Revenez à Dieu de tout votre cœur

Revenez à Dieu de tout votre cœur

Editorial de Mgr Marc Aillet dans la revue diocésaine "Notre Eglise" du mois d'avril 2020

A l’heure où j’écris ces lignes, nous venons d’entrer dans le confinement imposé à tous par le Gouvernement français, et lorsque vous me lirez, il est fort probable que cette mesure aura été prolongée. Cette catastrophe sanitaire semble nous avoir pris de court, elle nous a secoués dans nos vies parfois insouciantes, et nous avons du mal à en apprécier la réalité dramatique, jusqu’à ce que nous soyons frappés dans nos proches ou que les images des hôpitaux débordés nous rejoignent… Un climat d’inquiétude, voire d’angoisse saisit beaucoup de nos concitoyens désemparés. D’autres peinent à prendre la mesure des restrictions imposées par le Gouvernement qui martèle à juste titre : « restez chez vous, ne sortez que pour l’indispensable », tant il est vrai que seule la limitation des interactions sociales peut, à vues humaines, limiter la propagation d’un virus dont la contagiosité est extrême.

Pour participer à cet effort de solidarité nationale, nous avons dû nous aussi annuler nos rassemblements et nos assemblées eucharistiques. D’aucuns nous en feraient le grief, en nous reprochant notre manque de foi. Mais la foi, qui doit en effet rester intacte – d’ailleurs il ne nous est pas demandé par les autorités légitimes de notre pays qui ont compétence en matière sanitaire d’apostasier notre foi –, ne nous dispense pas de recourir à la raison, laquelle a fait des progrès indéniables dans l’ordre de la prophylaxie, de la recherche et du soin. Selon l’adage bien connu de saint Ignace de Loyola : « Agir comme si tout dépendait de nous ; prier en sachant que tout dépend de Dieu » !

En même temps que nous prenons au sérieux les préconisations de distanciation sociale et de confinement qui nous sont imposées par les circonstances, en signe précisément de solidarité et, pour nous, de charité chrétienne, dans le seul objectif de protéger nos concitoyens, à commencer par les plus fragiles et les plus vulnérables, nous nous organisons pour intensifier notre vie de prière. Et par les nouvelles technologies, nous restons « connectés » : que d’initiatives ont fleuri ces dernières semaines pour offrir aux fidèles, confinés chez eux, des moyens de continuer à se rassembler, même virtuellement, pour prier le chapelet, participer à l’Eucharistie, méditer la Parole de Dieu, se former, suivre des cours de catéchisme pour les enfants… Combien de chaînes téléphoniques se sont constituées pour apporter aux plus isolés et aux plus âgés un peu de soutien et de réconfort. Sans compter la disponibilité des prêtres, dans les limites de la prudence, qui restent attentifs aux malades, aux familles en deuil, et continuent d’offrir le sacrement de pénitence et de réconciliation…

Sans doute, nous devons être admiratifs devant les personnels soignants qui se dévouent jusqu’à l’épuisement auprès des malades qui affluent dans les services de réanimation. Mais nous croyons aussi en la puissance de la prière et de la pénitence pour obtenir la fin de la pandémie. C’est ce que le Pape François a demandé expressément, lors d’un mini-pèlerinage qu’il a fait à Rome devant l’icône de la Vierge Marie, Salus populi romani – Salut du peuple romain, à la Basilique Sainte-Marie Majeure, et devant un Crucifix, réputé miraculeux, en l’église Saint Marcel. Il a demandé que « le bras du Seigneur » arrête cette pandémie ! C’est notre prière insistante en ces jours, par l’intercession toute-puissante de la Vierge Marie, salut des malades !

Nous voulons donner du sens à cette épreuve. C’est un appel providentiel à une vraie conversion de nos modes de vie. Nous sommes appelés à une plus grande sobriété dans les moyens, les déplacements, les rythmes qui encombrent nos existences, exposées souvent à l’insouciance, l’étourdissement et l’extériorité superficielle. Le ralentissement de la vie sociale, avec ses multiples interactions, est une invitation pressante à distinguer entre l’urgent et l’essentiel, et à nous recentrer sur les relations courtes au sein de nos familles. Un appel aussi à la vie intérieure, par la méditation personnelle, mais aussi par la mise en place d’une « liturgie domestique », à l’instar des premiers chrétiens qui priaient clandestinement dans leurs maisons, pour en faire de véritables « domus ecclesiae », des maisons-églises !

En toute cas, c’est toute une idéologie libérale-libertaire, qui a évincé Dieu de l’horizon des hommes, au nom de la science et de la toute-puissance de la liberté individuelle érigée en absolu, qui semble s’effondrer sous nos yeux. Nos contemporains en tireront-ils les leçons ? Reviendront-ils au Seigneur leur Dieu ? Et nous-mêmes, sans juger quiconque, mais au contraire en intercédant nuit et jour pour eux tous, sommes-nous assez abandonnés au Seigneur ? Croyons-nous assez en la puissance de la prière et de la pénitence ? C’est aussi une charité que nous devons à tous ceux qui sont écrasés par l’épreuve que nous traversons. Alors que nous montons vers Pâques, nous croyons que seul Jésus, crucifié et ressuscité, peut donner un sens ultime à la souffrance des hommes. C’est notre foi et notre espérance. Vivons ce temps dans une confiance inébranlable en Celui qui n’abandonne pas son peuple et disons avec le psalmiste : « Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse, de chants de délivrance, tu m’as entouré » (Ps 31, 7).