La méditation du jour de Mgr Aillet - Samedi 25 avril 2020 (fête de Saint Marc)

La méditation du jour de Mgr Aillet - Samedi 25 avril 2020 (fête de Saint Marc)

Marc, Evangéliste et auxiliaire des Apôtres Pierre et Paul : de la timidité au martyre !

Nous interrompons aujourd’hui la lecture que nous venons d’entreprendre du chapitre 6 de saint Jean, pour célébrer la fête de saint Marc, évangéliste, qui fut auxiliaire des Apôtres Paul et Pierre, successivement, et successeur des Apôtres, puisqu’il fonda l’Eglise d’Alexandrie où il mourut martyr. Il est salué comme le patron des chrétiens d’Egypte, qui sont nés de sa prédication, et nous en profiterons pour confier à son intercession les chrétiens d’Egypte et du Moyen Orient, et tous ceux qui maintiennent, parfois au péril de leur vie, la foi chrétienne en Terre d’Islam.

Nous devons à saint Marc le deuxième Evangile. C’est le plus bref : dans l’hymne des Laudes de sa fête, on l’appelle le « modicus libellus », « l’humble livret » ! Selon la Tradition, il y a consigné la prédication de Pierre à Rome, dont il a été comme le secrétaire. Son témoignage est donc de première main. Il rapporte l’essentiel des paroles et des actes de Jésus. On retrouve, dans son style très concret, la spontanéité et la ferveur de Pierre, qui devait bien être aussi la spontanéité de Marc. Il y a même dans son Evangile des éléments qui concernent la personnalité de Pierre et que Marc est le seul à relater, comme la guérison de l’aveugle-né de Bethsaïde, où Jésus s’y reprend à deux fois (Mc 8, 22-26) : sans aucun doute, Pierre, qui était de Bethsaïde, se sera reconnu a posteriori dans cet aveugle qui ouvre progressivement les yeux sur l’identité de Jésus. On note d’ailleurs que cette guérison précède immédiatement, en saint Marc, la profession de foi de Pierre à Césarée de Philippe.

L’Evangile de Marc est Kérygmatique, comme la prédication de Pierre : l’objectif est d’amener ses auditeurs à poser un acte de foi en Jésus. L’Evangile commence en effet par un acte de foi, celui de l’Evangéliste qui donne, pourrait-on dire le plan général du récit : « Commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu » (Mc 1, 1). La première partie de l’Evangile consistera en effet à présenter Jésus de Nazareth comme le Roi-Messie attendu, ce qu’il exprime en particulier en montrant comment Jésus exerce son autorité toute-puissante sur les démons. Et en effet, cette première partie s’achève avec la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ » (Mc 8, 29). La seconde partie, construite comme une unique montée de Jésus à Jérusalem, est centrée sur la Passion, la mort et la Résurrection, ce qu’on appellera le Kérygme des apôtres et pour lequel le genre Evangile a été précisément élaboré. Elle culmine dans l’acte de foi du Centurion romain, que rien ne semblait disposer à croire : « Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : ‘Vraiment, cet homme était Fils de Dieu’ » (Mc 15, 39). L’épilogue consiste dans l’envoi en mission des apôtres dont la prédication est appelée à conduire à la foi : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui refusera de croire, sera condamné » (Mc 16, 15-16).

La première lecture, tirée de la première épitre de Pierre, où il appelle Marc son « fils » (cf. 1 P 5, 13), décrit bien la personnalité de Marc : « Et vous tous, les uns envers les autres, prenez l’humilité comme tenue de service. En effet, Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce » (1 P 5, 5). Il semble que Marc était un homme humble, peut-être même effacé, à qui convenait bien un rôle de second. Au début, il fut même peut-être un homme peu courageux, soumis à la peur. Certains commentateurs ont voulu le voir, mis en scène par lui-même, dans le jeune homme qui s’enfuit tout nu, au moment de l’arrestation de Jésus : « Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu » (Mc 14, 51-52). Marc est d’ailleurs le seul à relater ce fait.

Dans les Actes des Apôtres, lorsque Barnabé demandera à Paul de pouvoir emmener avec eux son cousin, Jean, surnommé Marc – qui était de Jérusalem et dont la mère, Marie, était bien connue des Apôtres pour avoir accueilli Pierre dans sa maison –, pour la deuxième grande mission de Paul, celui-ci refusa, car il les avait abandonnés lors d’une précédente mission pour retourner à Jérusalem (Ac 13, 13), peut-être précisément par manque de courage (cf. Ac 15, 37-38). Cela nous invite à ne pas juger des faiblesses de nos frères, car si Marc ne fut pas courageux au départ, au contact de Paul et surtout de Pierre à Rome, il semble qu’il s’affermit pour devenir finalement martyr pour le nom du Christ. Et Pierre qui semblait si fort et courageux, sera celui qui malgré sa présomption renia son Maître ! On raconte que, lors de l’incendie de Rome et de la persécution de Néron, Pierre, fuyant Rome, rencontrera Jésus ressuscité sur la Via Appia en direction de Rome et lui demandera : « Quo vadis, Domine ?  - Où vas-tu, Seigneur ? », et Jésus lui aurait répondu : « Je vais à Rome pour me faire crucifier une seconde fois », ce qui enjoignit Pierre à retourner à Rome pour y subir le martyre ! Quelles que soient nos forces ou nos faiblesses de tempérament, la force de notre témoignage vient toujours de notre abandon confiant entre les mains du Seigneur.

L’Evangile nous appelle à prêcher l’Evangile avec audace. Prions pour que, lorsque nous quitterons le confinement, comme les Apôtres à la Pentecôte, nous puissions sortir pour annoncer l’Evangile à toute la création. Confions-nous à l’intercession de saint Marc pour cela. Et je me confie particulièrement à votre prière, pour que Marc, mon saint patron, m’obtienne d’être libéré de mes peurs et de me convertir pour annoncer l’Evangile avec courage à mes frères.