Imprimer cette page

22 novembre : le Christ Roi de l'Univers

22 novembre : le Christ Roi de l'Univers

Le 22 novembre, dimanche précédant l’Avent,  l’Eglise fête la solennité du Christ Roi de l’Univers. Que signifie cette fête ?

C’est le 11 décembre, lors de l’Année Sainte 1925, que Pie XI institue la fête du Christ Roi par l’encyclique Quas primas. Le Pape, reprenant ce qu’il a dit dans Ubi arcano, première de ses encycliques, considère qu’un « débordement de maux sur l'univers provient de ce que la plupart des hommes ont écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique […] jamais ne pourra luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseront de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur » (n° 1). La fête est une réponse au développement du laïcisme – dont la persécution mexicaine sera l’un des fruits -, à la sécularisation croissante et au nationalisme.

Le règne du Christ atteint toute l’humanité : tout doit lui être soumis, individus et sociétés. Roi, Jésus l’est, en effet, « par l'éminente et suprême perfection dont il surpasse toutes les créatures. Ainsi, on dit qu'il règne sur les intelligences humaines, à cause de la pénétration de son esprit et de l'étendue de sa science, mais surtout parce qu'il est la Vérité et que c'est de lui que les hommes doivent recevoir la vérité et l'accepter docilement. On dit qu'il règne sur les volontés humaines, parce qu'en lui, à la sainteté de la volonté divine correspond une parfaite rectitude et soumission de la volonté humaine, mais aussi parce que sous ses inspirations et ses impulsions notre volonté libre s'enthousiasme pour les plus nobles causes. On dit enfin qu'il est le Roi des cœurs, à cause de son inconcevable charité qui surpasse toute compréhension humaine et à cause de sa douceur et de sa bonté qui attirent à lui tous les cœurs : car dans tout le genre humain il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais personne pour être aimé comme le Christ Jésus » (n° 4).

Une invitation est donc faite aux laïcs chrétiens. Tout d’abord à marcher sur les voies de la sanctification : « Il faut donc que [Jésus] règne sur nos intelligences : nous devons croire, avec une complète soumission, d'une adhésion ferme et constante, les vérités révélées et les enseignements du Christ. Il faut qu'il règne sur nos volontés : nous devons observer les lois et les commandements de Dieu. Il faut qu'il règne sur nos cœurs : nous devons sacrifier nos affections naturelles et aimer Dieu par-dessus toutes choses et nous attacher à lui seul. Il faut qu'il règne sur nos corps et sur nos membres : nous devons les faire servir d'instruments ou, pour emprunter le langage de l'Apôtre saint Paul, d'armes de justice offertes à Dieu pour entretenir la sainteté intérieure de nos âmes. Voilà des pensées qui, proposées à la réflexion des fidèles et considérées attentivement, les entraîneront aisément vers la perfection la plus élevée ».

Invitation aussi à pratiquer avec ardeur l’évangélisation dans une perspective ignatienne : « du jour où l'ensemble des fidèles comprendront qu'il leur faut combattre, vaillamment et sans relâche, sous les étendards du Christ-Roi, le feu de l'apostolat enflammera les cœurs, tous travailleront à réconcilier avec leur Seigneur les âmes qui l'ignorent ou qui l'ont abandonné, tous s'efforceront de maintenir inviolés ses droits »(n° 19).

Aujourd’hui, cette fête clôt en quelque sorte l’année liturgique. Elle nous fait contempler le Christ qui, à la fin des temps, « après avoir soumis à son pouvoir toutes les créatures, remettra aux mains de [la] souveraine puissance [du Père] un règne sans limite et sans fin : règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix ».

Ce règne du Christ, c’est toujours tendre, pour chacun de nous, à une vie sainte : « Il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s’accomplisse en lui » (Origène, Traité sur la prière).

Ce règne, déjà instauré par Jésus, s’étend lorsque toutes les réalités humaines - notamment les réalités sociales - sont inspirées par le Christ. C’est ce que souligne l’homélie inaugurale de Jean-Paul II du début de son pontificat (22 octobre 1978) : « Aidez le pape et tous ceux qui veulent servir le Christ et, avec la puissance du Christ, servir l’homme et l’humanité entière ! N’ayez pas peur ! Ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme ! Et lui seul le sait ! Aujourd’hui, si souvent l’homme ignore ce qu’il porte au-dedans de lui, dans les profondeurs de son esprit et de son cœur. Si souvent il est incertain du sens de sa vie sur cette terre. Il est envahi par le doute qui se transforme en désespoir. Permettez donc, je vous prie, je vous implore avec humilité et confiance, permettez au Christ de parler à l’homme. Lui seul a les paroles de vie, oui, de vie éternelle ! ».

C’est ce que vise la mission et l’apostolat de l’Eglise, notamment celui des laïcs, insérés pleinement dans la vie familiale, le travail, l’engagement culturel, politique, syndical :

« Ils vivent au milieu du siècle, c’est-à-dire engagés dans tous les divers devoirs et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée. À cette place, ils sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité. C’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur » (Lumen gentium, n° 31).

Contemplant le Christ et son règne, la prière de l’Eglise manifeste d’ailleurs son impatience : elle attend ardemment la venue du règne de Dieu :

Dieu éternel, tu as voulu fonder toutes choses en ton Fils bien-aimé, le Roi de l’univers ; fais que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.

 

Abbé Philippe Beitia, article paru dans Notre Eglise novembre 2020

Vous allez aimer...