La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi 28 avril 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi 28 avril 2020

Jésus est le vrai pain venu du Ciel pour donner la vie de Dieu aux hommes

 

Vous voyez, encore une fois, que le serviteur n’est pas au-dessus de son maître, comme Jésus le déclarera à ses disciples : « Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera vous aussi » (Jn 15, 20). Les détracteurs de Jésus, déjà dans la synagogue de Capharnaüm, sont les mêmes qui vont lapider Etienne. En écoutant ce récit, on ne peut pas s’empêcher de penser à ce que Jésus disait à Nicodème : « Si vous ne croyez pas quand je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? » (Jn 3, 12). Pour comprendre les choses du Ciel, il faut l’Esprit Saint. Etienne est tellement uni au Christ ressuscité et rempli de l’Esprit Saint qu’il est déjà au Ciel, il voit la gloire de Dieu et il déclare : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 56). La persécution n’a pas de prise sur lui, il est dans la parfaite imitation de Jésus dans sa passion et il prononce des paroles semblables à celles de Jésus sur la Croix : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (Ac 7 ; 59), inspirée du psaume 30 que nous avons médité : « En tes mains je remets mon esprit » (Ps 30, 6), que Jésus avait cité textuellement, en s’adressant quant à lui directement au Père, signe en tout cas qu’il priait les psaumes sur la Croix : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Et, tandis qu’on le lapidait : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » (Ac 7, 60), qui reprend la prière adressée par Jésus sur la Croix, implorant le pardon universel pour l’humanité pécheresse, à commencer par ses propres bourreaux : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Il faut noter ici la mention qui est faite pour la première fois de Saul, qui deviendra Paul, et qui, rempli de fureur contre les chrétiens, est témoin de cette scène de lapidation, mieux, nous dit saint Luc : « Il approuvait ce meurtre » (Ac 8, 1). Nous entrevoyons la fécondité magnifique du martyre d’Etienne qui obtiendra que Paul soit arraché au pouvoir des ténèbres pour devenir le grand Apôtre des Nations.

Nous poursuivons, dans l’Evangile selon saint Jean, la lecture du Discours du Pain de Vie. S’il y a là dans l’auditoire une partie de la foule qui a été impressionnée par la multiplication des pains et qui a reconnu en lui le grand Prophète annoncé, c’est-à-dire, suivant l’attente des juifs, le Nouveau Moïse, il y a là des détracteurs qui ont intérêt à empêcher ces foules de s’attacher à ce jeune Rabbi qui s’est attiré leur faveur par ce prodige. Aussi cherchent-ils à minimiser l’exploit : toi tu as multiplié de vulgaires pains d’orge, mais « Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Ecriture : ‘Il leur a donné à manger le pain venu du ciel’ » (Jn 6, 31). Et Jésus va leur répondre magistralement, n’hésitant pas, malgré leur cœur endurci, à s’élever dans la Révélation de lui-même : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde » (Jn 6, 32). Remarquez bien que Jésus parle au présent, pour bien montrer que cela se réalise sous leurs yeux. La manne, aussi miraculeuse et providentielle soit-elle, descendait du ciel terrestre, mais pas du ciel dont Jésus veut parler, en témoin privilégié : le vrai pain qui descend du Ciel, c’est-à-dire du monde de Dieu, c’est celui qui descend du Ciel et qui donne la vie au monde, c’est-à-dire la vie de Dieu ! C’est de lui-même que Jésus parle, revendiquant ainsi son identité divine : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6, 35). L’expression « Je suis », que Jésus utilise en diverses grandes circonstances – Je suis le Bon Pasteur, Je suis la Lumière du monde, Je suis la Vigne… –, évoque sans aucun doute le Nom divin « Yahvé », que Dieu a révélé à Moïse, au buisson ardent. Jésus a le pouvoir de rassasier et de désaltérer l’homme dans ses aspirations les plus profondes et ultimes. C’est une grande vérité qu’il enseigne ici. Reste à savoir de quelle manière il sera ce pain qui donne la vie de Dieu aux hommes.

Ce discours du pain de vie est d’autant plus actuel que nous sommes encore privés de l’Eucharistie et que nous aspirons à retrouver la messe. Nous attendons le discours du Premier Ministre qui doit dévoiler, cet après-midi, son plan de déconfinement. Prions pour que nous puissions avoir à nouveau accès aux célébration communautaires des sacrements dans nos églises, même s’il faudra prendre toutes les précautions sanitaires nécessaires. Et si la porte ne s’ouvre pas, il faudra faire entendre notre voix et monter au créneau, devant ce qui pourrait bien être une atteinte à la liberté socio-civique des cultes, et donc une grave injustice. Confions cette intention à Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, dont nous faisons mémoire aujourd’hui, qui fut au XVII°-XVIII° s. un missionnaire de la Très Sainte Vierge Marie, nous enseignant à nous consacrer totalement à Jésus par Marie : ad Jesum per Mariam, selon la belle spiritualité de l’Ecole française.