La communion spirituelle

La communion spirituelle

Les catholiques qui, du fait des circonstances, sont actuellement privés de l'Eucharistie, sont invités à s'unir au Seigneur et à son Sacrifice rédempteur en faisant une "communion spirituelle", mais de quoi s'agit-il ?

C'est à cette question que répond cet article, tiré d'un ouvrage de 1863 intitulé "La Communion spirituelle", dont l'auteur, le R.P. Justin Etcheverry, de la Compagnie de Jésus, était originaire du diocèse de Bayonne.

Nous remercions la revue bimensuelle "L'Homme Nouveau" du 28 mars 2020 de nous avoir permis de redécouvrir ce texte et de le publier.

 

Voici comment le saint Concile de Trente [définit la communion spirituelle], session XIII, chapitre VIII : « Ceux-là reçoivent l’Eucharistie par une Commuion seulement spirituelle, qui, se nourrissant par le désir de ce Pain céleste placé devant eux, en sentent le fruit et l’utilité en vertu de cette foi vive que la charité rend féconde. » […]

La Communion sacramentelle, c’est plus que l’union étroite de deux amis qui s’embrassent, plus que l’union de l’époux et de l’épouse ; la Communion spirituelle est assurément autre chose aussi que l’union qui peut s’opérer entre deux cœurs, par la pensée, l’affection et le souvenir. [Nous] savons que Celui qui est amour dépasse infiniment tout ce que peuvent rêver les imaginations les plus riches et les cœurs les plus ardents ; et soyons heureux d’entendre l’Église nous dire que lorsque nous communions spirituellement, nous sommes nourris par le désir de ce Pain céleste, et qu’en vertu de la foi que la charité rend féconde, nous en sentons le fruit et l’utilité. […]

Et qu’on ne pense pas qu’il s’agit ici de l’union seulement avec la Divinité ; elle s’opère, nous l’avons dit en commençant, par la grâce sanctifiante ; elle grandit et se resserre par tous les actes de vertu et par tous les élans du saint amour. Celle dont nous parlons est plus complète ; c’est notre être tout entier qui s’unit mystérieusement à l’Homme-Dieu tout entier ; c’est l’Eucharistie que nous recevons spirituellement avec tous ses dons et ses effets. Nous sommes alors unis à Jésus par une grâce spéciale venue de l’Eucharistie : aussi les actes de notre Commuion spirituelle doivent s’adresser à Jésus dans l’Eucharistie. Notre acte de foi s’applique à la présence de Notre-Seigneur dans le Sacrement de l’autel ; notre espérance est le désir confiant de recevoir l’auteur même de la grâce ; notre amour s’attache à l’Homme-Dieu dans le mystère qui est ici-bas la plus haute expression de sa charité. Il est nécessaire que ces sentiments aient leur caractère ainsi déterminé, pour produire la Communion spirituelle, telle que nous venons de la faire connaître ; ce que du reste nous allons expliquer davantage dans l’exposition de la méthode.

Puisque la Communion spirituelle supplée à la Communion sacramentelle, il faut qu’elle en devienne la fidèle copie et soit calquée sur elle en tout ce qui la précède, l’accompagne et la suit. Elle a donc aussi sa préparation, sa réception et son action de grâces.

Préparation : Il faut d’abord l’état de grâce. Un cœur qui serait dans les liens du péché mortel doit au préalable s’occuper de briser ses chaînes et de retourner par le repentir au Dieu qu’il a délaissé ; jusqu’à ce qu’une réconciliation entière soit accomplie, il ne saurait prétendre à ces effusions intimes qui sont réservées au plus tendre amour. D’ailleurs, il n’y songe pas, il ne peut pas y songer. […] Placée dans l’état de grâce qui est déjà l’union avec Dieu, l’âme procède aux actes de foi, d’amour, de désir, d’humilité, qui vont l’unir parfaitement à l’Homme-Dieu. Un acte de foi la transporte auprès du tabernacle ; elle s’incline, elle adore. Il est donc là, toujours présent, toujours enfermé pour nous, ce Dieu que les élus contemplent dans ses éternelles splendeurs ; il est là, humble et voilé, mais aussi grand que dans les cieux. […]

Réception : Voici le moment de l’union : que toutes nos puissances spirituelles y soient employées. Notre imagination, notre mémoire, notre cœur sont riches ; si riches, que nous avons souvent de la peine à nous défendre contre l’invasion de leurs dangereuses rêveries. Les fantaisies affluent, les fantômes se succèdent ; c’est tout un monde qui vit devant nous avec tous les charmes et toutes les tentations de la réalité ; car, quel est celui pour qui la fécondité des pensées n’est pas un tourment de chaque jour ? Sanctifions ces facultés si vives, si agissantes, en les appliquant à des idées divines et aux élans du saint amour. [Il] nous faut dilater toute notre âme pour y recevoir l’hôte divin ; une fois reçu, nous l’embrasserons dans les étreintes d’une respectueuse tendresse ; et nous demeurerons un instant dans cette ravissante joie de la possession, qu’exprime si bien l’Épouse des Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi, et moi je suis à lui. » (Cant. cant., II, 16)

Action de grâces : Cependant il faut, non pas se séparer (les cœurs qui s’aiment ne se séparent jamais), mais interrompre ces jouissances saintes. Ici-bas les bonheurs, même les plus purs, ne peuvent durer qu’un instant. Ils reviendront bientôt sans doute, mais pour finir bien vite encore et se succéder comme des degrés d’ascension vers le Ciel.

Remercions Jésus ; qu’il soit béni d’avoir honoré d’une si grande visite l’âme qui n’est que son humble servante et qu’il élève à la dignité de son épouse. Il a resserré les liens de sa tendresse que chaque divin contact rend plus intime et plus douce ; il nous a donné un baiser de sa bouche (Cant. cant., I, 1), et ce baiser mystérieux nous a laissé une empreinte vive et un suave souvenir.

Nous nous retirons heureux ; et, au milieu de ce monde dont nous entendrons encore la voix, au sein de ces travaux que nous allons reprendre, dans la carrière accoutumée qu’il nous faut encore parcourir, ce souvenir nous restera pour entretenir notre immortel amour. Nous pourrons, comme expression de notre reconnaissance, nous servir de quelques-unes des belles prières que l’Église adresse à son Époux du tabernacle.

 

 

Annexe:  Prière pour la communion spirituelle du cardinal espagnol Rafael Merry del Val (1865-1930) proposée par le pape François:

« À tes pieds, ô mon Jésus, je me prosterne

et je t’offre le repentir de mon coeur contrit qui s’abîme dans son néant

en ta sainte présence.

Je t’adore dans le sacrement de ton amour, l’Eucharistie.

Je désire te recevoir dans la pauvre demeure que t’offre mon coeur ;

dans l’attente du bonheur de la communion sacramentelle,

je veux te posséder en esprit.

Viens à moi, ô mon Jésus, pour que je vienne à toi.

Puisse ton amour enflammer tout mon être pour la vie et pour la mort.

Je crois en toi, j’espère en toi, je t’aime. Ainsi soit-il. »