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La méditation du jour de Mgr Aillet - Samedi 28 mars 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Samedi 28 mars 2020

Seigneur, tu nous adresses un appel à la foi

La liturgie de la Parole de ce jour confirme que nous sommes bien entrés dans le temps de la Passion : tous les éléments sont en place pour nous préparent à vivre la Passion de Jésus, sa mort sur la croix et sa résurrection. Il y a d’abord le prophète Jérémie, aux prises avec le complot qui se trame contre lui. Il se décrit même comme « un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir » (Jr 11, 19), figure prophétique du Christ souffrant qui est précisément, selon le témoignage de Jean Baptiste, « L’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29), « l’agneau sans défaut et sans tache » (1 P 1, 19) de l’Exode (cf. Ex 12, 5), choisi, précieux, pour être offert en sacrifice d’expiation pour le péché. Et en même temps que nous avons les yeux fixés sur la Passion, nous sommes déjà orientés vers l’Espérance de la résurrection. En cela l’antienne d’entrée, qui donne sa tonalité à toute la liturgie du jour, tirée du Psaume 17, est très significative : « Les flots de la mort m’étreignaient, les torrents infernaux me happaient ; dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur. Lui qui me retire du gouffre des eaux, il m’a libéré, car il m’aime » (Ps 17, 5-6. 7a. 20b) : la passion et la mort nous orientent vers la Résurrection.

C’est bien l’esprit de la magnifique méditation que le Pape François, lors de cette étonnante et émouvante célébration hier soir sur la Place Saint-Pierre vide, nous a offerte sur l’Evangile de la tempête apaisée (cf. Mc 4, 35-41). Alors que nous sommes aux prises avec une tempête inattendue, que nous sommes désemparés par la vague qui menace de nous submerger, la Pape François nous ancre dans l’espérance : « Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec Jésus à bord, on ne fait pas naufrage ».

En commentant, de manière répétitive, le reproche de Jésus, réveillé de son sommeil par les disciples apeurés – il fait remarquer que c’est la seule fois dans l’Evangile que l’on voit Jésus dormir –, « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4, 40), il affirme : « Seigneur, tu nous adresses un appel, un appel à la foi qui ne consiste pas tant à croire que tu existes, mais à aller vers toi et à se fier à toi. Durant ce Carême, ton appel urgent résonne : ‘Convertissez-vous’, ‘Revenez à moi de tout votre cœur’ (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de notre vie vers toi, Seigneur, et vers les autres ». Nous sommes appelés à la foi qui consiste à choisir le Christ, venir à lui, engager notre vie pour lui, lui faire confiance quelles que soient les épreuves de notre vie.

C’est le sens du drame qui se trame dans l’Evangile que nous venons d’entendre. Ils sont nombreux, parmi le peuple, ceux qui sont les sympathisants du Christ, qui sont prêts à la reconnaître comme le Messie : « Les uns disaient : ‘C’est vraiment lui, le Prophète annoncé !’ – en Galilée, on appelait le Messie : le Prophète ou le grand Prophète – D’autres disaient : ‘C’est lui le Christ !’ ». D’aucuns exprimaient leur perplexité : « Le Christ peut-il venir de Galilée ? L’Ecriture ne dit-elle pas que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que viendra le Christ » (Jn 7, 40-42), ils croyaient en effet que Jésus était né en Galilée. Au fond, ils ne mettaient pas en doute son identité messianique, mais ils avaient de bonnes raisons de ne pas s’engager pour lui, sans doute la peur des Chefs du Peuple. Certains, pour se faire bien voir de leurs chefs, voulaient même l’arrêter, mais ils ne purent le saisir. Les gardes eux-mêmes, que les Grands Prêtres et les Pharisiens avaient envoyés au Temple, pour l’arrêter à la première incartade, lui rendaient témoignage : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? », « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » (Jn 7, 45-46). Et de se faire vertement tancés par leurs Chefs, ces sachants et ces puissants qui abusaient de leur pouvoir et n’avaient que mépris pour le menu peuple. A la pusillanimité de ces hommes qui sont prêts à croire en lui mais qui ont de bonnes raisons de ne pas s’engager – peut-être nous aussi ? –, fait face la capacité d’intimidation et de manipulation des chefs du Peuple qui parviendront le vendredi saint à soulever la foule contre lui, au cri de « Crucifie-le, crucifie-le ! », la même foule pourtant si enthousiaste lors de son entrée triomphale à Jérusalem, même si elle se trompait sans doute de messianisme.

Nous sommes invités en ce temps d’épreuve à choisir le Christ, à croire vraiment en lui, c’est-à-dire à croire qu’il est vraiment présent dans la barque de notre vie, même secouée par la tempête, à nous engager pour lui, à réorienter toute notre vie vers Lui et vers les autres. Comme le dit encore le Pape François : « la prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes ».

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