La méditation du jour de Mgr Aillet - Lundi 27 avril 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Lundi 27 avril 2020

Croire en celui qui donne la nourriture de la vie éternelle

Il y a d’abord la lecture continue des Actes des Apôtres, avec Etienne, le « protomartyr », c’est-à-dire le premier témoin, qui versera son sang pour le nom de Jésus. Il est frappant de voir comment le serviteur n’est pas au-dessus du maître (cf. Jn 15, 20), comme Jésus l’avait annoncé dans les discours après la Cène : Etienne se trouve confronté aux mêmes détracteurs que lui, qui sont obligés de présenter des faux-témoins, tant ils sont incapables « de résister à la sagesse et à l’Esprit qui le faisaient parler » (Ac 6, 10). On trouve là une belle illustration de ce que Jésus enseignait à Nicodème à propos de celui qui est né du souffle de l’Esprit (cf. Jn 3, 8). Etienne est tellement rempli du Saint-Esprit, que les juifs assistent même à une petite transfiguration, qui n’est pas sans ressemblance avec celle de Jésus devant ses apôtres : « Tous ceux qui siégeaient au Conseil suprême avaient les yeux fixés sur Etienne, et ils virent que son visage était comme celui d’un ange » (Ac 6, 15).

Et puis nous commençons aujourd’hui à méditer sur le Discours du Pain de Vie, qui a été introduit par saint Jean avec le récit de la multiplication des pains. Jésus est rejoint par les foules qui se sont lancées à sa recherche, depuis qu’ils ont été les témoins du miracle des pains. Nous sommes à Capharnaüm, à la synagogue et donc, vraisemblablement, un jour de sabbat. Il y a là un groupe de ceux qui voulaient « l’enlever pour faire de lui leur roi » (Jn 6, 15), mais aussi des pharisiens, des scribes, qui sont ses détracteurs. C’est ainsi que Jésus les provoque d’emblée : « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés » (Jn 6, 26) ; et de les exhorter à travailler « non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6, 27). Il leur reproche leur esprit matérialiste, leur exclusive préoccupation de bien-être, privée de recherche vraiment spirituelle, ce que nous retrouvons dans le consumérisme qui marque notre culture actuelle, fermée à la Transcendance.

Et il leur dit avec audace que cette nourriture qui demeure pour la vie éternelle, c’est celle que leur donnera le Fils de l’homme, « lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau » (Jn 6, 27), référence évidente à l’événement du Baptême du Jourdain, où il a reçu l’onction du Saint-Esprit. Il est le Messie : l’Esprit du Seigneur repose sur lui, d’après l’oracle messianique d’Isaïe qu’il s’attribuera sans hésitation dans la synagogue de Nazareth, s’attirant la fureur de ses compatriotes (cf. Lc 4, 14-30).

Et quand ils lui demandent, non sans agacement, « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? », il leur répondra : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29). Jésus se dévoile désormais sans retenue. Aux œuvres dans lesquelles les pharisiens trouvent leur justification, Jésus oppose l’œuvre de Dieu par excellence, « opus Dei » : croire en lui, comme Envoyé de Dieu.

Nous ne pouvons pas accueillir le Discours du Pain de vie, sans un acte de foi en Jésus. C’est le préalable obligé pour comprendre l’Eucharistie, Mysterium fidei – Mystère de foi par excellence.