La méditation du jour de Mgr Aillet - Mercredi 22 avril 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Mercredi 22 avril 2020

Le baptême, comme sacrement du Salut

L’Evangile nous apporte un nouvel éclairage sur le Baptême, comme sacrement du Salut. Nous savions déjà que le baptême d’eau et d’Esprit nous fait entrer dans le Royaume des Cieux et donc dans la vie même de Dieu. Mais pour faire de nous des enfants de Dieu, le baptême nous libère aussi et nous lave du péché originel, « originant » en nous des péchés personnels. Le Salut consiste précisément dans la rémission des péchés que Jésus nous a acquise par sa mort sur la croix. Il est manifeste que nous sommes ici dans ce contexte, si j’en crois le verset qui précède immédiatement le passage d’évangile que nous venons d’entendre et où Jésus déclare : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle » (Jn 3, 15), référence évidente à sa mort sur la croix.

Dieu, dans l’Ancien Testament, apparaît déjà comme un Dieu d’amour, mais l’avènement du Messie y est annoncé comme coïncidant avec le Jour de la colère de Dieu, c’est-à-dire le jour du Jugement dernier. L’austérité de la prédication du Baptiste va dans ce sens et sa perplexité à l’endroit des manières de Jésus vient de ce qu’il n’y voit pas l’accomplissement de ce Jour du Jugement attendu. La nouveauté absolue de l’Evangile, c’est que Dieu y révèle un parti-pris d’amour, si magnifiquement énoncé par Jésus : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3, 16). Cet amour est si grand, non seulement envers le Peuple de l’alliance mais envers l’humanité tout entière, celle que Jean désigne sous le vocable de « monde » et qui est précisément marqué par le péché et s’en va vers la perdition, que Dieu est prêt à donner, c’est-à-dire à livrer son Fils en sacrifice d’expiation pour le péché. Le Fils de Dieu a été envoyé dans le monde non pas pour juger, au sens de condamner le monde qui se perd, mais pour le sauver !

Au contraste entre le salut et le jugement, répond le contraste entre croire et ne pas croire. C’est qu’en effet, le baptême n’est pas un rite magique qui donnerait automatiquement le salut : encore faut-il que l’homme croie en Jésus. Jean ne parle jamais de la Foi, mais il utilise le verbe croire, pour souligner qu’il s’agit d’un acte, d’un engagement de l’homme : « Celui qui croit en lui échappe au jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu » (Jn 3, 18). Un nouveau contraste, familier de saint Jean, vient appuyer l’enjeu du salut, celui de la lumière et des ténèbres. Celui qui ne croit pas est déjà jugé, car il fait le mal et déteste la lumière, « mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu » (Jn 3, 21). Jésus suggère que lorsque nos œuvres sont mauvaises, nous ne voudrions pas qu’elles viennent à la lumière, de peur d’être dénoncés, et nous restons prisonniers des ténèbres. En revanche, il y a tout un chemin vers la lumière, lorsque l’on fait la vérité, c’est-à-dire que nos œuvres sont accomplies en union avec Dieu. Venir à la lumière pour grandir dans la vérité, c’est aussi exposer nos ténèbres au Seigneur dans le sacrement de pénitence et de réconciliation.

On trouve la même radicalité exprimée par saint Marc dans le mandat missionnaire du Christ : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné » (Mc 16, 15-16). C’est la mission de l’Eglise, dans la puissance de l’Esprit Saint, que d’annoncer l’Evangile du Salut au monde, comme on le voit dans les Actes des Apôtres où, après les avoir libérés de leur prison, l’Ange du Seigneur leur dit : « Partez, tenez-vous dans le Temple et là, dites au peuple toutes ces paroles de vie » (Ac 5, 20). Cette mission, à laquelle nous participons par la Confirmation, n’est pas facultative : il en va du Salut des âmes !