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Bonne fête de l'Ascension !

Bonne fête de l'Ascension !

Le jeudi 21 mai 2020 est le jeudi de l'Ascension... Mais quel est le sens de l'événement que nous fêtons ce jour-là ? 

 

L’évangéliste saint Luc situe chronologiquement les évènements qui ont eu lieu après la mort et la résurrection de Jésus. Quarante jours après se produit l’Ascension. Et, le cinquantième jour après Pâques, l’Esprit vient sur la communauté réunie au cénacle. Dans sa pédagogie spirituelle, c’est cette perspective que l’Église a choisie dans sa liturgie.

Les premiers écrivains chrétiens, les Pères de l’Église, ont considéré que les quarante jours – s’agit-il d’ailleurs de quarante journées ? Il faut y voir sûrement, symbolisé par ce chiffre un temps relativement long où le Ressuscité s’est manifesté à ses disciples – n’étaient pas sans importance. De grands mystères y ont reçu leur confirmation, de grandes vérités y ont été révélées notera saint Léon le Grand. Et de citer la mission confiée par Jésus à Pierre de prendre soin du troupeau du Seigneur, d’évoquer les disciples d’Emmaüs qui ont eu la joie de rencontrer le Seigneur Ressuscité. Fondamentalement, ce temps était nécessaire. Pendant tout ce temps qui s'est écoulé entre la résurrection du Seigneur et son ascension, voilà – enseigne toujours saint Léon - de quoi la providence divine s'est occupée, voilà ce qu'elle a enseigné, voilà ce qu'elle a fait comprendre aux yeux et aux cœurs de ses amis : on reconnaîtrait que le Seigneur Jésus était vraiment ressuscité, lui qui vraiment était né, avait souffert et était mort vraiment. Aussi les bienheureux Apôtres et tous les disciples que la mort de la croix avait apeurés et qui doutaient de la foi en la résurrection furent-ils raffermis par l'évidence de la vérité ; si bien que, lorsque le Seigneur partit vers les hauteurs des cieux, ils ne furent affectés d'aucune tristesse, mais comblés d'une grande joie.

L’Ascension de Jésus revêt divers aspects.

Elle est le signe de la victoire du Christ sur toutes les puissances de mort. Elle manifeste – soulignera Grégoire de Naziance (329 - + 390) - qu’il est fort et puissant dans le combat, lui qui devait combattre l’ennemi qui tenait la nature humaine captive dans son esclavage, et renverser celui qui avait l’empire de la mort, de façon qu’après avoir vaincu cet ennemi terrible, il pût affranchir le genre humain afin de lui donner la liberté et la paix.

Elle signifie que la condamnation de l’homme à la mort, suite au premier péché est abolie : nous devons surtout considérer – écrit saint Grégoire le Grand (540 - + 604) -qu’en ce jour fut déchiré l’acte écrit de notre condamnation, et modifiée la sentence de notre corruption. Car cette même nature à laquelle il a été dit : « Tu es terre, et tu iras en terre », est allée aujourd’hui au ciel.

Grâce à l’Ascension, le don de l’Esprit Saint est possible. Jésus accomplit ce qui est écrit au psaume 67, 19 « Montant au ciel, il a conduit une captivité captive, il a donné des dons aux hommes ». En effet, montant au ciel – note toujours saint Grégoire - il a conduit une captivité captive, puisqu’il a anéanti notre corruption, par la vertu de son incorruption. Il a donné des dons aux hommes, car en leur envoyant d’en haut l’Esprit-Saint, il a accordé à l’un la parole de sagesse, à un autre la parole de science, à un autre la grâce de force, à un autre la grâce de guérison, à un autre diverses espèces de langues, à un autre l’interprétation des discours.

