La méditation du jour de Mgr Aillet - Jeudi 30 avril 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Jeudi 30 avril 2020

Jésus : un "homme mangé" qui donne sa chair à manger

 

Dans les Actes des Apôtres, nous poursuivons le récit de l’aventure de l’Eglise apostolique qui, dans la puissance de l’Esprit de Pentecôte, répand l’Evangile. Après la prédication et la lapidation du diacre Etienne, voici la mission du diacre Philippe. C’est intéressant de noter que, si les diacres ont été institués par les Apôtres pour les soulager dans « le service des tables » (cf. Ac 6, 2), et ainsi pour se consacrer davantage à ce qui fait le cœur de leur mission apostolique, à savoir la prière, en particulier la prière liturgique, et la prédication, on voit bien que les diacres sont configurés au Christ Serviteur, certes prioritairement pour le service des pauvres, mais aussi pour être les auxiliaires des Apôtres dans la prédication et le service de la liturgie. Nous pensons aux diacres qui seront ordonnés prêtres, fin juin, dans notre diocèse, et aux diacres permanents de notre diocèse qui ont tous une mission dans l’ordre de la diaconie, c’est-à-dire du service de la charité.

Voyez comment Philippe est guidé en tout par l’Esprit Saint. On se souvient de ce que Jésus disait à Nicodème : « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit » (Jn 3, 8). Et l’on voit la liberté de Philippe, inspiré par l’Ange du Seigneur de rejoindre l’Eunuque de la Reine Candace d’Ethiopie qui s’en retourne de Jérusalem, où comme un « craignant-Dieu », c’est-à-dire un païen admiratif du Peuple juif, il est allé adorer Dieu. Celui-ci, juché sur son char, est en train de lire à voix haute un passage du livre d’Isaïe. Suit un dialogue des plus touchants qui annonce la mission, confiée à l’Eglise, d’instruire les catéchumènes : Philippe « lui demanda : ‘Comprends-tu ce que tu lis ?’ L’autre lui répondit : ‘Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ?’ » (Ac 8, 30-31). Comme Jésus avec les disciples d’Emmaüs, Philippe, « à partir de ce passage de l’Ecriture, lui annonça la Bonne nouvelle de Jésus » (Ac 8, 35). Et séance tenante, à sa demande, il le baptisa, après un si bref catéchuménat. Puis « l’Esprit du Seigneur emporta Philippe » (Ac 8, 39). Où l’on voit en effet la liberté de l’Esprit Saint qui conduit où il veut ceux qui sont nés de lui. Nous n’avons aucune raison de douter de la véracité et de l’historicité de ces faits rapportés par Luc, qui est un historien consciencieux.

Nous progressons aujourd’hui dans le Discours du Pain de vie. Les juifs viennent à peine de murmurer en disant : « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : ‘je suis descendu du ciel’ ? » (Jn 6, 42). Jésus ne prend pas la peine de leur révéler sa conception miraculeuse dans le sein virginal de Marie, mais il va à l’essentiel de la révélation de son Mystère, de son identité divine, toujours avec une grande humilité, en se référant au Père qui l’a envoyé, à qui il donne la primauté et avec lequel il revendique plus qu’une affinité : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire […] Quiconque a entendu le Père et reçu son enseignement vient à moi. Certes personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père » (Jn 6, 44-46). Autrement dit : vous avez beau être des spécialistes de l’Ecriture, si vous ne venez pas à moi, c’est que vous n’entendez pas la Parole de Dieu, sinon vous croiriez en moi !

Et de reprendre la comparaison qu’ils lui ont opposée plus haut, celle de la manne : « Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais le pain qui descend du ciel est tel que celui qui en mange ne mourra pas » (Jn 6, 49). Et c’est là que se trouve le tournant de tout le discours. Jusqu’à présent, il leur a dit qu’il était le pain qui descend du ciel, qui donne la vie de Dieu à ceux qui le mangent. Mais on pourrait le comprendre de manière imagée d’« un homme mangé » : en ce sens Jésus nourrit par son enseignement, par sa présence au milieu des hommes. Mais ce qu’il va dire ajoute au réalisme de son propos : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour la vie du monde » (Jn 6, 51). Il ne s’agit plus seulement, de manière symbolique, de manger sa parole, mais de manger sa chair : tout le réalisme de l’Incarnation est affirmé ici. Plus : il annonce sa Passion, car la chair donnée, cela veut dire : la chair livrée. Et les juifs ne s’y tromperont pas qui comprendront ces paroles dans le sens du vocabulaire sacrificiel qui leur est familier.

Demandons à Saint Pie V, dont nous faisons mémoire aujourd’hui, de nous introduire lui aussi dans la vérité du Mystère de l’Eucharistie. Son Pontificat fut bref (1566-1572), mais c’est lui qui promulgua le Catéchisme du Concile de Trente, qui définira le dogme de la Transsubstantiation, et le Missel Romain qu’il étendra à toute la chrétienté en signe d’unité. Il fut un ardent défenseur de la foi catholique et de la dignité de la liturgie. Son pontificat fut décisif pour la mise en œuvre du Concile de Trente.