La méditation du jour de Mgr Aillet: jeudi 26 mars 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet: jeudi 26 mars 2020

Regarder d’abord Dieu et non pas soi-même

Le thème de la liturgie de ce jour pourrait bien être indiqué par l’antienne d’ouverture de cette messe : « Soyez dans la joie, vous qui cherchez Dieu. Cherchez le Seigneur et sa force, sans vous lasser, recherchez son visage ». Cette antienne fait écho à la lecture brève de l’office de Tierce de ce jour : « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche » (Is 55, 6). Le temps du Carême est le temps favorable pour chercher Dieu, tant qu’il se laisse trouver. C’est peut-être l’aspect positif de ce confinement – par ailleurs le lieu de bien des angoisses – que de nous donner plus de loisir pour chercher Dieu. Et c’est vrai que nous faisons l’expérience, comme le Peuple hébreu dans sa traversée du désert, que Dieu n’est pas immédiatement à notre portée. Nous sommes tellement habitués, dans une société de consommation un peu insolente, à ce que tout soit à notre portée : c’est tellement vrai que, dans cette période de restriction qui nous est imposée, nous sommes parfois comme en état de manque. C’est le cas, au plan spirituel, lorsque Dieu semble se cacher : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? » (Ex 17, 7). Avouons que la situation difficile que nous traversons pourrait bien nous arracher cette interrogation.

Au fond, nous sommes impatients et donc inconstants, parce que, encore une fois, cette société de consommation nous a habitués à avoir tout, tout de suite ! C’est l’impatience des Hébreux qui peinent à voir Dieu dans leur épreuve, malgré les signes qu’il leur a donnés, en leur faisant passer la mer rouge à pied sec, en leur donnant la manne et les cailles, en faisant jaillir l’eau du rocher. Ils ont besoin de se fabriquer un Dieu qui soit à leur portée et voilà qu’ils se prosternent devant un veau d’or ! La colère de Dieu envers son Peuple n’est au fond que l’expression d’un Père qui aime tellement ses enfants qu’il est irrité de les voir prendre le chemin de la perdition. C’est aussi une clé de lecture des peines que nous souffrons et que Dieu permet. Moïse est ici l’intercesseur qui annonce prophétiquement Celui qui fera monter vers le Ciel la grande intercession à même « d’apaiser le visage du Seigneur son Dieu » (cf. Ex 32, 11), le Christ, « Lui qui est toujours vivant pour intercéder en notre faveur » (He 7, 25).

Nous trouverons la paix et le sens de nos épreuves, si nous cherchons vraiment Dieu. « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître » (Jn 1, 18). C’est tout le sens profond de l’Evangile selon saint Jean, et en particulier du passage que nous venons d’entendre. Jésus est le Révélateur du Père. Nous ne pouvons pas connaître Dieu, sans passer par lui. C’est justement ce qu’il essaie de faire comprendre aux juifs qui ne veulent pas le reconnaître comme l’Envoyé du Père. De guerre lasse, il décline devant eux tous les témoins qui parlent en sa faveur : il y a eu d’abord Jean-Baptiste ; mais il y a plus grand que Jean-Baptiste : car la lampe qui brille ne saurait rivaliser avec la lumière du jour ! Il y a les œuvres qu’il accomplit et qui témoignent que son Père l’a envoyé : les signes, les miracles qu’il a donnés ; je pense en particulier aux signes messianiques annoncés par le Prophète Isaïe et qu’il fera connaître à Jean Baptiste pour le délivrer de la perplexité dans laquelle il sera plongé au fond de son cachot de Machéronte : « Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu : « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés » (Lc 7, 22). Et puis il y a les Ecritures : vous les scrutez, mais vous ne voyez pas qu’elles ne parlent que de moi ! Jésus est, à la fois, le sens ultime de toutes les Ecritures et leur véritable exégète.

Encore faut-il écouter Jésus avec confiance : « Moi je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas » (Jn 5, 43), dit-il aux juifs. Si nous écoutons la parole de Jésus, alors nous comprendrons les Ecritures qui resteront voilées à ceux qui n’ont pas l’amour de Dieu en eux (cf. Jn 5, 42). Chez saint Jean, nous verrons combien le témoignage des Ecritures a d’importance : les signes que Jésus leur donnera de sa Résurrection arracheront à Jean cette confidence, après avoir constaté le tombeau vide : « Il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon les Ecritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 8-9).

Demandons au Seigneur la grâce de nous détourner des idoles que nous nous fabriquons – à commencer par nous-mêmes et l’image enjolivée que nous voulons donner de nous-même –, nous qui pourrions bien mériter le reproche de Jésus aux juifs : « Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ? » (Jn 5, 44). Que ce confinement nous aide à regarder d’abord Dieu et non pas nous-même, et à scruter les Ecritures, avec Jésus, lui qui est toujours vivant auprès de nous, et qui nous parle au cœur.