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La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi 31 mars 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi 31 mars 2020

« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage »

La prière d’ouverture ou collecte de cette messe du 5ème mardi de Carême nous rejoint alors que nous sommes entrés dans le temps de la Passion et que nous approchons de la fête de Pâques : « Seigneur, donne-nous la grâce de persévérer dans ta volonté, afin qu’au long des jours, le peuple dévoué à ton service augmente en nombre et grandisse en sainteté ». On y fait manifestement allusion aux catéchumènes adultes qui sont dans la dernière étape de leur préparation aux sacrements de l’Initiation chrétienne et qui, par le Baptême, vont augmenter le nombre des élus ; mais aussi au peuple des baptisés que nous sommes, appelés, en ce temps de perfection chrétienne qu’est le Carême, à grandir dans la sainteté. Il y ici a un mot qui résonne particulièrement pour nous, en ce temps de confinement, avec les incertitudes et les inquiétudes qu’il génère, c’est le mot « persévérer ». Nous pourrions bien être tentés par le découragement, à l’instar du peuple Hébreu, dans le livre des Nombres, qui « perdit courage » et « récrimina contre Dieu et contre Moïse : ‘Pourquoi nous avoir fait monter d’Egypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés par cette nourriture misérable » (Nb 21, 4-5). L’antienne d’entrée oriente la liturgie de ce jour dans le même sens : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur » (Ps 26, 14).

C’est alors que devant ce peuple incrédule, à la nuque raide, Dieu laisse éclater sa colère : « Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël » (Nb 21, 6). Là aussi, l’Ecriture sainte nous enseigne qu’il y a un lien entre nos infidélités envers Dieu et les peines que nous souffrons, où Dieu se met en colère, contre le péché et non contre le pécheur, comme nous l’avons vu pour la femme adultère : s’il condamne le péché, il ne condamne pas l’homme ; et s’il n’est pas la cause directe du mal qui nous advient, il le permet pour nous appeler à la conversion et faire miséricorde. Pour cela, il suscite même un médiateur pour intercéder en notre faveur : Moïse est ici la figure de celui qui est « le seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus » (1 Tm 2, 5).

Dans l’épreuve qui nous afflige aujourd’hui et qui pourrait même nous conduire au découragement, il y a une espérance : pour les Hébreux, c’est le serpent de bronze dressé sur un mât : « Tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! » (Nb 21, 8). Pour nous, c’est le Christ en Croix, dont le serpent brûlant était la figure prophétique. En effet, dans l’Evangile, face aux juifs incrédules qui ne veulent pas le reconnaître comme l’Envoyé du Père et à qui il prédit : « Vous mourrez dans vos péchés » (Jn 8, 24), Jésus annonce sa Passion en ces termes : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS » (Jn 8, 28). Révélation sublime de sa divinité : il n’hésite pas à s’attribuer le Nom divin, celui que Yahvé a révélé à Moïse, dans le buisson ardent : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : ‘Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est JE-SUIS’ » (Ex 3, 14). Si ses détracteurs seront confondus à l’heure de cette révélation, d’autres ouvriront les yeux sur l’identité divine de Jésus et confesseront leur foi, comme ce centurion romain qui était là en face de Jésus, élevé sur la croix, et dont saint Marc nous dit : « Voyant comment il avait expiré, il déclara : ‘Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15, 39).

Jean, qui sera le témoin privilégié de la mort de Jésus sur la croix, et en particulier de la blessure de son côté transpercé, se rappellera la prophétie de Zacharie (cf. Za 12, 10), que nous lisons aujourd’hui dans la lecture brève des Laudes : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37). C’est en lui que nous trouvons notre force et que nous reprenons courage. Il n’y a pas de victoire sans combat ; et si nous combattons avec lui, alors nous aurons la Vie. Jésus ne dit-il pas lui-même : « Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable » (Jn 8, 29). Rappelez-vous la première oraison du temps du Carême : nous demandions la grâce de « savoir commencer saintement, par une journée de jeûne, notre entraînement au combat spirituel » (Collecte du Mercredi des Cendres). Peut-être que nous n’avions jamais mesuré de manière aussi existentielle la teneur de cet entraînement qu’est le temps du Carême, qu’en cette année, en ces circonstances si particulières. Fixons donc les yeux sur Jésus, que nous avons transpercé par nos péchés, persévérons dans la Volonté de Dieu, et nous aurons la guérison, la vie, la résurrection.

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