La Solennité de l'Assomption de la Vierge Marie le 15 août

La Solennité de l'Assomption de la Vierge Marie le 15 août

Quelle est l'origine et quel est le sens de la fête de l'Assomption de la Vierge Marie, que l'Eglise fête le 15 août ?

 

C’est à Jérusalem, au milieu du Ve siècle qu’on fête la Sainte Mère de Dieu, le 15 août, dans sa basilique du Repos, sur la route de Bethléem. Célébrée en Orient au siècle suivant comme fête de la Dormition de la Vierge, la solennité sera reçue à Rome au milieu du Ve siècle.

 Lorsque l’on regarde les textes de la messe et de l’office du 15 août tels qu’ils se trouvaient dans le missel et le bréviaire antérieurs à 1950, on se rend compte qu’ils restent dans le vague concernant l’Assomption corporelle de la Vierge. Cette réserve, évidemment voulue, perpétuait les scrupules des théologiens anciens – de l’époque carolingienne notamment – inquiets du revêtement légendaire de la croyance qui provenait de récits apocryphes prétendant décrire l’Assomption de Marie. La défiance datait depuis longtemps.

Toutefois, vers les années 700, le pape Sergius Ier institue à Rome pour le 15 août une procession mariale qui va de Saint-Adrien-sur-le Forum à Sainte-Marie-Majeure où a lieu la station. Et il fait composer une admirable oraison de départ du cortège :

Vénérable est pour nous, Seigneur, la fête qui commémore ce jour en lequel la Sainte Mère de Dieu subit la mort temporelle, mais néanmoins ne put être retenue par les liens de la mort, elle qui avait engendré d’elle ton Fils, notre Seigneur incarné.

Ce texte a été conservé dans des Eglises et Ordres religieux qui ont une liturgie différente de la liturgie romaine comme celles de Lyon, Milan – où elle est reprise dans la préface du 14 août -, l’Ordre de saint Dominique - où on la retrouve lors de la procession précédant la messe - et des Grands Carmes ainsi que dans les missels français du XVIIIe siècle.

Après la promulgation de l’Assomption, Pie XII fit élaborer un nouveau formulaire repris en partie lors de la réforme liturgique. Celui que nous utilisons présente donc tout un enseignement concernant l’Assomption de Marie. Essayons d’en présenter quelques grandes lignes.

Dans un sermon sur l’Assomption, prêché à Paris en 1661, Bossuet y voit un effet de l’amour intense qu’elle portait à son Fils :

Cette sainte mère ne croyait jamais avoir assez d’amour pour cet Unique et ce Bien-Aimé […] Le miracle continuel, c’était que Marie put vivre séparée de son Bien-Aimé. Mais pourrai-je vous dire comment a fini ce miracle et de quelle sorte il est arrivé que l’amour lui ait donné le coup de mort ? Comme ce divin amour régnait dans son cœur sans aucun obstacle, et occupait toutes ses pensées, il allait de jour en jour s’augmentant par son action, se perfectionnant par ses désirs, se multipliant par soi-même. O amour de la Sainte Vierge ! Ta perfection est trop éminente, tu ne peux plus tenir dans un corps mortel ! […] Alors la divine Vierge rendit, sans peine et sans violence, sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de son Fils […] Comme la plus légère secousse détache de l’arbre un fruit déjà mûr ; comme une flamme s’élève et vole d’elle-même au lieu de son centre ; ainsi fut cueillie cette âme bénite, pour être tout d’un coup élevée au ciel ; ainsi mourut la divine Vierge par un élan de l’amour divin : son âme fut portée au ciel sur une nuée de désirs sacrés. Le corps sacré de Marie n’a pas dû demeurer dans le tombeau […] La chair de Marie étant toute pure, elle doit par conséquent être incorruptible. C’est aussi pour la même raison qu’elle a dû recevoir l’immortalité par une résurrection anticipée.

Pie XII donnera, entre autres raisons de cette résurrection de Marie, dans sa Constitution apostolique Munificentissimus Deus, l’incomparable dignité de sa maternité divine et de toutes les grâces qui en découlent, à savoir : sa sainteté insigne qui surpasse la sainteté de tous les hommes et des anges : l’intime union de la Mère avec son Fils, et ce sentiment d’amour privilégié dont le Fils honorait sa très digne Mère. Lumen Gentium notera de plus qu’elle a été exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort.

Mais cette fête rappelle que, si Marie est élevée dans la gloire, c’est parce qu’elle a parfaitement accompli la volonté de Dieu durant sa vie. Et Pie XII rappellera, lors d’un discours à l’occasion de la promulgation du dogme, la grande valeur de la vie humaine si elle est consacrée à l’accomplissement de la volonté du Père et au bien à procurer au prochain.

Dans cette perspective, les chrétiens doivent travailler à établir une société dans laquelle règne plus de liberté, de justice et de paix. Mais le salut ne se réduit pas à une libération sociale ou politique. Il y a plein épanouissement de l’homme lorsqu’il développe ses valeurs naturelles, culturelles et sociales selon l’évangile et lorsqu’il vit en fils de Dieu. En nous faisant contempler Marie dans la gloire de sa résurrection, l’Eglise nous rappelle que le Royaume éternel de Dieu est le but de l’histoire des hommes.  

En contemplant la Mère de Dieu dans son Assomption, nous voyons un corps au faîte de la gloire. La personne humaine n’est pas un pur esprit. Elle s’exprime dans un corps qui lui permet d’entrer en relation avec les autres hommes. Ce corps est un don de Dieu qu’il nous faut aimer, respecter, entretenir et développer. Saint Paul nous invite à rendre gloire à Dieu par notre corps. En ne faisant pas n’importe quoi avec notre corps, temple de l’Esprit Saint. En mettant ce corps animé par l’âme au service de Dieu et des engagements envers le prochain. En nous offrant à Dieu. L’homme ne peut être sauvé intégralement, ni parvenir à la plénitude de la gloire sans transfiguration de son propre corps, ce qui correspond à l’une de ses aspirations les plus profondes.

En Marie, élevée au ciel avec son corps et son âme, nous voyons comment cette espérance se réalisera pour chacun de nous.Paul VI, dans Marialis cultus, voit, dans l’Assomption de Marie, ce qui se réalisera pour l’Eglise et l’humanité à la fin des temps :cette glorification totale est en effet le destin de tous ceux que le Christ a fait frères, ayant avec eux « en commun le sang et la chair » (He 2, 14 ; cf. Ga 4, 4).

 

Article de Monsieur l'abbé Philippe Beitia, paru dans la revue diocésaine "Notre Eglise" de juillet-août 2020