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Rappel à Dieu de M. l'abbé Pettan Diriart

Rappel à Dieu de M. l'abbé Pettan Diriart

M. l'abbé Bertrand Diriart est décédé le 10 juillet 2020. Ses obsèques ont eu lieu mercredi 15 juillet à Anglet. Homélie complète à consulter ci-dessous.

 

Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, les prêtres et les diacres du diocèse, vous font part du rappel à Dieu, le vendredi 10 juillet, de Monsieur l'abbé Pettan Diriart.

La messe de funérailles aura lieu le mercredi 15 juillet à 10h30 à Anglet à l'église de la Trinité.

Qu'il repose en paix.

 

Abbé Bertrand DIRIART

Né à Suhescun, le 24 janvier 1929 ;

Ordonné prêtre le 29 juin 1953 ;

Vicaire à Saint-Esprit de Bayonne, le 28 juillet 1953 ;

Vicaire à Saint-Charles de Biarritz, le 2 septembre 1954 ;

Vicaire à la Cathédrale de Bayonne, le 29 juillet 1964 ;

Curé de la Trinité à Anglet, le 10 avril 1974 ;

Nommé en mission d’information auprès de l’évêque de Bayonne, le 6 juillet 1988 ;

Nommé dans le sous-secteur de la Cathédrale, au service de la paroisse Saint-André de Bayonne, le 16 août 1990 ;

Nommé prêtre coopérateur de la paroisse Notre Dame de l’Assomption-Cathédrale à Bayonne, le 27 mai 1998 ;

Retiré à la maison de retraite Arditeya, de Cambo, le 3 septembre 2007.

Décédé le 10 juillet 2020.

 

 

Homélie des obsèques de l’abbé Bertrand Diriart – Pettan

Mercredi 15 juillet 2020 à 10h30 sur le Fronton d’Hardoy

 (Homélie prononcée par l’abbé Philippe Haristoy)

Textes : 2 Timothée 4,1-8 / Mt 25, 31-40

 

« Le moment de mon départ est venu, j’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi ». Cette phrase de St Paul, quel bel écho à ce que tu n’as cessé de me répéter voilà douze jours alors que tu venais d’entrer à l’hôpital, et que je vous ai rapporté Monseigneur au moment où vous veniez le visiter.

« C’est le combat entre le bien et le mal qui a commencé » me disais-tu… Je ne sais si Pettan était un fan du Seigneur des Anneaux  ou de Star Wars, mais pétri de la Parole de Dieu c’est sûr ! « La vie est un combat, mène-le » disait Sainte Mère Teresa. Oui, le combat  que Pettan a livré tout au long de sa vie, tant dans sa vie personnelle que dans sa vie sacerdotale qui ne faisaient qu’un !

Pettan je te cite. A l’occasion de tes Noces de Diamant, le 7 Juillet 2013, tu écrivais ceci « J’ai lu quelque part : « La vie, c’est un type dans le métro, avec une valise au bout de chaque bras. Il est frénétique, il s’occupe des meilleurs changements pour arriver le plus tôt possible à quelle station ? La mort. Mais il tient tellement à ses valises. Nos valises, elles sont très lourdes, remplies de souvenirs, mais surtout pleines des visages que nous avons rencontrés sur nos chemins… de ces rencontres qui façonnent notre vie de prêtre » (fin de citation).

