Témoignage d'une marcheuse en solitaire - Une goutte d'eau dans l'océan

Témoignage d'une marcheuse en solitaire - Une goutte d'eau dans l'océan

Une marche ou un pèlerinage en solitaire ? Ce n’est pas très courant mais une telle expérience peut être l’occasion de se ressourcer et surtout, de prier pour ses proches, pour la France et pour le monde que la crise du coronavirus a plongé dans un profond désarroi.

Vu le contexte actuel, la pandémie et les conséquences qui en résultent, durant l’été ma décision a été de partir en pèlerinage pour prier et demander au Seigneur de mettre fin à cette situation mondiale, pour la conversion de nous tous, pour notre pays la France, nos gouvernants, notre Eglise et ses pasteurs et futurs prêtres, les membres de ma famille, mes amis, mes ennemis.

Bien entendu, cette démarche personnelle est une goutte d’eau, mais je suis convaincue que c’est avec un ensemble d’actions diverses de la part de chacun que cela peut générer un océan d’intercessions pour nous libérer et nous guérir.

Ainsi dans un premier temps fin juillet, je suis partie à pied pour aller de Bayonne à Navarrenx pendant quatre jours, puis durant trois jours pour aller de Navarrenx à St-Jean-Pied-de-Port.

Marcher fait partie de mon quotidien à titre personnel et dans le cadre de mon travail. Un des effets positifs du confinement a été d’augmenter ma cadence journalière de promenades, l’air de rien de m’entraîner. Mais cela restait encore un challenge de se dépasser dans la distance. Je ne savais pas si j’allais en être capable et aussi de partir ainsi sur la route seule !

 

DE BAYONNE À NAVARRENX

Lors de mon premier périple, j’avais bien organisé mes étapes et je savais où j’allais dormir : chez une amie à Saint-Barthélémy (au bord de l’Adour), au Château de Lestrac d’Hastingues où une chambre est destinée à l’accueil du pèlerin (un lieu génial et de partage avec ses hôtes), chez une de mes cousines à Salies-de-Béarn, à la maison Saint-Antoine de Navarrenx gérée par la paroisse. Entre chaque étape, même si je connaissais la route pour y être déjà passée en voiture, je ne savais pas trop ce qui m’attendait non plus.

Tous les matins, mes yeux et mon cœur ont admiré le lever du soleil. Et les premiers kilomètres accueillaient ma prière et mes intercessions au Seigneur.

Le plus souvent sur des départementales, j’ai tout de même pu parcourir quelques petites routes ou sentiers. Les températures élevées en ces jours-ci ont mis à mal mon corps et mon désir d’avancer en particulier le troisième jour. Au point même d’avoir du mal à dire à haute voix mon chapelet, et même, très étrange, de commencer les premiers mots du « Je vous salue Marie » et de pas arriver à le terminer. Au point, que j’ai fini par offrir au Seigneur tout simplement mes pas.

Le quatrième jour, alors que la nuit était encore présente, peu rassurée à cause de ma peur des chiens et d’en voir surgir un (j’ai été mordue dans ma jeunesse), je me suis mise alors à chanter à tue-tête le chapelet et acclamer le Seigneur avec des Alleluia tout en martelant mon bâton de pèlerin sur la route ! Quelques habitants à mon passage ont dû me bénir dans tous les sens du terme ! Cette force de chanter m’a été procurée tout au long de la matinée jusqu’à mon point d’arrivée. En plus, ce jour-là, il bruinait. Chant à l’appui et pluie bénéfique m’ont permis de réaliser facilement mes 18 kms. Arrivée à Navarrenx, je me suis rendue au presbytère où l’abbé Ludovic m’a accueillie. C’est alors qu’une une grande émotion s’est emparée de moi : j’avais réussi !

 

AU DÉPART DE NAVARRENX

Un mois plus tard, ayant quelques jours de disponibles, j’ai décidé de repartir pour tenter de faire la route de Navarrenx jusqu’à Roncevaux. Là cette fois-ci en suivant le GR65, avec ce désir d’aller à la rencontre d’autres pèlerins et de continuer mon pèlerinage avec les mêmes motivations de participer à changer la situation. Des amis m’ont amenée à mon point de départ où nous avons eu la chance d’arriver à l’heure de la messe avec l’abbé Sanche, puis de pouvoir recevoir la bénédiction des pèlerins, de partager un repas avec les paroissiens et l’un des groupes de jeunes qui tout au long de l’été se sont investis et relayés dans l’accueil des marcheurs de Saint-Jacques.

Ce qui m’attendait a priori était de réaliser plus de 20 kms par jour. Je reconnais que j’avais une certaine appréhension. Ne rentrant pas dans le schéma classique du marcheur habitué à avaler entre 25 à 30 kms/jour, je me demandais vraiment quelle serait mon aptitude.

Pour différentes raisons, je n’ai finalement jamais réalisé ce genre de cadence :

  • Le 1er jour, je me suis trompée. J’ai continué tout droit sur la route au lieu de tourner à droite. Et vers la fin de la matinée, j’ai évité un grand tour sur le conseil d’une personne en passant à travers champs. D’où la surprise des hôtes d’un des gîtes d’Aroue de me voir arriver en milieu de matinée. J’ai ainsi gagné 4 kms !
  • Le 2ème jour, j’ai préféré faire un parcours «  plus court » pour économiser la machine, mais cela n’a pas empêché d’avoir un parcours vallonné et plein d’efforts. Heureusement, la veille de mon départ, j’avais eu l’indication par le fils d’une de mes sœurs de l’importance de faire des petits pas dans les montées. Et nombreuses furent les fois où je me suis émerveillée, ai rendu grâce à Dieu pour la beauté des paysages traversés. La chance a fait aussi que j’ai retrouvé certains pèlerins au gîte d’Ostabat où j’ai passé la nuit. Et chose incroyable, de pouvoir témoigner de ma foi auprès d’eux car la plupart font le chemin pour d’autres motivations.
  • Le 3ème jour, l’apothéose ! Je me suis perdue ! Je n’avais pas vu la balise ! Après être montée dans un champ, ne sachant pas trop où aller, au lieu de revenir en arrière comme la sagesse me l’aurait conseillée, j’ai décidé de passer des fils barbelés… et je me suis retrouvée dans une forêt d’arbres et de ronces…

Le plus sage aurait été de retourner sur mes pas… mais voilà la flemme de redescendre a pris le dessus et j’ai continué… persuadée que j’allais vite sortir de là… Que nenni ! Le temps passait… et je me suis retrouvée alors prisonnière des ronces ! J’étais empêtrée de partout ! J’ai alors eu ce sentiment de vivre la Croix du Christ ! Un certain vent de panique m’a saisie tout en ayant cette volonté de me sortir de ce pétrin épineux. Bien entendu, je demandais au Seigneur et à la Vierge Marie de m’aider ! La bataille a duré une bonne heure. A un moment donné, j’ai demandé à Dieu Notre Père de m’envoyer son Esprit-Saint. C’est alors qu’une petite voix m’a dit « Monte » alors que je pensais descendre car j’entendais non loin de moi le bruit des voitures sur la route située en dessous. Dans les cinq, dix minutes qui ont suivi, c’est alors que j’ai aperçu la fin du fourrage sauvage et enfin j’ai pu sortir de ce fourrage infernal !

Résultat : J’ai perdu mes lunettes de soleil, j’avais les bras, les mains et les jambes en sang ! Aussitôt, j’ai passé un antiseptique tout en rendant grâce. Puis j’ai repris ma marche en prenant le chemin salvateur pour très vite retrouver la départementale. Après cette mésaventure, j’ai préféré suivre cette route jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port. Arrivée dans la commune, j’ai eu la chance de rencontrer Béatrice Gastellu, directrice du foyer de vie et de la maison de retraite du Refuge qui gentiment m’a amenée chez ses parents pour prendre une douche et me soigner. Un « clin Dieu » de réconfort avec l’abbé Louis-Edouard Cestac, pour me montrer qu’il est toujours là malgré nos erreurs !

Là, j’ai pris la décision d’arrêter mon périple. Roncevaux ce sera pour une autre fois !

Pour finir sur une note positive, après être allée à la messe du samedi soir, j’ai décidé de passer la soirée et de dormir à Saint-Jean-Pied-de-Port à « La Vita é bella » où j’ai été merveilleusement accueillie par Patricia, excellente cuisinière, et pour profiter d’une sympathique soirée avec d’autres pèlerins.

De cette péripétie, j’ai bien compris l’importance d’avoir l’humilité de reconnaître ses erreurs. De toujours savoir revenir en arrière et s’y obliger lorsque nous ne savons plus où nous sommes pour retrouver notre chemin ! J’ai pu constater que j’avais une bonne cadence et la capacité de marcher sur une longue distance. D’avoir toujours confiance en la Providence du Ciel.

Quelques jours de pèlerinage offerts pas pour rien, sur un plan spirituel et personnel, mais aussi pour participer à ce que le monde change !

Vous allez me dire : « À quoi bon ? » Que chacun de nous croie vraiment qu’il peut faire changer les choses et participer à la Création ! Avec l’aide de Dieu, tout est possible !

Alors retroussons nos manches, levons-nous et marchons !

Il est bien dit « Aide-toi et le Ciel t’aidera » !

Martine Conquéret.