Notre Oui à la Vie

Editorial de Mgr Marc Aillet - Notre Église n°45 - Février 2014

Avec le projet de loi discuté à l’Assemblée nationale à partir du 20 janvier, c’est le drame de l’avortement qui revient sur le devant de la scène. L’intention du législateur est de passer d’une loi de dépénalisation à la reconnaissance d’un véritable « droit », en supprimant la clause de détresse qui devait en garantir le caractère d’exception, au profit d’une simple convenance personnelle : « si la femme ne désire pas poursuivre sa grossesse ». Les évêques de France, par le biais du Conseil permanent, ont publié un communiqué clair et ferme sur cette nouvelle menace contre la vie naissante, tout comme ils ont contesté énergiquement l’annonce d’une loi sur la fin de vie qui conduirait à légaliser l’euthanasie active ou le suicide assisté.

Dans son exhortation apostolique La joie de l’Evangile, et plus particulièrement en abordant la dimension sociale de l’évangélisation et l’intégration sociale des plus pauvres, le Pape François nous a invités à prendre soin de toute fragilité. Parmi les situations de fragilité qu’il évoque, il s’étend plus longuement sur les enfants à naître, « qui sont les plus sans défense et innocents de tous ». Celui que la presse salue comme « le Pape François superstar » n’hésite pas à aller à contre-courant de la « culture du déchet » qui caractérise la mentalité moderne : « Fréquemment, pour ridiculiser allègrement la défense que l’Eglise fait des enfants à naître, on fait en sorte de présenter sa position comme quelque chose d’idéologique, d’obscurantiste et de conservateur ». Il ne faut pas s’attendre à ce que l’Eglise change de position sur cette question, martèle-t-il : « Ce n’est pas un progrès de prétendre résoudre les problèmes en éliminant une vie humaine ». Rejoignant le langage rugueux et prophétique de saint Jean-Baptiste, il s’exprime devant le Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège en des termes que l’on n’apprend pas vraiment à l’école des Nonces : « La seule pensée que des enfants ne pourront jamais voir la lumière, victimes d’avortement, nous fait horreur ». On y retrouve le langage sans concessions du Concile Vatican II dans la constitution pastorale Gaudium et spes, à propos du caractère sacré et inviolable de toute vie humaine : « L’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables » (n. 51).

Sans doute faut-il reconnaître aussi, comme l’affirme encore le Saint-Père, que nous n’avons pas assez fait  « pour accompagner comme il convient les femmes qui se trouvent dans des situations très dures », et où l’avortement se présente souvent comme la seule alternative à leur angoisse : pressées par le milieu, à grand renfort de moyens médiatiques et législatifs, elles sont contraintes, souvent contre leur gré, à éliminer le bébé qu’elles portent en elles, n’hésitant pas, dans la précipitation, à aller au-devant de souffrances et de traumatismes dont on mesure mieux aujourd’hui l’ampleur destructrice. Il faut non seulement prendre énergiquement la défense des enfants à naître, mais il convient de rejoindre les mamans en difficulté, en ne les privant pas de l’information sur les alternatives sociales à l’avortement, et en leur offrant une assistance concrète. Je ne saurais trop signaler, en ce sens, les initiatives de l’association Naissance et vie 64, mettant en place, sur Bayonne, des structures d’accueil et d’écoute, voire d’hébergement, pour les femmes enceintes en difficulté.

Le combat pour le respect de la vie n’est pas seulement un combat politique, je veux parler de la politique au sens noble du terme, « cette forme éminente de la charité », qui recherche le Bien commun, ce Bien que tous peuvent rechercher en commun car il garantit la dignité de toute personne humaine, sans exception, à commencer par la plus faible et la plus fragile. Mais il s’agit de la grande œuvre du Salut accomplie par le Christ, car derrière le drame de l’avortement, se cachent le « Mystère d’iniquité », dont parle saint Paul, et une multiplicité de complicités qui constituent le « péché du monde » dont le Christ Jésus est précisément venu nous libérer. Loin de condamner quiconque ou de désigner des coupables, « car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter » (Eph 6, 12), nous avons à désigner celui qui est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). La prise de conscience de « l’horreur » de l’avortement, qui se fait jour aujourd’hui en France comme en Espagne, en particulier chez les femmes et chez les jeunes, doit s’accompagner d’un vrai combat spirituel.

Comme le Bienheureux Jean Paul II l’affirmait devant les jeunes rassemblés à Czestochowa pour les Journées mondiales de la jeunesse en 1991 : « Je veille, cela veut dire : je m’efforce d’être un homme de conscience. Je n’étouffe pas cette conscience et je ne la déforme pas ; j’appelle le bien et le mal par leur nom, je ne les confonds pas ; j’accrois le bien en moi et j’essaie de corriger le mal, le surmontant en moi-même ». Engageons-nous dans ce combat par la prière et par l’action, réveillons en nous les forces morales et spirituelles que le Seigneur nous a communiquées par son Esprit, et la culture de vie fera reculer la culture de mort. Ne l’oublions pas : c’est par l’envie du diable que le péché est entré dans le monde et par le péché la mort. Mais le Christ a vaincu la mort et nous a donné la Vie.

+ Mgr Marc AILLET,
Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron.