Le chant dans la liturgie

Le chant, la liturgie : deux éléments si imbriqués l’un dans l’autre. Le chant au service de la liturgie, au service de l’assemblée. Le chant qui peut porter ou non à la prière. La liturgie qui conduit l’assemblée au Père. Les témoignages qui suivent nous montrent combien  le chant est important dans la liturgie.

par Marie Bernard Sallaberry, responsable de la commission diocésaine de musique liturgique, pour la revue diocésaine Notre Eglise n°45, février 2014

Prenons les cantiques pour Noël. L’assemblée devant le porche fait ses commentaires. « Trop de cantiques nouveaux. On ne pouvait pas chanter. Tu comprends, on ne vient pas souvent. La messe c’est déjà long, alors si en plus on ne peut pas chanter… » ;  « Oui, c’était beau, la chorale a bien chanté » ; « Moi, j’aime les Noëls traditionnels » ; « Moi qui vais régulièrement aux offices, j’aime bien en apprendre un de temps en temps ».

C’est une réalité, nous aimons retrouver dans la liturgie des cantiques que nous connaissons. Mais pourquoi ?

 

Ecoutons des choristes : « Moi, j’aime bien découvrir de nouveaux textes qui nourrissent ma foi » ; « Oh moi, ce que j’aime, c’est une musique qui m’émeuve et certains accords sur certains mots… Que d’émotion, c’est tellement vrai » ; « Pour ma part, je fredonne souvent des mélodies durant la semaine. Quelque fois je me rappelle facilement les paroles mais le plus souvent, cela me demande un effort » ; « Apprendre de nouveaux cantiques, pour moi, c’est rompre la monotonie de la messe. J’ai l’impression que quelque chose bouge ».

Là encore, la parole des choristes nous dit une certaine vérité de notre quotidien.

 

Vous êtes organiste : Que pensez-vous si je vous dis  « Chant et liturgie » ?

« Certains cantiques ont une belle mélodie » ; « J’essaie de trouver des accompagnements pour mettre le texte en valeur, mais ce n’est pas toujours facile » ; « Moi, j’ai parfois l’impression de jouer seul quand l’assemblée est très peu nombreuse ou chante trop doucement » ; « L’accompagnement est un vrai métier, il faut soutenir pour pouvoir garder la justesse, ne pas trop ralentir. Il faut écouter pour pouvoir guider avec douceur. C’est la partie que je trouve la plus difficile, celle qui me donne le plus de travail » ;  « Année après année on retrouve les même cantiques, c’est assez monotone. Heureusement que j’ai mes moments d’orgue ».

 

Allons interroger les animateurs :

« Je peux te dire que c’est du boulot. On change tout au long de l’année,  alors quand on trouve des cantiques qui reviennent régulièrement,  je dis « ouf » ; « Les cantiques nouveaux, c’est de l’investissement. Il faut tirer la foule jusqu’à ce qu’elle le sache. Je peux te dire que cela pèse sur les bras. Il faut souvent jusqu’à 5 ou 6 dimanches pour sentir que la mayonnaise prend » ;  « Oui, je suis d’accord, mais qu’est ce que cela t’apporte à toi ? » ; « En fait, je crois que je ne peux rentrer dans la prière qu’à partir du moment où l’assemblée commence à vraiment chanter. Avant, je suis tellement tendue que je n’y arrive pas, et c’est moi qui doit amener l’assemblée à prier ».

 

Et vous les prêtres, que dites-vous ?

« Moi, quand je n’avais qu’un seul clocher, j’avais besoin de changement et j’étais moteur, je proposais souvent de nouveaux cantiques. Maintenant, j’ai de nombreux clochers. Il m’est arrivé de me sentir épuisé. Face à une succession de célébrations, j’avais parfois un sentiment d’éclatement car tout était différent d’une église à l’autre. J’ai dû guider mes paroissiens vers une recherche d’unité. C’est étonnant, cela m’apaise un peu. Je suis content qu’il y ait quelques différences pour marquer les caractéristiques de chaque clocher » ; « Oui, je suis d’accord, vivre sur les routes et retrouver des repères au niveau des cantiques, me permet de mieux ressentir la notion de construction de l’Église ».

 

Tout le monde n’a pas été interrogé mais déjà, à travers ces paroles, nous voyons que le chant a un rôle important dans la liturgie. L’assemblée réclame, sans savoir pourquoi, une stabilité, une répétitivité. Les choristes sont sensibles à la découverte de nouveaux textes, l’importance des paroles. Animateurs et organistes ont raison de souligner les difficultés de l’accompagnement.   Le prêtre voit dans tout cela une Église qui se construit.

 

Le chant qui tour à tour éclaire les différents moments de la liturgie ? A moins que ce ne soit la liturgie qui s’exprime d’autant mieux qu’elle est soutenue par un chant approprié, et qui ainsi peut transmettre sa lumière christique à chacun de nous.

L’espérance doit continuer à habiter notre chant afin que la lumière christique donnée à chaque eucharistie vienne illuminer notre quotidien.

Vatican II a voulu placer le chant et la musique liturgique au cœur de l’assemblée pour qu’ils remplissent une véritable fonction ministérielle. Ils sont au service de l’action liturgique et de la communauté qui célèbre.

Ceci ne pourrait-il pas être une introduction à une réflexion plus affinée ?