Pettan, voilà bientôt deux ans le 30 septembre 2018, tu étais au centre de cette même cancha, entouré par M. le Maire, Claude Olive, et moi-même, pour ton Jubilé des 65 ans et cette Fête de la pelote, avec les danseurs souletins d’Esquiule, club avec lequel ton club avait noué des liens. Et voilà qu’aujourd’hui, alors qu’Hardoytarrak aurait dû célébrer cette année ses 40 ans d’existence, la date était même arrêtée toujours fin septembre, mais Covid oblige  tout est reporté en 2021, eh bien non, toi pour qui  jusqu’à ces derniers temps rien de ce qui se vivait à Hardoy autour de la pelote n’échappait,  tu as voulu faire un pied de nez à l’actualité bien particulière de cette année 2020 « Il n’y a pas de compétition sur les cancha du Pays Basque, on ne pourra pas glaner de nouvelles coupes, qu’à cela ne tienne, en ce 14 juillet où aucun feu d’artifice n’a étoilé notre nuit, je vous offre cette lumière des retrouvailles sur ce fronton ». Oui Pettan tu nous rassembles à mi chemin entre ces locaux, le siège du club que tu fondas, des locaux à l’époque construits par les scouts, locaux oh certes modestes, même qu’ils prennent l’eau par gros temps aujourd’hui, mais qui abritent l’un des plus grands clubs de pelote du Pays Basque, dont les murs croulent sous le poids des trophées, et à deux pas de cette église où les fidèles de la communauté et tes amis t’ont veillé, l’église de la Trinité, cœur de ce site, cœur de ta vie et dont la feuille que nous tenons entre nos mains reflète un certain nombre d’éléments symboliques que tu y as introduits et transmis : ambon, autel, vitraux, orgue avec en prime son organiste Chantal qui est bien plus que tout cela… d’ailleurs tu disais toi-même « Si je n’avais pas eu Bernard, et toute le famille Pécastaing, jamais je n’aurais fait tout cela »… Eh oui il y a des fidélités qui marquent à tout jamais… et tu as su en glaner partout où tu es passé… après une année à St-Esprit, te voilà à St-Charles de Biarritz pour 10 ans, à l’époque du patro, des colonies de vacances, des camps voyage à travers l’Europe, les Cœurs Vaillants, et la JOC… un premier ministère ça marque toujours et tes amis de Biarritz sont toujours là ! Et puis il y a eu ces dix années à la Cathédrale, menant de pair service paroissial et mouvement de jeunesse. C’est là que tu as croisé celui qui sera ton grand copain, celui de toutes les sorties et vacances, jusqu’au bout quand vous étiez à nouveau ensemble à Arditeya : souvenirs épiques des vacances à Denia et le bronzage ramené de vos marches en bord de mer faisait plus d’un jaloux ou jalouse. En 1974 tu arrivais ici à la Trinité d’Anglet dans un quartier jeune, en plein développement. Sur ce site acheté en 1960 « il fallait aménager une église dans ce qui fut le dancing du Tilleul Argenté, et avouons que le résultat est quand même bluffant, y rassembler les chrétiens et bâtir une communauté fraternelle ». Un jour, vêtu de ta salopette bleue et les bras chargés d’un sac de ciment, de nouveaux paroissiens,  ici présents, tout droit redescendus de Paris rejoindre leur cher Pays Basque, t’ont interpellé : « On cherche le nouveau curé » et tu leur as répondu  « C’est moi-même ! » … la surprise passée, l’aventure pouvait commencer et elle dure toujours n’est ce pas Johañe ? Tout cela entretenu depuis des années par tes successeurs dont Marcel et des équipes de laïcs fort engagés.

Chers amis,  au regard de l’actualité terrible, jamais Pettan ne manquait les infos, et ce drame qui touche Bayonne  ces deniers jours, et je sais qu’ici certains connaissaient Philippe Monguillot pour avoir travaillé avec lui, eh bien en accompagnant Pettan ce matin je me plais à voir en lui cet homme de foi qui avait le souci d’évangéliser. « Fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère » nous disait St Paul. Oui évangéliser en éduquant, et en éduquant dans cette culture locale qui lui était si chère, culture à ne pas ni oublier ni renier. Ce fils de Suhescun, issu d’une famille nombreuse, et je salue ici celles et ceux qui sont encore là pour l’accompagner, avait la culture de nos villages du Pays Basque chevillée au corps. Comment pouvait-il se résigner à voir ici sur ce même fronton des jeunes faire de la mobylette - il n’y avait pas de scooter à l’époque. Non, un fronton c’est fait pour jouer à la pelote, alors il a proposé aux enfants du catéchisme de leur apprendre cette noble discipline… il en a convaincu les parents, s’est procuré des chisteras et a commencé l’initiation…Olivier, Philippe, Christian, Fabien, Bubu, Eneko… vous qui le portez sur vos épaules, c’est lui qui vous a porté sur ce terrain, vous avez été parmi ses premiers élèves ou représentez les générations qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui, vous avez repris le flambeau d’éducateur… Hardoytarrak n’a jamais eu le titre de patro mais il en est un, soucieux de collaborer avec les familles à l’éducation de leurs enfants par le sport « Un esprit sain dans un corps sain » … A partir de ces années là rien de ce qui se vivait à Hardoytarrak ne t’échappera Pettan, et dorénavant à côté de ton portrait face à la porte d’entrée du siège du club, trônera la boïna qui t’a été offerte voilà deux ans, portée aujourd’hui par Gilen et Mertxe, le président et la présidente actuelle qui t’ont succédé à la tête de ton club. Bai « Zer lizateke Euskal Herria pilotarik gabe »… Que serait le Pays Basque sans la pelote ?

