Vendredi 19 juin: Solennité du Sacré-Coeur de Jésus

Vendredi 19 juin: Solennité du Sacré-Coeur de Jésus

Célébrée le 3ème vendredi après la Pentecôte (soit le 19 juin 2020), la fête du Coeur de Jésus (qui trouve son origine dans les révélations du Christ à sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial en 1675) manifeste l'amour infini du Christ et la miséricorde de Dieu pour les hommes.

 

Lorsqu’on parle du cœur du Christ, on parle de l’affectivité, des affections du Christ, ce qui montre que le Fils de Dieu a vraiment assumé toute notre humanité. Ce qui a animé Jésus, c’est la charité. Mais cette charité s’est aussi exercée de manière humaine. Le cœur du Christ était aussi un cœur de chair. Il a aimé à notre manière, en vérité, sans connaître l’imperfection du péché.

Il a aimé celui qu’il appelle Abba, Dieu son Père d’une tendresse filiale qui reflétait sa tendresse divine. Cet amour du Père est allé jusqu’à l’obéissance pour réaliser son plan de salut, obéissance qui l’a conduit jusqu’à la mort de la croix. Jésus s’est abandonné avec confiance au bon plaisir du Père. Il a aimé Joseph, son père adoptif. Il a aimé la Vierge Marie. Sur la croix, il a le souci de celle qui, considérée comme une vieille femme à l’époque, était une veuve sans appui. Il a aimé ses apôtres. C’est avec simplicité et familiarité, parfois aussi avec rudesse, qu’il les a redressés, instruits, préparés à la mission qu’il leur a confiée. Il a aimé le jeune homme riche qui vivait les commandements avec générosité. Il a aimé les petits enfants et les a défendus avec énergie contre ceux qui les porteraient au mal. Il a aimé, lors de sa vie cachée, les gens de son village et à travers eux tous les hommes. Méditant sur le mystère de Nazareth, le Père Caffarel, fondateur des Equipes Notre Dame écrivait ceci :

Une bourgade, comme tant d’autres. Dans une quelconque ruelle une pauvre maison, comme tant d’autres. À l’intérieur on scie du bois – de la rue on perçoit le crissement familier de la scie. Un artisan, comme tant d’autres.

Comme tant d’autres … c’est ce qu’ils pensent, tous les gens du village : les gamins et vieillards, la voisine qui trait sa chèvre, le paralytique qui se chauffe au soleil, le scribe de la synagogue qui connaît bien son monde. Ils ne voient, ils ne peuvent pas voir l’ardente flamme qui flambe au cœur de ce jeune menuisier de vingt ans, bien musclé, qui travaille en chantant.

Cette flamme, elle est prière, pure, parfaite, divine ; elle est tout ensemble adoration, louange bondissante, intercession véhémente.

La femme à la chèvre, le vieux paralytique, le scribe, tout le petit monde de Nazareth ne se doute de rien. Il n’empêche que depuis vingt ans leurs travaux et leurs jeux, leurs amours et leurs peines, Quelqu’un est là au milieu d’eux qui s’en saisit et qui les présente à Dieu. De cercle en cercle, de Nazareth à la Palestine, de la Palestine aux extrêmes rivages. Il s’empare de la vie de tous les hommes pour en nourrir sa prière. Le Verbe s’est fait chair, la Parole de Dieu s’est implantée dans une nature d’homme pour devenir parole de l’homme – Dieu, Prière des hommes.

Cet amour du cœur du Christ, lors de son ministère public, va se manifester par la Parole qu’il annonce qui révèle Dieu, Père de bien des prodigues, qui les appelle à partager son amitié, qui les invite personnellement à lui ressembler et socialement à vivre une réelle fraternité. Cet amour de son cœur, Jésus le manifeste en libérant des hommes et des femmes de leurs maladies, de leurs péchés, de leurs démons. Cette libération du corps et de l’esprit annonce leur résurrection qu’elle inaugure déjà.

Mais cela, durant sa vie terrestre, Jésus l’a fait uniquement pour quelques personnes. Et ce salut devait pourtant atteindre les hommes et les femmes de tous milieux, de tous pays et de tous les temps.

C’est dans sa Passion que le Christ va offrir aux hommes le salut. Lors du lavement des pieds, Jésus gravement, joyeusement, s’incline devant les Apôtres et tous les hommes, reconnaissant en eux ceux pour lesquels il a été envoyé, ceux qu’il va rendre dignes d’être aimés par le Père. Et il ne répugne pas à poser les mêmes gestes envers celui qui le trahira et celui qui le reniera, effaçant comme par avance leurs souillures, pour ne voir en eux que la dignité à laquelle le Père les appelle.

Lors de la crucifixion, après la mort de Jésus, saint Jean note qu’un des soldats lui transperça le côté et qu’il en jaillit du sang et de l’eau. Ce côté ouvert par le coup de lance évoque la création d’Eve à partir du côté d’Adam. L’évangéliste nous laisse entendre que la nouvelle Eve qu’est l’Eglise naît du côté transpercé du Christ, de sa Passion et de son cœur. Du côté de Jésus jaillissent du sang et de l’eau. L’eau, dans l’évangile de Jean, symbolise l’Esprit Saint, le sang, dans le discours sur le Pain de vie – évoque l’eucharistie. L’Apôtre veut nous faire comprendre que pour vivre l’évangile et ressembler à Dieu, l’Eglise nous est donnée. Dans cette Eglise, l’Esprit Saint nous est prodigué par les sacrements. Il est eau abondante qui lave du péché, qui noie les aliénations intérieures, source inépuisable qui rend des vies fécondes par la foi, l’amour, la fraternité, l’engagement. Cet Esprit, c’est du cœur de Jésus qu’il jaillit pour nous rendre notre dignité.

Réfléchissant aux apparitions du Sacré-Cœur dont elle avait bénéficié, sainte Marguerite-Marie écrivait :

Il me semble que le grand désir que Notre Seigneur a que son Sacré Cœur soit honoré par quelque hommage particulier, est afin de renouveler dans les âmes les effets de sa rédemption […] Ce divin cœur est une source intarissable, où il y a trois canaux qui coulent sans cesse : premièrement de miséricorde pour les pécheurs, sur lesquels découle l’esprit de contrition et de pénitence – de conversion -. Le second est de charité, qui s’étend pour le secours de tous les misérables qui sont en quelque nécessité ; et particulièrement pour ceux qui tendent à la perfection [de la vie chrétienne] ; ils y trouveront de quoi vaincre les obstacles. Du troisième découlent l’amour et la lumière pour les parfaits amis qu’il veut unir à lui, pour leur communiquer sa connaissance et sa parole, afin qu’ils se consacrent à lui procurer de la gloire, chacun à sa manière. On pourrait rajouter qu’il y a un quatrième canal qui suscite et soutient l’engagement de ceux qui travaillent au Royaume de Dieu, pour le marquer dans les structures sociales.

C’est à cela que nous invite la fête du Cœur de Jésus où nous est révélée la profondeur de son amour pour les hommes. 

 

Source: Abbé Philippe Beitia dans la revue diocésaine "Notre Eglise" de juin 2020