Tout cela est possible à cause de l’offrande au Père que Jésus, l’Homme nouveau, fait de lui-même sur la croix et dans la gloire. Son Père – notera saint Jean Chrysostome (344 ou 349 – 407) -attacha du prix à cette offrande, parce que d’une part un être si digne la lui offrait, et que d’autre part ce qui lui était offert n’était souillé par aucune tache. Il reçut cette offrande de ses propres mains, il voulut la faire participer à son trône, et qui plus est, l’y placer à sa droite.

Saint Augustin (354 – + 430) notera, de manière très réaliste, qu’un corps formé de terre est donc placé au plus haut des cieux ; des ossements, renfermés peu auparavant dans l’étroite enceinte d’un sépulcre, sont transportés dans l’assemblée des Anges ; une nature mortelle pénètre dans le sein de l’immortalité.

Tandis que saint Léon le Grand (v. 390 - + 461), contemplant Jésus dans sa gloire, dira : Certes, il y avait là une grande et ineffable cause de joie, alors qu’en présence de cette multitude sainte, une nature humaine s’élevait au-dessus de la dignité de toutes les créatures célestes, pour dépasser les chœurs angéliques, pour être élevée plus haut que les Archanges, et ne s’arrêter dans ses élévations sublimes que, lorsque reçue dans la demeure du Père éternel, elle serait associée au trône et à la gloire de Celui à la nature duquel elle se trouvait déjà unie en son Fils.

Mais, insiste saint Augustin, cette exaltation n’est pas un éloignement. Elle réalise déjà ce qui nous attend mais cela n’est pas pleinement réalisé : De même que lui est monté, mais sans s'éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu'il nous a promis ne s'est pas encore réalisé dans notre corps. Il a déjà été élevé au-dessus des cieux ; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu'il a crié du haut du ciel : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? »Et il avait dit aussi : « J'avais faim, et vous avez donné à manger ». Lui ne s'est pas éloigné du ciel lorsqu'il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s'est pas éloigné de nous lorsqu'il est monté pour revenir au ciel. Il était là-haut, tout en étant ici-bas.

Tout en partageant la gloire du Père, Jésus continue à descendre aux enfers. Le Christ reste présent à l’histoire des hommes, à ses drames, à ses souffrances, à sa mort. Il n’est pas de situation dramatique où le Christ ne soit présent mystérieusement. Il y a là un enseignement et une invitation pour l’Eglise. Savent-ils les chrétiens – note le Père Pierre-André Liégé – qu’en respectant et en aimant l’homme dans la logique de Dieu, ils donneraient à Dieu cette manifestation qui peut, seule, pénétrer un monde areligieux ? C’est dicter à l’Eglise une tâche de présence rigoureusement évangélique face au visage ensanglanté qu’a souvent pris l’homme. Cela rejoint cet aspect de la vie de l’Eglise qu’est la diaconie : Avec la notion de Fraternité – notera le Père Grieux, s. j., les chrétiens peuvent envisager des liens aussi forts que les liens familiaux, mais potentiellement ouverts à tous. Et cela, parce que le Christ s’est fait le frère de tout homme. On voit que ce qui est mis au travail, ce ne sont pas seulement des pratiques solidaires, qui reposeraient sur une éthique ; mais ce qui est en jeu, c’est une vision du monde et de la vie ensemble. Les chrétiens voient le monde comme une fraternité possible, qui passe par des relations concrètes, où l’on s’entraide et où les plus vulnérables ne sont pas laissés de côté.

C’est ce qui se manifeste lors de l’épidémie du coronavirus, chez tous ceux qui ont voulu venir en aide aux mourants, aux malades, aux gens marginalisés ou fragiles, au personnel hospitalier ou de service. Chez ceux qui ont voulu assumer les services essentiels à une société. De manière modeste mais engagée pour certains. De manière héroïque, jusqu’au don de la vie, pour d’autres. Qu’ils soient chrétiens ou pas.

   Abbé Philippe Beitia (article paru dans la revue diocésaine "Notre Eglise" de mai 2020)

 

 

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