Et puis après ce riche ministère de 14 années, ce fut un retour à Bayonne… mais le Petit Bayonne ce coup-ci… St André avec sa communauté basque. C’est là que nos chemins se sont croisés pendant six années, alors que j’étais aumônier de lycées de l’Enseignement Public et de la JEC. Nous avons plus que collaboré, car mon basque étant limité, tu m’avais proposé de traduire mes sermons pour la messe en basque du dimanche ! Ce quartier populaire,  plus à l’époque qu’aujourd’hui, tu l’as arpenté de long en large pendant 17 ans, visitant ceux que l’on classe parmi les fragiles de notre société, personnes isolées, âgées, malades… Toi-même après des années difficiles eh bien grâce aux amis, à la famille, aux confrères que furent Pierre Aphaule le curé qui t’y accueillit avec Beñat Amestoy, puis Ttotte Ardohain, puis arrivera François… je pense aussi à Angèle ou Maddalen qui tenaient aussi le presbytère… tu t’es reconstruit et tu as eu encore ce souci de l’autre… « Seigneur quand est ce que nous t’avons vu… chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères c’est à moi que vous l’avez fait »… c’est l’Evangile que nous avons écouté et que tu avais choisi pour t’accompagner aujourd’hui.

Ta route, tu continueras à la sillonner depuis la maison de retraite des prêtres d’Arditeya à Cambo qu’après quelques craintes tu as apprécié, y partageant la vie avec nombre de confrères, prenant soin d’eux. Ces dernières semaines d’ailleurs, alors que tu t’affaiblissais, ils t’ont à leur tour entouré pour vivre avec toi le sacrement de l’onction des malades. Mais jusque-là  pendant des  années tu as continué à t’intéresser à tout, à circuler, pour rendre des services ou poursuivre tes virées avec Michel,  Gilen, Guillaume et d’autres encore, toujours fin gourmet et amateur de bons vins dont les Gran Reserva de la Rioja, les Marques de Riscal ou les Crianza de Navarra … « Philippe me disais-tu, mais tu as dû le dire à d’autres, et notamment à Patrick, avec un Gran Reserva tu ne te tromperas jamais ! ».

Eh bien, ce week end j’en ai débouché une en ton honneur, car qui aurait dit que 22 ans après, nous aurions partagé une nouvelle et dernière fois la même maison puisque samedi soir tu as reposé au presbytère avant que dimanche midi, dimanche jour de résurrection, tu ne reviennes dans ton église remplie de la lumière de ses fabuleux vitraux du maître verrier Charles Carrère. Tu étais fier et heureux que ce soit moi qui arrive ici il y a 5 ans !

Je terminerai en te citant à nouveau lors de ton Jubilé d’or en 2003 :

« J’ai reçu une carte avec la photo d’un coucher de soleil, et il y avait ces quelques mots : « Le soir peut –être le moment le plus merveilleux de la journée »… Le soir de la vie… oui le soir de la vie peut être l’occasion de retrouver la sérénité et la paix, disais-tu - Oui Pettan après la montée du Calvaire, goûtes – y pleinement à cette paix !- Des rêves trop grands pour notre carrure pèsent parfois sur nos épaules, poursuivais-tu : il ne faut pas nous désoler d’être seulement ce que nous sommes. L’aventure la plus prodigieuse est notre propre vie et celle-là est à notre taille. Aventure brève, cinquante ans, quatre vingt ans peut être – quatre vingt dix pouvons nous rajouter aujourd’hui, qu’il faut franchir durement, gréé comme un voilier, en route vers Celui qui est notre espérance. Sa lumière est là et sa recherche font d’une vie humaine une aventure plus merveilleuse que la conquête d’un monde ou la course d’une nébuleuse. Cette aventure ne dépasse pas notre carrure. Il nous suffit de marcher vers notre Dieu pour être à la taille de l’infini et cela légitime tous nos rêves ». Et en 2013 tu rajoutais « Quand j’étais jeune et fier je chantais à tue tête avec les copains « Ne tourne pas la tête, un scout regarde toujours en avant ». Le Curé de Bernanos l’avait dit « Tout est grâce » (fin de citation)

Pettan, pour reprendre St Paul, « Tu as mené le bon combat, tu as achevé ta course, tu as gardé la foi… alors aujourd’hui reçois la couronne de la justice ».

AMEN.

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