice universelle et Médiatrice de toutes grâces.

C’est le sens de notre consécration aujourd’hui aux deux Cœurs unis de Jésus et de Marie. Il ne s’agit pas d’un acte magique ou de simple dévotion : c’est un acte profondément théologal ! Alors que le monde continue d’aller vers sa perdition, par l’oubli de Dieu, ayant bien souvent échangé le Créateur pour les créatures (cf. Rm 1, 18-32) – et, encore une fois, nous devons discerner dans les peines qui nous affligent un appel du Seigneur à nous convertir –, Dieu continue d’envoyer son Fils par Marie pour nous sauver : c’est cela, la bonne nouvelle de la fête de l’Annonciation ! Et nous sommes appelés à entrer dans cette Volonté de Salut du Seigneur.

Voilà pourquoi nous voulons renouveler le « Me voici » de notre consécration baptismale. Nous sommes convaincus que notre prière pour les victimes de l’épidémie et leurs familles, pour les soignants et les chercheurs, pour obtenir du Ciel un puissant secours dans l’épreuve, est liée à notre engagement renouvelé à faire la Volonté du Seigneur. A Lourdes, la Vierge Marie n’est pas venue d’abord pour la santé des malades, elle est venue, attristée par nos péchés, pour nous appeler à la conversion : « Pénitence, pénitence, pénitence pour les pécheurs », a-t-elle martelé devant la petite Bernadette, lui demandant de « prier pour la conversion des pauvres pécheurs ». L’intercession que nous lui demandons avec foi pour toutes les souffrances de l’humanité, doit être accompagnée par un acte de repentir et d’adhésion renouvelée à la volonté du Seigneur dans notre vie. C’est le sens que nous voulons donner à note Consécration aux deux Cœurs unis de Jésus et de Marie.

Ce soir, quand les cloches sonneront à 19 h 30, nous y repenserons : la fonction des cloches, c’est d’appeler à la prière ; notre prière ne sera féconde que si elle est associée à un vrai désir de conversion, qui passe par la détestation du péché et par un amour renouvelé de Dieu et de notre prochain. C’est le sens de l’Indulgence plénière que le Pape François a décidé d’accorder aux victimes du coronavirus, aux soignants et à nous tous, en ces circonstances si particulières.

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