La méditation du jour de Mgr Aillet - Dimanche de Pâques 12 avril 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Dimanche de Pâques 12 avril 2020

Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité !

Cette nuit, nous avions le témoignage de Matthieu pour entrer dans la célébration de la Résurrection du Seigneur. Ce matin, c’est le témoignage de Jean. Sans doute Matthieu a tellement compressé les événements qui ont entouré le jour de la Résurrection que tout n’est pas restitué de manière très claire. Il faut l’exactitude chronologique de Jean pour que le message nous atteigne plus clairement. Jean nous parle d’abord de Marie-Madeleine se rendant au tombeau de bon matin, elle est sans doute accompagnée par d’autres saintes femmes, comme nous le dit saint Matthieu, et saint Jean le confirme puisqu’il lui fait dire : « et nous ne savons pas où on l’a déposé » (Jn 20, 2) ; mais le quatrième Evangile a mis le focus sur la Madeleine, qui apparaît aussi comme un personnage de premier plan chez saint Matthieu (cf. Mt 28, 1). Marie-Madeleine a constaté le tombeau vide ; dans sa surprise, elle n’a pas vérifié en détail l’intérieur du tombeau et, pas un instant, elle n’a pensé à la Résurrection : elle court trouver Simon-Pierre et Jean qui sont confinés dans la même maison, peut-être un pied-à-terre de la famille Zébédée à Jérusalem, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau » (Jn 20, 2). On sent bien que les saintes femmes comme les apôtres ne savent pas très bien comment qualifier ce qui se passe, ce qui n’en souligne que mieux la crédibilité de leur témoignage.

A cette nouvelle, Simon-Pierre et Jean courent au tombeau, Jean court plus vite que Pierre, sans doute parce qu’il est plus jeune et alerte, mais les Pères de l’Eglise aiment à penser que c’est parce que son cœur est plus aimant ! Quand Jean arrive, il voit les linges posés à plat, mais il n’entre pas : remarquez la déférence de Jean vis-à-vis de Pierre, qui atteste de la Primauté que Jésus a donnée à Pierre, admise dès le début par les autres disciples, et pourtant Pierre est le Renégat, celui qui a renié son Maître ! Quelles que soient les limites intellectuelles et morales de Pierre, il est le Premier, c’est le choix de Jésus, et ce sera vrai de tous ses Successeurs jusqu’à la fin du monde. Pierre voit plus de détails : « il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place » (Jn 20, 6-7). Les linges, c’est le linceul dans lequel on enveloppait le cadavre et qui correspond à ce que l’on appelle à tort le « Saint-Suaire de Turin » ; le suaire est manifestement ici cette bande de tissu ou cette mentonnière dont on entourait la tête, par-dessus le linceul, pour maintenir la bouche fermée. On ne dit pas ce que Pierre en pense, si ce n'est l’indication de Luc : « Il s’en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé » (Lc 24, 12).

Jean entre à son tour : « Il vit et il crut » (Jn 20, 8). Il vit lui aussi les linges posés à plat, affaissés sur place, qui ne sont plus gonflés par la présence du corps, et le suaire roulé à part, à l’endroit de la tête : il constate que les linges n’ont pas été dérangés. Dans la vivacité de son esprit, c’est pour lui un indice : il ne crut pas à cause de cet indice, qui demeure ce que les théologiens appellent « une évidence de crédibilité » – « il faut voir qu’il faut croire », affirme Saint Thomas d’Aquin dans son beau traité de la Foi –, tant la foi est un don de Dieu, une illumination directe de l’intelligence et du cœur par la grâce du Saint-Esprit. L’évidence de crédibilité dispose à croire, mais ne donne pas la foi. Encore faut-il qu’elle soit éclairée par la Parole de Dieu. C’est cela qui est important dans l’acte de foi de Jean ainsi rapporté. Il ajoute en effet : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 9).

