La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi de Pâques (14 avril 2020)

La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi de Pâques (14 avril 2020)

Recherchez les réalités d’en haut

Comme vous le remarquez, l’octave de Pâques est centrée sur le Baptême. Sans doute, les baptêmes des adultes ont été reportés cette année, mais nous, nous avons rénové les promesses de notre baptême, où nous avons été mis au tombeau avec le Christ, où nous avons été ensevelis avec lui dans la mort pour ressusciter à une vie nouvelle. L’antienne d’ouverture orientait toute la liturgie de ce jour en ce sens : « Les baptisés peuvent s’appuyer sur le Christ, ils ne fléchiront pas, ils ne seront jamais déçus, alléluia ». Ce sont des paroles consolantes, alors qu’après un mois de confinement, nous avons appris hier soir que nous serons encore confinés jusqu’au 11 mai ! Mais nous sommes unis au Christ, nous pouvons nous appuyer sur lui et nous ne fléchirons pas ! Nous retrouvons le discours de Pierre après la Pentecôte qui proclame avec assurance la Résurrection du Seigneur et dont la prédication touche profondément le cœur de son auditoire qui l’interroge : « Frères, que devons-nous faire ? », et Pierre répond : « Convertissez-vous, et que chacun soit baptisé au Nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés » (Ac 2, 37-38). « Et ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux » (Ac 2,41).

Et puis dans l’Evangile, nous avons le merveilleux récit de l’apparition de Jésus ressuscité à Marie-Madeleine. Pierre et Jean viennent de constater le tombeau vide, comme les saintes femmes le leur avaient dit ; Jean « vit et cru », puis ils s’en retournèrent chez eux, perplexes : ils n’ont pas idée qu’ils pourraient voir Jésus ! Marie-Madeleine s’attarde près du tombeau, en larmes : « elle pleure comme une Madeleine », selon l’expression ! Elle se penche à l’intérieur du tombeau et elle n’est pas surprise le moins du monde par la présence de deux anges qui lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? », et elle de répéter sa rengaine : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé » (Jn 20, 13). Et elle, sans attendre la poursuite du dialogue, de se retourner vers l’extérieur du tombeau où elle aperçoit Jésus, « mais elle ne savait pas que c’était Jésus » (Jn 20, 14). On entre dans le mystère de la résurrection : si c’est bien son corps qui est ressuscité, il n’a plus les mêmes propriétés et si elle ne le reconnaît pas, ce n’est pas seulement parce que ses yeux sont embués de larmes. Le prenant pour le jardinier, la « belle jardinière » – qui donnera le nom à un grand magasin parisien, à côté d’un autre nom évangélique : la Samaritaine –, elle lui dit : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre » (Jn 20, 15). C’est alors que Jésus lui dit : « Marie » : à l’intonation de sa voix, elle se sent connue et aimée et elle reconnaît Jésus en celui qu’elle prenait, l’instant d’avant, pour un inconnu ! Jésus ressuscité se fait reconnaître plus par les yeux de la foi que par les yeux de la chair : elle se prosterne devant son Seigneur, et elle lui dit : « Rabbouni », ce qui veut dire « Maître », en araméen, avec une tonalité de familiarité et d’affection que n’a pas le mot Rabbi.

La réponse de Jésus est magnifique : c’est le fameux « Noli me tangere », qui signifie littéralement : « ne me touche pas » et qu’il vaut mieux traduire par : « Ne me retiens pas », car « je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17). Avant sa Passion, il avait dit à ses disciples : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32). Désormais, Jésus veut entraîner ceux qu’il appelle « ses frères » dans cette relation au Père qui caractérise son être de Fils – même s’il y a une différence : mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu –, il veut faire de nous, une communauté de frères – par le baptême, nous sommes devenus ses frères – et il nous attire dans cette grande communion d’amour ! D’une certaine manière, il dit à Marie-Madeleine : ne me retiens pas, tu n’es pas encore entrée dans ton cœur dans cette relation nouvelle ! Comme nous le dirons avec saint Paul aux Colossiens, dans l’antienne de communion : « Ressuscités avec le Christ, recherchons les réalités d’en-haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu, alléluia » (Col 3, 1). En cette octave de Pâques, tournons-nous résolument avec le Christ vers le Ciel !