14 septembre : fête de la croix glorieuse

14 septembre : fête de la croix glorieuse

La fête de la Croix glorieuse du 14 septembre – dont le titre exact Exaltation de la Sainte Croix fait référence à la parole du Seigneur : "De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle" – est toujours célébrée, que ce soit en semaine ou le dimanche. Elle l’emporte sur les dimanches du Temps ordinaire.

 En Orient, cette fête, intitulée l’universelle Exaltation de la précieuse et vivifiante Croix, est célébrée à l’égal de Pâques. Née à Jérusalem au Ve siècle, elle commémore l’anniversaire de la dédicace des basiliques construites par l’empereur Constantin sur le Golgotha et le tombeau de Jésus, dédicace qui eut lieu en 335. On rattache à cette date la découverte de la Croix.

Il n’est pas impossible non plus qu’on l’ait célébrée en septembre – à l’origine le 7e mois de l’année – parce que c’est au 7e mois que les juifs célébraient le Yom Kippour où le Grand Prêtre offrait des sacrifices pour les péchés du peuple, annonce de celui de la Croix qui devait obtenir le pardon des péchés de tous les hommes. C’est aussi ce mois-là, lors de la fête des Tentes, que Salomon a célébré la dédicace du Temple : les sanctuaires de la Passion et de la Résurrection de Jésus seront considérés comme le nouveau Temple de Jérusalem, évoquant la Résurrection du Christ qui l’a fait entrer dans le sanctuaire du ciel.

Au VIe siècle, la colonie grecque et orientale de Rome célèbre de manière expressive la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix : le prêtre en élève le bois au-dessus de sa tête puis il bénit l’assemblée en se tournant vers les quatre points cardinaux tandis que le peuple chante des Kyrie eleison. On imitera cette cérémonie. Au VIIe siècle, le pape Sergius présentera l’un des morceaux de la vraie croix à la vénération du peuple chrétien. Les fidèles vont venir l’embrasser. Pour ce qui concerne le culte de la croix, les regards du monde chrétien vont se tourner vers Rome. En effet, en 614, l’armée perse a ruiné Jérusalem et détruit ses sanctuaires.

 

Cette fête de la Croix oriente nos yeux vers le mystère de la gloire du Crucifié.

L’homme périt quand il perd la vie éternelle. C’est là la souffrance définitive : la perte de la vie éternelle, le fait de rejeter Dieu, la damnation. Jésus a été donné aux hommes pour les protéger contre ce mal définitif. Sa mission consiste à vaincre le péché et la mort. C’est par son obéissance jusqu’à la mort qu’il triomphe du péché. Et il triomphe de la mort par sa résurrection.

Par ses souffrances, sa mort et sa résurrection, le Christ libère donc l’homme du péché et de la mort. Il commence à effacer de l’histoire la domination du péché qui s’y est enracinée sous l’influence du démon dès le péché originel. Par le don du Saint-Esprit, symbolisé par l’eau qui jaillit de son côté sous le coup de lance, Jésus nous donne la possibilité de vivre la vie divine, de vivre selon Dieu en mettant en pratique les exigences de l’Evangile.

Dans le sillage de la victoire sur le péché, il enlève aussi à la mort son pouvoir, ouvrant la porte, par sa résurrection, à la future résurrection des corps. Il nous donne l’espérance de la sainteté et de la vie éternelle. Il nous ouvre ainsi la porte du bonheur définitif.

Tout homme est appelé à suivre le Christ. Et donc à partager ses souffrances, à participer à la rédemption. Jésus ne cache pas à ceux qui l’écoutent qu’ils souffriront. « Si quelqu’un veut venir à ma suite […], qu’il se charge de sa croix chaque jour ». La route qui conduit au Royaume des cieux est étroite et resserrée et Jésus l’oppose à la route large et spacieuse qui mène à la perdition. Bien des fois, le Christ annonce que ses disciples subiront de nombreuses persécutions à cause de leur témoignage.

Ces persécutions sont intérieures et extérieures.

Pour être fidèle au Christ, le chrétien est appelé à combattre spirituellement Satan, le péché et tout ce qui favorise le mal. Ce qui ne va pas sans tension ni souffrance. « Chaque jour, tu es témoin du Christ » écrit saint Ambroise. « Tu es tenté par l’esprit d’impureté ; mais par crainte du jugement futur, tu juges qu’il ne faut pas souiller la chasteté de l’esprit et du corps : tu es témoin du Christ. Tu es tenté par l’esprit de lucre pour saisir la propriété d’un pauvre ou violer les droits d’une veuve sans défense ; mais, par la contemplation des préceptes divins, tu juges qu’il vaut mieux porter secours que commettre une injustice : tu es témoin du Christ […]. Tu es tenté par l’esprit d’orgueil ; mais en voyant le pauvre et l’indigent, tu es saisi d’une tendre compassion, tu préfères l’humilité à l’arrogance : tu es témoin du Christ. Mieux que cela : tu ne donnes pas ton témoignage en parole seulement mais en acte […]. Sois donc fidèle et courageux dans les persécutions intérieures pour triompher dans les persécutions extérieures. Dans les persécutions du dedans également, il y a des juges au pouvoir redoutable. Tu en as un exemple dans la tentation subie par le Seigneur ».

L’Evangile parle également de persécutions extérieures, de tribulations à cause du Christ. Contempler le Christ crucifié et ressuscité nous obtient courage et force pour témoigner du Seigneur dans des circonstances difficiles. Jésus nous encourage : « Dans le monde vous aurez à souffrir. Courage ! J’ai vaincu le monde ». Jésus a définitivement vaincu toutes les forces de mal par sa mort. Par sa résurrection, il manifeste sa force victorieuse. Il la communique dans les sacrements de l’Eglise, notamment dans l’Eucharistie.

Dans l’eucharistie, le Christ nous partage son corps livré et son sang versé pour faire de nous des hommes libres. Puisqu’il nous libère au plus profond de notre être, nous sommes appelés à participer à la libération de nos frères. En nous arrachant à l’esclavage de l’argent, du profit, du plaisir, du travail et du pouvoir ; en nous efforçant de changer les conditions de vie sociales et économiques qui font obstacle à la vraie liberté et à la vraie justice ; en luttant contre ceux qui font de la violence, du mensonge et de l’abus du pouvoir des instruments de domination, nous nous mettons au service de l’homme. Nous travaillons à ce que chacun soit reconnu comme fils de Dieu. Nous travaillons à une société selon le cœur de Dieu. Cette conversion et ce combat ne vont pas sans opposition ni souffrance. Mais nous sommes assurés de la lumière et de la force du Christ qui donne imagination, courage et persévérance pour travailler chacun à son niveau à une société selon les vues du Seigneur. 

 

Abbé Philippe Beitia, article paru dans Notre Eglise sept 2020