C’est qu’il n’est pas encore question d’apparition. Jésus ne s’est pas encore manifesté, comme il le fera plus tard, en apparaissant aux saintes femmes et en particulier à Marie-Madeleine, puis à Simon-Pierre, puis aux disciples d’Emmaüs et enfin, en soirée, aux disciples, moins Thomas, réunis au Cénacle ! D’ailleurs, comme nous le dit saint Pierre, dans la première lecture : « Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa Résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 40-41). Et leur témoignage, qui nous atteint aujourd’hui, a été intégré à l’Ecriture, à la Parole de Dieu. Ce qu’il est important de retenir, en ce matin de Pâques, c’est la place prépondérante de la Parole de Dieu pour croire : « fides ex auditu », dit Saint Paul aux Romains, « la foi vient de ce que l’on entend » (Rm 10, 17). D’où l’importance pour vous, qui êtes privés des sacrements, de mettre la Parole de Dieu au centre de vos liturgies domestiques : scrutez ensemble l’Ecriture sainte, partagez la résonnance de la Parole de Dieu dans vos vies, car c’est l’écoute attentive de la Parole qui ouvre le cœur à la foi !

Vous comprenez bien que personne n’a été témoin de la Résurrection de Jésus : il n’est pas à proprement parler sorti du tombeau, il ne s’est pas levé en écartant les linges, comme on sort de son lit en dégageant la couette ! Il est sorti de l’espace et du temps, et son corps est entré dans un nouveau mode d’exister qui est le mode d’existence même de Dieu, il échappe désormais aux lois de la physique, son corps est devenu comme spirituel, il n’a plus les propriétés de notre corps physique. Et s’il apparaît à ces témoins privilégiés, c’est parce qu’il le veut bien, dans sa liberté souveraine : c’est de l’ordre du miracle, dans la mesure où il veut bien se montrer à eux, et c’est pour que leur témoignage nous atteigne par-delà les siècles.

Le Saint Linceul de Turin, dont une ostension exceptionnelle a eu lieu ce Samedi-Saint avec une prière émouvante pour demander à Jésus crucifié et ressuscité la fin de cette Pandémie, pourrait bien être une « évidence de crédibilité » pour le monde moderne. L’impression de ce corps, qui n’est pas seulement celle d’un cadavre, dont les marques correspondent de manière très étonnante à celle du crucifié, mais d’un corps en extension, demeure une énigme pour la science, toutes disciplines confondues. L’impression a-t-elle été produite par une explosion de lumière qui correspondrait bien à ce que l’on peut dire de la Résurrection souvent assimilée par la Tradition à une illumination, une transfiguration ? Mais cela ne dispensera jamais pour autant de poser un acte de foi qui ne peut venir que de Dieu.

Pour nous aider à accueillir le témoignage de l’Ecriture sainte, nous avons la Vierge Marie : elle a parfaitement écouté la Parole de Dieu, elle avait compris avant tous les autres que Jésus devait ressusciter d’entre les morts. Aussi, le samedi saint, elle est dans l’espérance, elle croit dans la résurrection de son Fils ! Etrangement, les évangélistes ne disent mot d’une quelconque apparition de Jésus ressuscité à Marie, sa Mère. Pas plus saint Jean que les autres, lui qui pourtant l’a reçue pour Mère, alors qu’elle se tient, douloureuse mais croyante, au pied de la Croix. Avec la Tradition, je veux croire qu’elle fut la première à avoir été visitée par son Fils ressuscité, au matin de Pâques. Mais je veux croire qu’à l’instant « t » de la Résurrection, dont nul n’a été témoin, Marie a eu le cœur brûlé par cette explosion de lumière et que cette brûlure est venue confirmer sa foi.

Demandons à la Vierge Marie de nous apprendre à écouter la Parole de Dieu pour ouvrir notre cœur et accueillir, dans une foi renouvelée, la présence du Christ ressuscité, pour comprendre qu’il est vivant, qu’il nous accompagne, qu’il nous réveille de nos torpeurs, de nos peurs, de nos inquiétudes, de nos angoisses, qu’il nous relève de la mort et de tout ce qui nous enferme dans la mort, à commencer par le péché. Et avec ferveur, redisons cette profession de foi qui a traversé les siècles, portée par tant de témoins à travers les âges : « Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité, Alléluia ! ».