Message de Pâques de Mgr Marc Aillet

Message de Pâques de Mgr Marc Aillet

LE CHRIST EST VAINQUEUR !

Cette année, la fête de Pâques sera vécue par les chrétiens d’une manière inhabituelle, douloureuse même pour certains. Pour la première fois, nous ne pourrons pas rassembler les fidèles dans nos églises, pour cause de pandémie. C’est la contribution des catholiques à un effort de solidarité nationale demandé à tous les citoyens par ceux qui président au Bien commun de la société, en vue de protéger les plus fragiles et de soutenir les personnels de santé qui luttent dans des services hospitaliers souvent surchargés.

Il reste que la joie pascale risque d’être obscurcie par les situations de détresse qui font désormais partie de notre quotidien. Et ma pensée va premièrement aux malades et à leurs familles, plongés parfois brutalement dans des situations d’aggravation ou de décès. Puis elle va vers les personnels soignants qui se dévouent généreusement au service des patients. Nous n’oublions pas les autres acteurs  de la vie sociale en ses premières nécessités, moins en première ligne : les enseignants qui continuent leur travail par le téléenseignement ou qui accueillent dans leurs établissements les enfants des soignants ; les policiers et les gendarmes qui font respecter les consignes de sécurité sanitaire, en essuyant parfois bien des incivilités ; les agriculteurs, les transporteurs et les commerçants qui assurent la stabilité de notre approvisionnement alimentaire ; les éboueurs qui nous évitent bien d’autres difficultés sanitaires… Mais aussi la grande majorité des citoyens qui se plient avec discipline aux exigences du confinement, malgré des conditions pas toujours optimales. Les catholiques ont à cœur de porter toutes leurs intentions dans une prière domestique renforcée et manifestent ainsi leur compassion aux victimes et à leurs familles, leur solidarité envers les personnels soignants : et je ne doute pas que cette prière si intense, sans être bruyante, atteint le cœur de Dieu et touche silencieusement l’intime de ceux qui ont le plus besoin de soutien et de réconfort.

« Même les plus noirs nuages ont aussi leur frange d’or » ! C’est ainsi que cette épreuve suscite bien des initiatives au service des autres : multiples démarches d’entraide entre particuliers ou de solidarité organisée envers les plus démunis ; créativité foisonnante des entreprises privées qui cherchent à pallier les carences et les imprévoyances des pouvoirs publics… Le Pape François, dans son homélie du dimanche des Rameaux, les a appelés les « vrais héros » : « Chers amis, regardez les vrais héros qui apparaissent ces jours-ci : ce ne sont pas ceux qui ont renommée, argent et succès, mais ceux qui se donnent eux-mêmes pour servir les autres ».

Les prêtres n’en sont pas moins restés mobilisés : s’ils ne peuvent plus rassembler les fidèles dans nos églises, ils gardent le lien avec leurs paroissiens, en particulier les plus âgés et les plus isolés. Ils célèbrent quotidiennement la Messe, plus conscients que jamais de s’unir au Christ « Toujours vivant pour intercéder en faveur des hommes » (He 7, 25). Et là où le confinement aurait pu nous faire courir le risque de la dispersion, c’est semble-t-il le contraire qui se produit. Des liens de communion profonde unissent nos fidèles dans l’Eglise, grâce aux médias audio-visuels, à l’internet et aux nouvelles technologies qui nous permettent de rester « connectés » et d’offrir à distance des messes en direct, des temps de prière ou de catéchèse, étonnamment fréquentés. Je pense en particulier à cette émouvante célébration présidée à Rome par le Pape François, le vendredi 27 mars, sur une place Saint-Pierre vide, avec des millions de téléspectateurs et d’internautes à travers le monde.

A l’approche de Pâques, alors que nous nous unissons à la Passion du Seigneur qui nous rejoint avec une particulière actualité cette année, nous cherchons à ressaisir dans la foi le sens de cette épreuve. Si Dieu, qui est Tout-Puissant, permet que nous soyons exposés à la souffrance, c’est précisément parce qu’il est assez bon et puissant pour tirer le bien du mal lui-même ! Comme le Pape, en commentant l’évangile de la Tempête apaisée, l’écrivait : « Durant ce Carême, Seigneur, ton appel urgent résonne : ‘Convertissez-vous’, ‘Revenez à moi de tout votre cœur’ (Jl 2, 12). Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. C’est le temps de réorienter la route de notre vie vers Dieu et vers les autres » (Méditation du 27 mars).

Nos contemporains sauront-ils tirer les leçons de cette pandémie ? C’est toute une conception de la vie et du monde qui est bouleversée : là où l’homme moderne, grâce aux prouesses indéniables de la science et de la technique, nourrissait la prétention de tout maîtriser, de faire reculer même indéfiniment les frontières de la mort, de plus en plus occultée, un simple virus, particulièrement contagieux et agressif il est vrai, vient briser ce rêve, et la mort s’invite à nouveau de manière obsessionnelle dans notre quotidien. La « mondialisation heureuse », portée par l’idéologie politico-financière qui préside aux destinées des nations et qui a transformé le monde global en un immense marché qui ne profite qu’à une minorité de sachants et de puissants, semble voler en éclats et révéler plus encore les fractures sociales et les injustices qu’elle génère. Là où, au nom des critères de l’utile et du rentable, il ne fait pas bon être vulnérables, ce qui a suggéré au Pape François l’expression de « culture du déchet » - multiples atteintes à la dignité inviolable de la personne humaine, depuis sa conception jusqu’à sa mort naturelle, à commencer par la plus fragile -, tous se trouvent confrontés à ce qui fait la vulnérabilité native de l’homme. N’est-il pas en effet urgent de revenir à Dieu de tout notre cœur ?

C’est dans ce contexte de crise sanitaire qui touche la planète entière et oblige l’humanité à ralentir son train de vie aux rythmes endiablés, que résonnera, cette année, l’annonce de Pâques ! Dieu n’abandonne pas son peuple ! Comme l’homme avait perdu son amitié en se détournant de lui, Dieu ne l’a pas abandonné au pouvoir de la mort.  Ainsi, Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme dans le sein virginal de Marie, par l’action de l’Esprit Saint, a assumé notre condition humaine en toutes choses, excepté le péché. Il s’est livré lui-même à la mort et, par sa résurrection, il a détruit la mort et renouvelé la vie. Sûrs de la victoire du Christ sur la mort et le péché, nous nous tournons vers lui avec confiance et « Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage » (Pape François). Demandons au Seigneur de réveiller notre foi pascale, véritable immunité pour affronter l’adversité ! C’est notre espérance que nous voulons partager avec tous : « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

Saintes et joyeuses fêtes de Pâques !

 

Ecouter le message :

Lire et écouter le message en basque : Bazko Mezua euskaraz.

 

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